J.CHIRAC, amnésie collective, culte de la personnalité, révisionnisme historique ...

Honneurs donc officiels pour Jacques Chirac depuis le 26 septembre 2019, après son décès. Reconnu plus grand encore mort que vivant ! Or, ce fut un homme qui s'est déshonoré lui-même tant de fois, mais tant de fois ... et tout seul !

 Jacques Chirac, amnésie collective organisée, culte de la personnalité, révisionnisme historique.

Un homme politique respecté ... mais point respectable.

   Honneurs donc officiels pour Jacques Chirac depuis le 26 septembre 2019, après son décès.  Reconnu plus grand encore mort que vivant ! Or, ce fut un homme qui s'est déshonoré lui-même tant de fois, mais tant de fois ... et tout seul ! En déshonorant la France et les hautes fonctions qu’il occupait. Voilà alors un homme politique respecté, et encore bien plus respecté à sa mort, mais n'étant qu’à peine respectable. En tant que simple individu, en tant que simple humain, pouvant être affable et charmeur paraît-il, respectable oui, comme tout-un-chacun d’entre nous. Mais en tant qu'homme public, qu'homme politique, avec ses postures et impostures, non, pas du tout, pas respectable du tout, et nous insistons. En ce jour de funérailles pompeuses rendant hommages institutionnels et religieux à Jacques Chirac nous convoquons quelques témoins de son très long parcours politique, depuis 1967. Toutes les thématiques ne sont pas évoquées ni les témoins entendus. Mais quand-même, notre effort de mémoire immédiate est là.

MALIK OUSSEKINE : UN ÉTUDIANT TUÉ PAR LA POLICE FRANÇAISE  

Je suis Malik Oussekine, vingt-deux ans, un jeune étudiant d’origine maghrébine, algérienne, né en France. Mon père ayant été ancien combattant de l'armée française lors de la guerre 1939-45, ayant été aussi mineur dans les mines de charbon de Thionville. Je pensais devenir prêtre un jour. Je fus battu à mort par la police française à Paris, par des policiers barbares, police aux ordres du régime de Jacques Chirac, la nuit du 5 au 6 décembre 1986, mes assassins étaient sous les ordres du ténébreux ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, celui qui instaura les « policiers-voltigeurs » lors de la féroce répression anti-étudiants de fin 1986, contre ces jeunes qui contestaient un néfaste projet de loi dite " loi Dévaquet", venant du ministre déléguée à l'Enseignement supérieur voulant sélectionner les jeunes bacheliers à l'entrée des universités.

Mon décès fut "constaté" apparemment à l'Hôpital Cochin de Paris à 3h20 du 6 décembre quand en réalité je succombai à minuit dans le hall même de l'immeuble où je fus battu à mort[1]. Mes tortionnaires- et assassins furent presque acquittés lors d'une parodie de procès judiciaire, ne faisant même un seul jour de prison. Je n'oublie pas, je ne pardonne pas. J'espère que vous n'allez jamais m'oublier[2].

UN PETIT IMMIGRÉ EN FRANCE

Je suis un Immigré en France, un petit et modeste Immigré, venant de l’une des anciennes colonies françaises en Afrique noire. J’ai bien su comme mes compatriotes ont été chassés et déportés en Afrique par le gouvernement de Jacques Chirac dès mai 1986, par les polices de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, et de son adjoint Robert Pandraud. Rappelez-vous des charters Pasqua. Ce Charles Pasqua encore ministre du RPR chiraquien en 1993, avec un certain Edouard Balladur qui était Premier ministre, avant sa trahison à Chirac en 1995. Je suis donc un modeste Immigré, j’ai vu ceux de mes frères et compatriotes chassés et déportés aussi par Jean-Louis Debré, ce ministre de l'Intérieur succédant pendant deux ans à Pasqua dès mai 1995, Jacques Chirac enfin étant élu président, à sa troisième tentative comme candidat présidentiel. Et, entre mai 2002-mars 2004 et juin 2005-mars 2007, avec son ministre de l’Intérieur, dauphin en germe, Nicolas Sarkozy, j’ai été toujours pourchassé, encore plus activement, pour remplir les avions de rapatriement nous expulsant de la France, et essayer de battre chaque année les records d’expulsions-déportations.

