Rapport IPBES, le monde se divise entre croissance et décroissance

A quelques jours du rapport de l'IPBES sur le constat alarmant de la perte en biodiversité, le monde semble se scinder en 2. Croissance ou décroissance, capitalisme ou alternative, faudra-t-il un jour choisir son camp ?

La semaine dernière l’IPBES, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services éco systémiques, s’est réuni pour émettre son rapport mondial des écosystèmes.

Voici les 7 conclusions qui devraient nous alarmer sur la lenteur avec laquelle nous modifions notre système.

Le premier point concerne la biodiversité qui selon l’IPBES décline de façon globale à des rythmes sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Sur les 8millions d’espèces végétales et animales existantes, un million sont désormais menacées d’extinction. Depuis le 16ème siècle au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu. Cela ne concerne pas uniquement les animaux, mais également les espèces végétales avec 290 millions d’hectares de forêts primaires. Les zones humides, berceau de biodiversité disparaisse de manière 3 fois plus élevées. 80 % de celles qui existaient en 17OO, n’existaient plus en 2000.

Le second point est de rappeler à quel point la biodiversité est nécessaire à l’existence humaine. Nous dépendons de celle-ci pour la nourriture, l’énergie, les matériaux, la médecine et bien d’autres domaines. Aujourd’hui on estime que 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont extraites à travers le monde chaque année, soit une hausse de 100% depuis 1980.

Le troisième point concerne l’exhaustivité du rapport qui rassemble 145 experts issus de 50 pays qui ont travaillé pendant 3 ans sur quelque 15000 sources scientifiques et gouvernementales avec la contribution de 310 autres experts dans des domaines variés.

Le quatrième point, l’activité humaine est la principale responsable. Les 5 facteurs principaux sont les changements d’usages des terres et de la mer, l’exploitation directe de certains organismes, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes. 66% du milieu marin a été significativement modifié par l’action humaine, 75 % des ressources en eau sont destinées à l’agriculture ou à l’élevage, et depuis 1992, les zones urbaines ont plus que doublé à travers le monde.

Le cinquième point met en avant les peuples autochtones comme les gardiens de la biodiversité. A l’heure actuelle, plus de 25 % des terres mondiales sont détenus traditionnellement, gérés et occupés par des peuples autochtones, qui respectent la biodiversité et les limites planétaires et s’inscrivent ainsi dans l’équilibre naturel. Pourtant ces terres sont soumises à des pressions externes de multinationales avides de nouvelles ressources, tel est le cas par exemple de la Guyane avec le projet Montagne d’Or, projet d’extraction minière. D’ailleurs, j’avais effectué une interview du collectif qui s’y oppose, il y a quelques mois, une chronique que vous pouvez retrouver sur la chaîne Youtube de Monsieur Green.

Le sixième point concerne note faculté à agir et qu’il n’est pas trop tard. Il s’agit de ne pas être découragé, et que la bataille se joue à différentes échelles, celles des individus, des entreprises, et des décideurs politiques. Cette transformation demandée doit passer par une attaque directe aux sources mêmes de la détérioration de la nature précisée précédemment.

Le dernier point concerne l’intégration de la biodiversité comme solution clé à cette sortie de crise. Elle remet en question la durabilité de nos modes de vie et également la perception dont nous avons de la nature comme obstacle à notre bien être plutôt que l’inverse.

Voilà donc les conclusions de l’IPBES.

Pour le président français Emmanuel Macron, c’est la première fois que des études scientifiques amènent une telle expertise sur l’urgence de protéger la biodiversité. Consterné, d’entendre sans cesse des fake news gouvernementales, je vous invite à faire une recherche internet sur le rapport Meadows, rapport effectué par des chercheurs du Massachussetts en 1970 et qui dresse le portrait exacte de la crise écologique actuelle que nous vivons.

Au vu de ces 7 points, comment réagissez-vous à titre individuel ?

Force est de constater à travers les réseaux sociaux et les réponses apportées à ces annonces, qu’il y a différents types de réactions.

La première réaction, est, après moi, le déluge. C'est-à-dire que l’alarmisme de ces conclusions, incite l’individu à se décourager et à estimer que finalement autant profiter vu que la fin est proche. Ce type de comportement est surtout constaté chez ceux pour qui l’individualisme prône, ceux qui pensent, que seul et avec persévérance, tout est possible. Ceux qui pensent également n’être en rien responsable de ce qui arrive et qui rejette la faute sur d’autres personnes ou concept, comme nos politiques ou bien le capitalisme par exemple, et finalement ceux qui n’ont que faire du futur de leur propre descendance. Pour le coup, ces personnes sont figées dans une éducation capitaliste pur et dur, nous pouvons les retrouver dans les personnes ayant bénéficiés, par exemple, des 30 glorieuses et estimant ne pas devoir transiger sur leurs niveaux de vie, ou bien ceux qui vivent sur le même système de compétitivité et d’accumulation de richesses.

