«Pacte budgétaire»: le parlement européen sort ses griffes face au Conseil

Les députés européens s'apprêtent à débattre, mercredi après-midi, du «pacte budgétaire» finalisé lundi soir à Bruxelles. D'après le projet de résolution que nous nous sommes procurés, le Parlement va critiquer les manquements d'un texte qu'il juge trop centré sur l'austérité.

Les députés européens s'apprêtent à débattre, mercredi après-midi, du «pacte budgétaire» finalisé lundi soir à Bruxelles. D'après le projet de résolution que nous nous sommes procurés, le Parlement va critiquer les manquements d'un texte qu'il juge trop centré sur l'austérité.
«Le Parlement européen (...) insiste sur le fait que la reprise économique exige des mesures pour renforcer la solidarité et doper la croissance durable et l'emploi, se félicite de voir que le Conseil européen le reconnaît désormais, mais insiste sur la nécessité de mesures concrètes et d'envergure», lit-on dans ce texte co-écrit par les quatre élus impliqués dans les négociations du traité depuis la mi-décembre.
«Tout ce qui concerne la solidarité et la croissance est mis de côté», regrettait déjà, dans un entretien à Mediapart il y a une semaine, Guy Verhofstadt, le patron des Libéraux, et l'un des négociateurs du texte. La version du texte qui sera soumis au vote des députés jeudi a toutefois lissé certaines critiques.

Réunis lundi à Bruxelles, alors que la récession menace à nouveau plusieurs Etats de la zone euro, les chefs d'Etat ont présenté, pour accompagner la version définitive du «fiscal compact», une batterie de mesures censées doper l'emploi des jeunes sur le continent (lire le document ici). Insuffisantes, ont jugé bon nombre d'observateurs.
Le socialiste allemand Martin Schulz, qui effectuait lundi soir son premier discours en tant que président du Parlement, en ouverture du Conseil européen, avait déjà prévenu du «scepticisme» de son institution face à ce nouveau traité. Beaucoup d'élus jugent ce texte soit inutile, parce qu'il répète des dispositions déjà adoptées via le «six-pack» l'an dernier, quitte à ignorer le travail du Parlement, soit contre-productif, parce qu'il approfondit encore la rigueur, alors qu'il faudrait parler relance et investissement (lire notre article: Angela Merkel impose un super-Maastricht).
«Quasiment l'intégralité des éléments du nouveau Traité auraient pu être obtenus, et dans une large majorité ont déjà été obtenus, à travers le cadre légal actuel de l'Union européenne, et à travers des législations secondaires, à l'exception de la règle d'or, de la majorité qualifiée inversée et de l'implication de la Cour européenne de justice», lit-on dans le projet de résolution.
Autre motif de déception: le président du Parlement ne sera pas invité formellement aux sommets de l'Euro, ces nouvelles rencontres qui réuniront, a minima, les chefs d'Etat de la zone euro, plusieurs fois par an.
Pour Schulz, cette prise de position est une bonne opération: le socialiste tient tête au Conseil et à la Commission, et fait entendre une autre musique dans la bulle bruxelloise. Le social-démocrate allemand va tout faire, dans les mois à venir, pour replacer le Parlement au cœur de la machine européenne, comme il l'a promis lors de son discours d'investiture. Il a plaidé lundi soir, au nom du Parlement, pour une taxe sur les transactions financières, pour des euro-obligations, et enfin pour de nouveaux fonds pour soutenir l'emploi des jeunes. 
On suivra surtout l'attitude des eurodéputés du PPE, mercredi lors du débat, puis jeudi lors du vote du texte: il ne s'est pas si fréquent de voir le premier groupe politique du Parlement, de droite, se prononcer contre la position défendue par leurs capitales, majoritairement de droite...

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