Je suis donc un Immigré africain, mon père et mon grand-père ont été tirailleurs-sénégalais, même s’ils venaient en réalité du Soudan occidental français, ils ont été anciens combattants de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, mon père né vers 1925 ayant fait le débarquement en Provence en 1944 et toute la campagne pour la Libération de la France. Je suis alors un Immigré ayant appris le français parce qu’étant né dans un pays où la langue des colonisateurs fut imposé comme langue officielle, un Immigré de ceux qui ont su que les Français encourageaient à venir en France les travailleurs africains dans les Trente Glorieuses pour aider à la reconstruction de la France après les ravages de la guerre 39-45, deux de mes grand-frères sont venus à cette époque, très jeunes, je ne les ai connus qu’en arrivant ici en 1998.

J’habitais à Montfermeil en octobre 2005 et vu comme deux gamins, Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans chacun, dont leurs familles sont venues du Maghreb et de l’Afrique noire, sont morts à Clichy -sous-Bois le 27 octobre 2005, électrocutés dans un poste source EDF où ils s’étaient cachés pour échapper à un contrôle de police[3]. J’ai entendu les réactions indignes, après un silence honteux, du gouvernement, N. Sarkozy était le ministre de l’Intérieur de J. Chirac. Il faut être Africain, comme moi qui ai la peau bien foncée, pour comprendre notre sentiment de honte, d’injustice et indignation silencieuse chaque fois qu’on est contrôle par la police, soupçonnés d’être sans un titre de séjour français comme il faut, donc ce sont bien les Immigrés la cible de ce « délit de faciès ». Je suis Immigré à la peau bien noire, étant la cible de la droite chiraquienne et de l’extrême droite française, et de ses alliés, la cible de ceux qui n'ont eu de cesse de, encore et encore, dénigrer et persécuter les immigrés[4] et les étrangers en général qui venaient des pays pauvres, asservis, dominés, dépendants, des anciennes colonies françaises.

UN AFRICAIN EN AFRIQUE

Je suis un Africain en Afrique, vivant dans l'un de ces pays mortifiés, exploités, avilis, appauvris par la Françafrique, des pays que souffrirent encore et encore depuis 1958 avec ce "système Foccart", établit par un certain Jacques Foccart[5], homme de l’ombre, ce criminel conseiller présidentiel de Charles de Gaulle, au pouvoir en France depuis mai 1958 et ensuite durant la présidence de G. Pompidou. Foccart fut l’un des hauts responsables français mêlé de près à l’enlèvement à Paris et à la disparition de Mehdi Ben Barka, le leader socialiste marocain, en octobre 1965.  Ce Foccart fut repris comme conseiller de l’ombre, cette fois à Matignon, dès 1986 par un Jacques Chirac devenu Premier ministre pour la deuxième fois. Et Jacques Chirac lui accorda la médaille de grand officier de la Légion d’honneur en 1995.

Je suis donc un Africain subissant les régimes néocoloniaux criminels, installés ou soutenus par la France toujours fidèle après 1960, année de nos vraies-fausses indépendances, à son atavisme néocolonial. Je pleure encore l'assassinat de Thomas Sankara, notre président révolutionnaire burkinabé, ayant "opportunément" succombé aux conspirations du système françafricain Foccart. Le capitaine Sankara fut assassiné le 15 octobre 1987, alors que Chirac épaulé par Foccart était à Matignon et F. Mitterrand à l’Elysée, par l'ordre de Blaise Compaoré, un militaire burkinabé obéissant à cette détestable Françafrique. Une partie de moi-même mourut avec notre Sankara assassiné[6]. J'ai de la mémoire, et moi non plus je n'oublie pas ni pardonne rien à ce Jacques Chirac.

UN KANAK   TUÉ PAR LES GENDARMES FRANÇAIS

Je suis un Kanak tué à Ouvéa[7], en Kanaky, mon pays, nommé "Nouvelle Calédonie" par le colonisateur français. Je fus tué le 4 mai 1988. Je suis l'un de ces dix-neuf Kanaks tués, exécutés, par les militaires français en opération commando. Je suis un Kanak de ce peuple soumis à l'asservissement colonial français depuis l'année 1853, un Kanak de ce peuple qui ne s'est jamais conformé à ce colonialisme asservissant, un colonialisme qui nous a dépossédé de nos terres ancestrales et de notre culture. Je suis un Kanak qui se battit et se bat encore à côté de mon peuple pour sa liberté, et qui fut sauvagement réprimé en ce 4 mai 1988 par la gendarmerie française, Chirac étant Premier ministre et le donneur d'ordres criminelles, Charles Pasqua le ministre de l’Intérieur et, pour dire toute la vérité, François Mitterrand ayant donné son accord à la sauvage opération militaire.

