Schulz président du Parlement européen: encore un Allemand...

Le social-démocrate Martin Schulz a été (mal) élu, mardi, à la tête du Parlement européen. Un scrutin qui confirme la mainmise des Allemands sur l'institution.

Le social-démocrate Martin Schulz a été (mal) élu, mardi, à la tête du Parlement européen. Un scrutin qui confirme la mainmise des Allemands sur l'institution.

L'ex-patron du groupe Socialistes et démocrates (S&D), eurodéputé sans discontinuer depuis 1994, a obtenu 387 voix, sur 670 suffrages exprimés (pour un total de 754 eurodéputés). Il fait donc moins bien que son prédécesseur, le polonais Jerzy Buzek (PPE, droite), qui avait, en 2009, rassemblé 555 voix. Alors que le Parlement, ignoré par le tandem Sarkozy/Merkel, donne souvent le sentiment de regarder les trains passer face à la crise économique, Schulz a promis, dans son discours d'investiture, de replacer l'hémicycle au cœur de la machine européenne.

Schulz/Buzek: passage de témoin. Schulz/Buzek: passage de témoin.
«L'échec de l'Union européenne apparaît, pour la première fois depuis sa création, comme un scénario réaliste. Depuis des mois, l'Union court d'un sommet de crise à l'autre. Les chefs de gouvernement prennent à huis clos des décisions qui nous concernent tous. C'est, à mes yeux, le retour à une situation de la politique européenne qui semblait dépassée depuis longtemps, à savoir l'époque du Congrès de Vienne, au XIXe siècle. Le principe qui prévalait alors consistait à lutter avec opiniâtré pour ses intérêts nationaux, et ce sans contrôle démocratique», a-t-il déclaré.
Et d'ajouter, en référence à l'activisme du couple franco-allemand: «La multiplication des sommets, l'inflation des rencontres de chefs de gouvernement et l'attention exclusive dont leurs réunions font l'objet écartent dans une large mesure du processus décisionnel le Parlement européen, seul organe de la Communauté élu au suffrage universel direct. Les représentants des peuples des diverses nations se trouvent, au fond, ravalés au rang d'exécutants. Il n'est plus acceptable qu'ils cautionnent sans mot dire les décisions intergouvernementales prises dans le petit cénacle bruxellois». (télécharger l'intégralité de son discours ici).
 
Deux candidats lui disputaient le perchoir: Diana Wallis, une libérale Britannique, qui concourait sans le soutien de son groupe, a obtenu 141 voix, tandis que Nirj Deva, un autre Britannique, conservateur, semble avoir capitalisé sur le vote euro-sceptique (142 voix). Les deux élus avaient tenté de bousculer Shulz, et de remettre en question cet «accord technique», conclu en début de mandat entre les deux principaux groupes du Parlement (PPE et S&D) pour se partager le perchoir.
> Lire notre enquête sur cet «accord technique», et la campagne pour la présidence du Parlement, publiée samedi sur Mediapart.
Schulz, 56 ans, devient ainsi le quatrième président allemand, sur un total de 14, depuis la première élection au suffrage direct en 1979. Mais aussi le deuxième depuis 2007, après le conservateur Hans-Gert Pöttering (2007-2009). Au passage, il s'ajoute aussi à la liste de plus en plus longue des Allemands à la tête de poste clé en Europe: Klaus Regling dirige le Fonds européen de stabilité financière (FESF) tandis que Thomas Mirow tient les rênes de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Seul revers des dernières semaines, pour Berlin: le poste très convoité de chef économiste de la Banque centrale européenne a échappé à l'Allemagne, au profit de la Belgique, sur décision de Mario Draghi.
La présence fournie d'Allemands à des postes clé reflète bien sûr le poids démographique du pays à l'échelle du continent, et la vitalité de la première économie européenne, alors que la récession menace presque partout ailleurs. L'Allemagne est d'ailleurs l'un des quatre derniers pays de la zone euro encore noté «triple A» par les trois grandes agences de notation américaine. Mais ce n'est pas le seul élément qui explique son leadership au au sein de l'hémicycle.
Le fameux «accord technique» favorise les délégations nationales nombreuses et très resserrées, sur un petit nombre de groupes au Parlement. C'est le cas de l'Allemagne, dont le gros des forces est réparti entre le PPE et le S&D. Elle a donc plus de chance, mathématiquement, de prendre plus souvent la tête de l'institution, puisqu'elle pèse particulièrement lourd au sein des deux groupes qui, tous les deux ans et demi, se partagent la présidence.

 

S'ajoute enfin l'investissement des élus allemands à Bruxelles, nettement plus soutenu que celui de leurs collègues, souvent en poste dès lundi dans leur bureau du Parlement. L'apparente mainmise allemande en dit long aussi, en creux, sur les failles des autres délégations...

A signaler: le Frankfurter Allgemeine Zeitung dresse mercredi le portrait (en allemand) de Schulz, «président batailleur».

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