Nicolas Sarkozy, la BCE et les essuie-glaces

Formidable souplesse de l'animal politique, ou absence terrifiante de conviction sur l'Europe... Depuis 2007, le président-candidat a dit tout et son contraire sur la Banque centrale européenne, et recycle sans ciller, selon les circonstances. Inventaire.

Formidable souplesse de l'animal politique, ou absence terrifiante de conviction sur l'Europe... Depuis 2007, le président-candidat a dit tout et son contraire sur la Banque centrale européenne, et recycle sans ciller, selon les circonstances. Inventaire.

Entre autre leçons, on s'aperçoit que le candidat de 2012 répète une promesse déjà formulée en 2007, et vite enterrée, mais aussi que les engagements du «mini-sommet» de Strasbourg de 2011 (l'époque glorieuse du couple «Merkozy»...) n'auront pas tenu bien longtemps.

1 - Discours du candidat à la présidentielle en 2007, meeting à Lille, le 28 mars 2007 (lire ici)
«Il nous appartient à nous Français de déclencher ou non une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne.»

2 - Conférence de presse à Bruxelles, le 20 mars 2009 (lire ici)
Interrogé pour savoir s'il est favorable à ce que la BCE prenne des mesures «non conventionnelles» face à la crise, il répond: «L'honnêteté oblige à dire quand même que, par rapport à la position de départ de la BCE, et là où on en est aujourd'hui, il y a un sacré chemin qui a été parcouru, (...) D'ailleurs, c'est ce que j'ai dit à Monsieur Trichet. Je lui ai dit, vraiment, je trouve que vous avez mis énormément de souplesse dans la position de la BCE, parce que cela ne se réduit pas simplement à la question des taux, ni du montant des taux.»

3 - Conférence de presse à Bruxelles le 27 octobre 2011 (lire ici)
Question: Est-ce qu'il faut lire dans les déclarations de M. DRAGHI (actuel président de la BCE, ndlr) ce matin, que la BCE sera sur le marché tant que ce mécanisme ne sera pas en place, voire au-delà ?
Nicolas Sarkozy: Alors moi, je ne suis pas le porte-parole de la BCE. La BCE est une institution indépendante et il convient de respecter son indépendance. M. DRAGHI ne nous a pas interrogés avant de prendre ses décisions. Nous ne lui avons rien demandé, mais il est permis de se réjouir de ce qu'il a dit et qui est assez clair au fond et que vous avez certainement en tête, puisqu'il a dit qu'il y a des circonstances où des mesures dites non conventionnelles, comme l'achat de dettes publiques. Et bien, ces mesures sont nécessaires de manière transitoire, a-t-il dit, pour pacifier les marchés.

4 - Conférence de presse, après le mini-sommet de Strasbourg, le 24 novembre 2011, avec Angela Merkel et Mario Monti (lire ici)
«Nous avons indiqué tous les trois, d'un commun accord, notre confiance à la Banque centrale européenne et à ses dirigeants. Et tous les trois, nous avons indiqué, dans le respect de l'indépendance de cette institution essentielle, qu'il fallait s'abstenir de demandes positives ou négatives. C'est une position que nous avons élaborée ensemble et qui nous semble adaptée à la situation.»


Plus tard dans la conférence, Angela Merkel prendra la parole, pour préciser:

«Le président français a parfaitement raison, il vient d'expliquer que la Banque centrale européenne est indépendante. Et donc des modifications éventuelles de traité ne concernent pas la BCE qui s'occupe de la politique monétaire, de la stabilité monétaire. Concernant les modifications au traité - et nous le démontrerons par la suite - nous nous préoccupons de la question d'une politique fiscale, et donc d'une coopération plus profonde en matière politique. Donc c'est un chapitre très différent. Il y aura des propositions dans ce sens mais cela n'a rien à voir avec la BCE.»


5 - Conférence de presse conjointe, avec Angela Merkel, le 5 décembre 2011 à Paris (voir ici)
«Enfin, s’agissant de la BCE, – pour dire la profondeur de notre discussion – nous nous sommes mis d’accord pour confirmer ce qui a été notre déclaration avec Mario Monti lors du Sommet de Strasbourg : confiance dans la BCE, indépendance de la BCE et abstention de tout commentaire positif ou négatif sur son action.»

6 - Conférence de presse à Bruxelles le 9 décembre 2011 (lire ici)
«Monsieur Draghi a proposé de mettre la compétence de la BCE au service de la gestion et du fonctionnement du Fonds européen. (...) Moi, je m'en tiens à la jurisprudence dite de Strasbourg, je ne commente pas ce qu'a à faire ou à ne pas faire la BCE

7 - Discours du candidat en campagne, le 15 avril 2012 à la Concorde (lire ici)
«Après ce que nous avons fait pour sauver l’Euro, je veux poser non seulement le problème des frontières mais aussi celui du rôle de la Banque Centrale Européenne dans le soutien à la croissance. C’est une question très importante que nous ne pourrons pas éluder. Car si l’Europe ne veut pas perdre pied dans l’économie mondiale, elle doit absolument renouer avec la croissance. (...) Si la Banque centrale ne soutient pas la croissance, nous n’aurons pas assez de croissance. La crise - et l’Européen convaincu que je suis veut le dire - nous a montré les limites des règles qui ont été fixées dans le Traité de Maastricht. Je sais les difficultés d’aborder ce sujet. Je connais les obstacles mais nous avons le devoir d’y réfléchir.»


8 - Entretien sur France Inter, le 17 avril 2012 (voir ici)
«Revenons aux faits (...): première chose, est-ce que oui ou non j'ai toujours défendu le rôle de la BCE pour soutenir la croissance, y compris dans la crise de l'euro? (...) C'est d'ailleurs ce que j'ai obtenu puisque la BCE a agi. (...) Je suis pour l'indépendance, mais justement parce qu'il y a l'indépendance, il faut pouvoir discuter (...) la condition de l'indépendance, c'est le dialogue, c'est justement parce qu'on est indépendant qu'on doit dialoguer (...) Ce qui ne va pas, c'est cette idée folle qui consiste à dire que parce que la banque centrale est independante, on n'a pas le droit de parler, c'est tout le contraire».

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