Le lendemain du massacre, de nos exécutions par les gendarmes, le ministre Pasqua déclarait à la télévision, Antenne 2, avec totale désinvolture « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs … [quand les négociations n’aboutissent pas] on doit utiliser tous les moyens pour que force reste à la loi. On peut toujours se lamenter. Ça ne sert à rien ! »[8]. Je ne pardonne rien, ni à Chirac, ni à Pasqua, ni à Mitterrand. Je revendique toujours l’indépendance de mon peuple et de notre pays. 

UN POLYNÉSIEN : ÉVOQUANT LES ESSAIS NUCLÉAIRES FRANÇAIS

Je suis un Polynésien, habitant le Pacifique-Sud, colonisé et dominé par la France depuis le XIXe siècle, très précisément l'année 1843. Je suis l’un de ces Polynésiens qui ont été contaminés, irradiés, et qui sont morts ou qui vont encore mourir des cancers divers et malformations variées depuis que ce pays colonialiste, la France, commença ses essais nucléaires atmosphériques, sous-marins et souterrains dans les années 1960, après avoir contaminé et tué aussi de la sorte dans le Sud de l'Algérie, au Sahara. Chirac ayant recommencé les essais nucléaires français en 1995 en Polynésie, dès qu'il arriva pour la première fois à la présidence de la république. Alors, le "Jacques-Chirac-écologiste" de 2002 disant en Afrique du sud "notre maison brûle et nous regardons ailleurs ... " je ne l'ai jamais cru d'un seul mot.

UN SERBE YOUGOSLAVE : VICTIME DE LA GUERRE CONTRE MON PAYS EN 1999

Je suis un Serbe, l'un de ces cinq mille sept cents morts et blessés gravement en 1999 par la guerre que l'OTAN avec la France incluse -cette alliance militaire strictement « défensive » devenue, contre ses propres statuts, offensive- perpétra contre mon pays, la Yougoslavie. Une guerre déclaré sans motif valable mais sous des multiples prétextes humanitaires présentés comme gravissimes, une guerre signifiant le bombardant de la Serbie pendant soixante-dix-huit jours, avec plus de trente-sept mille missions aériennes destructrices, dont 420 missions aériennes destructrices de l’armée française et 988 bombes et missiles français largués contre mon pays, et des forces spéciales et terrestres alliées classiques déployées en Serbie et au Monténégro[9]. Jacques Chirac étant un président va-en-guerre et la « gauche-plurielle » française au gouvernement avec Lionel Jospin comme Premier ministre.

Le dessein à peine occulte des USA, qui avaient tranché très tôt et décidé d’enclencher la guerre d’agression, précisément par décision personnelle de W. Clinton, était en réalité l’amputation territoriale de la Yougoslavie, en nous séparant de notre province historique du Kosovo, le tout afin de créer une entité albanaise « souveraine » in fine, pour que l’armée des USA s’installe sur notre territoire de façon pérenne. La décision de faire la guerre contre mon pays fut une décision étatsunienne mais aussi allemande, car le gouvernement de la RFA activa une vaste campagne de désinformation pour discréditer mon pays et justifier une « guerre protectrice ». Je ne pardonnerai pas, jamais. Je fus tué par l'armée d'un pays, la France, sous la présidence de Chirac, un pays qui ne fut jamais attaqué par mon pays, la Yougoslavie. Je n'oublie rien.