Il peut s’agir aussi de personnes n’ayant pas les données nécessaires pour remettre en question leur niveau de vie et leur mode de consommation, faute de connaissances sur l’origine des produits manufacturés consommés.

 La seconde réaction appartient aux sensibles et à ceux qui ont toujours conservés un lien avec la nature et leur environnement. Révolté, scandalisé de l’inaction de nos dirigeants, nous les retrouvons à signer continuellement des pétitions pour la sauvegarde de notre biodiversité, ils ont revu leur consommation à la baisse et de manière plus résiliente, aborde des modes de vies alternatifs en étroite collaboration avec la nature, et deviennent de plus en plus actifs autour d’eux pour modifier les consciences, je dois d’ailleurs en faire partie. Nous pouvons également citer de nombreux collectifs comme les Incroyables comestibles, Nous voulons des Coquelicots, le mouvement extinction rébellion, la ZAD Notre Dame des Landes, la jeunesse pour le climat avec Greta Thunberg, et tout ceux qui militent pour que l’humain reprenne sa place dans le vivant et non en dominant du vivant.

Il est intéressant de voir que notre culture occidentale forge également nos réactions. Basé sur une évolution technologique sans cesse renouvelée pour acquérir un bien être plutôt illusoire, puisque nous mangeons des produits qui au lieu d’apporter bien être auraient plutôt tendance à développer des cancers et autres maladies. Puisque nos habitats sont bourrés de substances chimiques altérant également notre santé, puisque nous bétonnons continuellement étouffant le reste de nature disponible, puisque nous basculons progressivement vers un monde vide de sens où la dépression des plus jeunes en est le symptôme. Nous oublions souvent que l’Occident est le principal initiateur du réchauffement climatique par l’accaparement des ressources à travers le monde et cela depuis des décennies, et donc nous oublions aussi qu’à travers le monde des gens vivent en parfaite harmonie avec la nature et sont heureux et par notre consommation excessive nous les en privons.

Sur ce constat, nous pouvons alors formuler que le monde se scinde en 2 parties. Les capitalistes qui regroupent aujourd’hui la plupart des partis politiques basés sur un système économique de croissance sur une Terre aux limites bien finies et qui continuent de croire qu’une vie riche ne passe que par l’augmentation des revenus au détriment des autres.

Et ceux qui ont réellement compris que sans la nature, l’extinction de l’Homme est imminente et souhaite la préserver et vivre en harmonie avec elle, quitte à se passer de tous les désirs créés par notre société de consommation qui sont un leurre pour nous faire croire que le bonheur se situe dans le matériel et l’accumulation.

Pour vous apporter d’avantages de compréhension sur cette thématique je vous conseille vivement de lire « 50% sauvages, la médiation des nations civiles » le roman initiatique de Cédric Charles Attman, qui explicite très bien cette notion de division au sein de l’humanité et des enjeux qu’elle suppose.

Je souhaiterai terminer ce papier par une notion qui est propre à l’Homme et qui l’a amené à travers les âges à une répétition cyclique d’erreurs destructrices d’humanité et d’environnement. Cette notion est le bouc émissaire. Le bouc émissaire est un individu, un groupe, une organisation choisi pour endosser une responsabilité ou une faute pour laquelle il est, totalement ou partiellement innocent. Cette notion montre à quel point, nous avons la faculté de nous déresponsabiliser de nos actes dans un souci de rendre nos vies plus soutenables. Les exemples sont multiples, les juifs sous les nazis, les migrants dans une crise globale du travail et du système économique, la Chine comme gros pollueur dans une crise climatique, le terrorisme contre les musulmans. A chaque période son bouc émissaire, mais finalement nous avons tous la responsabilité du monde dans lequel nous vivons, oui nous pouvons agir contre la nature, contre les migrants, contre, contre, contre. Mais pour quels résultats plus de destruction. Si nous cherchons tous au fond de nous-mêmes, nous avons également la capacité de travailler avec, avec nos intelligences, avec la nature, avec la cohésion nécessaire pour affronter les enjeux climatiques qui sont je le rappelle, le premier facteur des guerres à travers le monde pour s’accaparer les ressources, le premier facteur de migration, le premier facteur d’appauvrissement des populations, et ce même facteur qui amène l’homme à son propre extinction.

A l’heure où le monde semble devenir fou, il est peut être temps d’opter pour un changement de comportement, et là il ne s’agit pas de dire, je sais, je vois, j’entends, mais d’agir. Ne soyons pas comme les politiques qui constatent, parlent et annonces sans aucune action, mais soyons les acteurs du changement pour que nos enfants puissent vivre dans un monde désirable et non dans un monde où le chaos règne.

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