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Billet de blog 14 févr. 2017

«Une lettre de protestation et de solidarité» au cinéma portugais

Ils sont plus de 500 à dire leur inquiétude. Des réalisateurs, techniciens, programmateurs de festivals et critiques ont adressé une lettre ouverte au gouvernement socialiste d’Antonio Costa, pour l’inciter à annuler une réforme du financement qui menace la diversité du cinéma portugais.

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Plus de 500 réalisateurs, techniciens, programmateurs de festivals, comédiens et critiques viennent d'adresser une lettre ouverte au gouvernement socialiste d’António Costa, pour l’inciter à annuler une réforme du financement qui menace la diversité du cinéma portugais.
Le cinéma portugais ne se résume pas à une liste de réalisateurs prestigieux célébrés partout dans le monde, disparus (Manoel de Oliveira, João César Monteiro, Paulo Rocha, António Reis, etc) ou en activité (Miguel Gomes, Pedro Costa, Joaquim Pinto, Salomé Lamas, etc). C’est aussi une cinémathèque de premier plan, un réseau de festivals parmi les plus excitants en Europe (DocLisboa pour la non-fiction, IndieLisboa côté fiction, Curtas Vila Do Conde pour les courts, ou encore le tout jeune Porto/Post/Doc), une association très active de soutien au documentaire, l’Apordoc, sans oublier un maquis de producteurs indépendants et respectés (Terratreme, CRIM, O som e furia, Filmes do Tejo, etc).
Cet écosystème, qui a permis d’accoucher, malgré les politiques d'austérité, des aventures les plus belles des dernières années au cinéma (pour celles et ceux qui en douteraient : voir la trilogie des 1001 nuits de Miguel Gomes ou Et maintenant?, de Joaquim Pinto), est menacé. Dans le viseur des signataires, l’adoption imminente d’un décret-loi qui, à leurs yeux, « perpétue et aggrave » une procédure qui, depuis 2013, a bouleversé le financement du cinéma portugais.

« Rédemption », de Miguel Gomes (2013)

Depuis 2013, l’ICA, équivalent portugais du CNC, a modifié de fond en comble la composition des comités qui arbitrent les concours pour les aides publiques aux films. Désormais, les représentants des télévisions et des opérateurs de télécommunication ont la main sur la procédure, au risque d’une « très claire connivence entre ceux qui nomment et ceux qui sont nommés ». La formation d’un gouvernement socialiste en 2015, soutenu par la gauche critique, n’a pas - encore? - fondamentalement changé la donne.
« Le gouvernement actuel, otage de la pression exercée par les opérateurs de chaînes câblées, se prépare maintenant à homologuer un nouveau décret-loi qui perpétue et aggrave cette procédure. Un ensemble très représentatif de réalisateurs et de producteurs portugais s’est manifesté contre ce système vicié par les conflits d’intérêts, et ils ont assuré à la tutelle qu’ils se refusent fondamentalement à faire partie de ce processus de nomination », lit-on dans la lettre ouverte.

Plus loin : « Ils croient que la transparence ne peut être assurée que si la nomination des jurés revient à l’exclusive compétence de l’ICA. Une bonne fois pour toutes, ils veulent une direction de l’ICA capable d’assumer ses responsabilités, en toute conscience de son double rôle d’exécuteur de la politique culturelle pour le cinéma et de régulateur de cette activité. »
« Les signataires de ce texte veulent rappeler à l’Etat que le cinéma portugais n’est pas qu’une question nationale. C’est pourquoi, ils manifestent leur solidarité avec les réalisateurs et les producteurs portugais qui se sont opposés à ce processus et manifestent leur rejet au cas où le décret-loi serait homologué »
L'appel a été publié dans le quotidien portugais Público lundi, et l’on peut encore le lire en VO sur le site de DocLisboa (avec l’intégralité des signataires, portugais et internationaux). En France, Libération a publié la version française de l’appel, que nous relayons également. A l’automne 2013, j’avais publié un reportage à Lisbonne sur les inquiétudes du cinéma portugais, à l’heure des politiques d’austérité de la Troïka (à lire côté journal de Mediapart).

Parmi les signataires de cette lettre ouverte, signalons Lisandro Alonso, Pedro Almodóvar, Olivier Assayas, Jacques Audiard, Leos Carax, Caroline Champetier, Costa-Gavras, Arnaud Desplechin, Lav Diaz, Jacques Doillon, Bruno Dumont, Philippe Faucon, Pascale Ferran, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Aki Kaurismäki, Pablo Larraín, Mia Hansen-Løve, Lucrecia Martel, Kleber Mendonça Filho, Avi Mograbi, Cristian Mungiu, Rithy Panh, Gianfranco Rosi, Walter Salles, Barbet Schroeder, Céline Sciamma, Apichatpong Weerasethakul ou encore Rebecca Zlotowski.

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