UN IVOIRIEN :  VICTIME DE LA GUERRE FRANÇAISE CONTRE LA CÔTE D’IVOIRE 2002-2011

Je suis un Ivoirien, l'un de ces milliers et millions d'Ivoiriens tués, torturés, blessés, persécutés, déplacés, dépossédés, bâillonnés, embastillés... par les hordes des bandes paramilitaires barbares, criminelles, dites "Forces Nouvelles", installées, conseillées, armées et protégées par la France de Jacques Chirac, avec son ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, devenu Premier ministre en 2005. Cela s’est produit après une tentative de putsch contre le gouvernement légal de mon pays, un 18 septembre 2002 au soir, où, après le coup d’Etat raté, l’armée française sournoisement d’abord et ensuite ouvertement protégea les putschistes, en divisant même mon pays en deux, installant les rebelles sanguinaires dans tout le nord du territoire ivoirien. J'ai subi cela depuis la nuit du 18 septembre 2002. Tous ces crimes étant faits pour agenouiller mon pays et installer un régime françafricain typique sous l'égide du potentat cynique Alassane Dramane Ouattara. Je dis que la France sous les ordres de Jacques Chirac est intervenue militairement en Côte d’Ivoire dès 2002 pour provoquer un changement de régime, coûte que coûte, et elle mit presque neuf ans pour enfin le réaliser. Le gouvernement du président Laurent Gbagbo ne leur convenait pas. Et dans ce genre de cas la puissance coloniale française eût raison de la fragile souveraineté ivoirienne, au bout de presque neuf ans d’intervention militaire musclée, et des véritables actes de guerre ouverte contre l’Etat ivoirien et les civils désarmés en 2004 et 2011[10].

En 2004 l’armée de mon pays essaya de libérer le nord du territoire ivoirien occupé par la rébellion françafricaine d’Alassane D. Ouattara et J. Chirac couvrit les provocations servant à accuser mon pays, ordonna la destruction de notre petite armée de l’air ivoirienne, autorisât les militaires français à réprimer et même tuer les civils,  allant jusqu’à tenter un coup d’Etat dans la foulée à Abidjan, les chars français arrivant même devant les portes de la présidence où était le président Gbagbo, finissant le tout par un massacre contre les Ivoiriens [11], contre des civils désarmés, devant l’hôtel Ivoire d’Abidjan, tuant les manifestants Ivoiriens devant les cameras de télévision, et des milliers des témoins[12]. Plus de soixante-dix morts et des centaines de civils ivoiriens blessés fut le bilan de cette tragique journée du 9 novembre 2004 à Abidjan.

   Jusqu'au dernier jour de son second mandat, en mai 2007, Jacques Chirac protégeât cette rébellion criminelle et son mentor politique, le potentat Alassane D. Ouattara, qui attaquait et assiégeait l’État de Côte d'Ivoire. Ce fut sa créature, Nicolas Sarkozy devenu président à son tour, qui finit ce travail de démolition d’une Côte d'Ivoire[13] qui essayait de rester presque souveraine en 2011, précisément le 11 avril 2011, lorsque directement les forces spéciales de la propre armée française après des attaques au sol et dans les airs, faisant la guerre contre mon pays avec son corps expéditionnaire « Force Licorne », arrêta directement le président Laurent Gbagbo dans sa résidence présidentielle d’Abidjan, et installa Alassane Ouattara comme président « ivoirien », à vrai dire n’étant qu’un banal chargé-de-mission-française, mission néocoloniale.  Je dis, moi aussi, surtout moi, ni oubli ni pardon pour ce Jacques Chirac[14].

UN PARISIEN : ÉVOQUANT MON PARIS ET LA MAIRIE DE PARIS

 Je suis Parisien, né à Paris, de Belleville, et y habitant encore, ayant vu entre mars 1977 et mai 1995 les dix-huit années de mandat de J. Chirac maire de Paris, prolongés par le mandat de son adjoint Jean Tiberi devenu maire titulaire de Paris en 1995. Je suis un Parisien ayant payé mes impôts locaux et taxes diverses et ayant aussi découvert stupéfait le train de vie princier de Jacques-Chirac-maire aux dépens de la mairie de Paris, avec les fonds de la Ville, appris aussi les scandales dus à la corruption du maire Chirac et de son parti, le RPR, dit l’ "État-RPR" de la Ville de Paris, les emplois-fictifs de ses fidèles "eRePéRéistes", les marchés truqués des HLM pour ne favoriser que les entreprises de BTP versant des juteux pots-de-vin à son RPR.

