Moody's et la rigueur: cherchez l'erreur

On a relu le communiqué à plusieurs reprises, tellement on a eu du mal à y croire: Moody's, l'une des trois agences de notation anglo-saxonnes qui font la pluie et le beau temps sur les marchés financiers, met en garde contre la rigueur économique sur le Vieux continent.

On a relu le communiqué à plusieurs reprises, tellement on a eu du mal à y croire: Moody's, l'une des trois agences de notation anglo-saxonnes qui font la pluie et le beau temps sur les marchés financiers, met en garde contre la rigueur économique sur le Vieux continent. L'étude semestrielle consacrée aux «perspectives en Europe», publiée lundi 23 août, estime que «compte tenu de la nécessité de se tenir à des mesures d'économie strictes pour plusieurs années (...), les craintes sur la croissance économique constituent un risque pour la notation des Etats».
De la part d'une agence qui n'a cessé de dégrader la note de la Grèce, en début d'année, provoquant les secousses que l'on connaît, la recommandation surprend. Pas plus tard que la semaine dernière, la même agence mettait d'ailleurs en garde la France, mais aussi les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, menacées de perdre leur note AAA (le 5 étoiles des marchés), en raison de leurs «difficultés budgétaires». Bref, les mêmes économistes qui depuis des mois, incitent les exécutifs européens à déployer une politique d'austérité sans précédent, s'inquiètent désormais des contre-coups de cette rigueur.
Les derniers chiffres de la croissance dans la zone euro tendent à confirmer les inquiétudes de Moody's. Tirée par l'Allemagne (+2,2%), elle a affiché au deuxième trimestre une progression meilleure qu'attendu, de 1%. Mais pour beaucoup, à commencer par la France (+0,6%), la reprise reste molle. L'Espagne (+0,2%), le Portugal (+0,2%) ou la Grèce, repassée dans le rouge (-1,5%) sont loin d'être sortis d'affaire. Moody's cherche-t-elle à apaiser aujourd'hui l'incendie qu'elle a elle même contribué à déclencher, quitte à jouer les schizophrènes et déstabiliser des marchés qui détestent rien de plus que l'«incertitude» actuelle? Moody's a-t-elle viré keynésienne à l'approche de la rentrée, délaissant Ricardo?
Dans le détail, il semblerait plutôt que l'agence opère une distinction entre dette et déficit. D'un côté, elle juge que les Etats n'ont pas encore adopté de mesures suffisantes, «structurelles», pour stabiliser leur dette à long-terme. D'où les menaces de la semaine dernière, à l'égard de Paris en particulier. De l'autre, elle s'inquiète des résultats d'une lutte court-termiste et trop rapide contre les déficits publics en Europe, aux dépens de la croissance. Il n'y aurait donc aucune contradiction.
Dans le même genre de recommandations pas très orthodoxes, rappelons que le FMI, dans son rapport annuel sur l'économie américaine publié fin juillet, avait exhorté Washington à poursuivre sa relance, quitte à creuser un peu plus ses déficits à court-terme, pour ne pas fragiliser la reprise.

> Retrouvez, côté Journal, un article pour creuser le sujet: Austérité contre croissance, ce que dit la théorie économique.

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