Mes enfants, Parisiens aussi, nés à Paris, ayant dû quitter notre ville pour les banlieues à cause de tant d'années d'attente infructueuse d'un logement social alors que le mien, par exemple, n’étant pas rénové depuis des décennies. J'ai découvert peu à peu le clientélisme poussé du RPR-profond qui s'installa à Paris avec Chirac. Je dis que ce monsieur a vécu des décennies durant aux dépens de deniers publics -mais aussi privés- et de surcroît n'ayant jamais été condamné comme il faut pour son vaste système de clientélisme, de corruption et de détournement de fonds publics[15]. Pas d'oubli pour moi, non plus.

UN FRANÇAIS : ABUSÉ PAR JACQUES CHIRAC

Je suis, enfin, tout simplement un Français abusé, bien abusé, Blanc comme-il-faut, venant de la France profonde ou d’un autre pays d’Europe, ou Noir des colonies ou des néo-colonies comme-il-faut, ou Maghrébin des colonies ou des néo-colonies comme-il-faut, ou Asiatique des colonies ou des néo-colonies comme-il-faut, ou Métis comme-il-faut. Je suis tout simplement quelqu'un du Peuple de France. Je suis un Français, actif, salarié, travailleur comme il faut, ou demandeur d’emploi, modeste, anonyme et digne. Je suis de ceux dont Jacques Chirac se moqua en mai 1995 en invoquant une « fracture sociale » qu'il dénonçait apparemment mais en réalité pour tout simplement se faire enfin élire président de notre pays, lors de sa troisième tentative. Jacques Chirac récidivant plus fort encore en mai 2002, se faisant réélire à la présidence sous couvert d'un « front républicain" avec un score incroyable de plus de quatre-vingt-deux pour cent des suffrages.

Moi, Français abusé, je dis que Chirac en réalité s'attela lors de ses deux présidences réellement exercées, ou de ses deux périodes à Matignon plus celle de son acolyte Balladur 1993-95, à démanteler ou à essayer de démanteler la protection sociale de mon pays, la sécurité sociale dans ses quatre volets, l'assurance maladie, l'assurance vieillesse, l'assurance chômage et les allocations familiales, de même que notre Code du travail protecteur des salariés, privatisant tout ce qu'il put des entreprises publiques dès mai 1986, attaquant les services publics les plus variés, et s'il avait encore pu il aurait tout privatisé au bénéfice des grosses entreprises privées, comme il fit en 2006, juste avant la fin de son dernier mandat, en bradant aux plus grosses entreprises privées les autoroutes de France. Chirac aurait transformé tous les services publics en partenariats public-privé PPP au détriment de l’État et des collectivités … et du peuple français.

Il fut, ce Chirac, un grand néolibéral contrarié, suiveur des doctrines économiques en vogue dès la fin des années 1970, quand il était à Matignon pour la première fois entre 1974-76, suiveur des programmes, politiques publiques et de l’idéologie de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, attaquant frontalement le programme du CNR-Conseil National de la Résistance de 1944, attaquant les conquêtes ouvrières et syndicales, s'attaquant au SMIC, rappelons-nous de son Smic-jeune, ce satané CPE finalement abandonné en 2006 suite à nos immenses manifestations. Chirac fut un homme d’État justifiant la paupérisation des Français par ses politiques de contention, de compression salariale, pour satisfaire ses soutiens-donneurs d’ordre du CNPF aujourd'hui nommé MEDEF, le patronat français.

Et en organisant en France les pertes de souveraineté, nationale et citoyenne, avec l'emprise étouffante de la CEE devenue « Union européenne », emprise chaque fois plus asphyxiante, Chirac ayant voté "OUI" pour le traité de Maastricht en 1992 et appelé à voter "OUI" au referendum constitutionnel européen de 2005, où heureusement moi, petit-Français abusé, j'ai voté NON et ce NON gagna contre une reculade nationale de plus, mais son parti, le RPR-UMP, et sa créature N. Sarkozy devenu président à son tour, le piétinèrent fin 2007, avec l'aide du PS, pour valider ce texte dont on ne changea que le titre et d'autres changements cosmétiques mineurs. Voilà notre référendum de 2005 simplement bafouillé et jeté à la poubelle.

Si certains rappellent son refus « digne » face au diktat USA, de Georges W. Bush, en 2003 pour faire une guerre d’agression, guerre illégale, contre l’Irak, je redevienne encore désagréable. Je vous rappelle qu’en 1999 la France fut alignée comme un simple satellite de l’Otan à la décision de Washington de déclencher une guerre contre la Yougoslavie, cette « guerre du Kosovo » fut une décision personnelle de W. Clinton. Nous nous rappelons aussi, en revenant un peu en arrière, que Charles de Gaulle annonça le 9 septembre 1965 que « au plus tard en 1969 cessera la subordination qualifiée d'intégration qui est prévue par l'OTAN et qui remet notre destin à l'autorité étrangère » ; donc clairement il annonça que la France quittait  l’organisation militaire intégrée de l’Otan pour recouvrer la pleine liberté du commandement français sur les forces françaises, sa pleine capacité militaire de décision, en fermant ou en rétrocédant à l’armée française par conséquence toutes les bases militaires USA/OTAN, cent quatre-vingt-sept bases et installations ! quand même ! dans l’hexagone, opération achevée en 1967.

Et je vous rappelle que ce prétendu-gaulliste mais vrai pompidolien en réalité qui fut Jacques Chirac missionna dès 1995 Alain Juppé, quand il fut élu président pour la première fois, pour de pourparlers afin de réintégrer la France au commandement militaire intégré de l’Otan, négociations tronquées par le départ du gouvernement Juppé et l’arrivée du gouvernement de L. Jospin en 1997. Cet élan chiraquien pro-Otan, celui de son RPR devenu ensuite UMP, ne disparut point en mai 2007 et ce fut un autre supposé-gaulliste, N. Sarkozy, le dauphin de Chirac, qui annonça le 7 novembre 2007 devant le congrès des Etats-Unis à Washington que la France réintègrerait enfin le commandement de l’Otan, sous les ordres du commandement militaire étatsunien donc, lors d’un voyage officiel pour rencontrer le même Georges W. Bush de 2003, celui de sa guerre contre l’Irak, toujours en cours d’ailleurs.

La France avalait son chapeau, concrétisant un réalignement servile, après des années de french-bashing suite à son refus au conseil de sécurité de l’Onu en 2003 d’accompagner la guerre décidée par G.W.Bush. Avec ce genre de « gaullistes » Charles de Gaulle n’aurait pas besoin d’ennemis, car les félons pseudo-gaullistes auraient suffi. Il doit encore se retourner dans sa tombe voyant ce que Chirac et Sarkozy ont fait pour démolir son œuvre, lui qui avait été témoin de toutes les tentatives des Etats-Unis, de Roosevelt concrètement, aidé certes par certains Français comme Jean Monnet -dont le général de Gaulle disait « … petit financier à la solde des Américains… »-, dans les années 1942-44, pour faire subir à la France une humiliation supplémentaire en installant un régime Allied Military Government of Occupied Territories - AMGOT[16], le gouvernement yankee pour un pays sous tutelle, le même destin que l’Allemagne vaincue. Cela, avoir échappé à la tutelle humiliante des Etats-Unis en 1944, il faut le reconnaître toujours à Charles de Gaulle, ce fut une grande réussite patriotique. Notre pays ne passa pas d’une occupation allemande à une occupations yankee, en réalité anglo-étatsunienne. Alors, Chirac gaulliste … ou fossoyeur de ce qui restait du gaullisme ? [17]

Donc, je suis un Français abusé et je n'ai rien oublié. Et je ne peux pas admettre qu'on se moque de notre histoire toute récente en présentant ce Jacques Chirac comme un homme politique respectable, presque immaculé. Alors que ce fut un homme politique qui, dès les années 1960 quand il commença comme secrétaire d’Etat dans l’un des gouvernements de G. Pompidou sous de Gaulle, jusqu’à la fin de son quinquennat en 2007, ce Chirac-là nous montra bien trop d’aspects rédhibitoires de la Ve République purulente, de la classe politique française, de son RPR devenu UMP. Il se fit respecter, certes, étant un vrai tueur en politique, mais il n'était pas respectable en réalité, politiquement respectable.

REQUÊTE FINALE

Restant donc fidèles à la simple vérité des faits, à notre passé tout récent que nous n’avons pas complètement oublié, et à l’historiographie critique déjà existante, nous vous demandons de ne pas céder à l'emprise des médias dominants et à l'amnésie collective organisée par ces médias mais aussi organisée par la classe politique française presque toute entière, sous prétexte d’un deuil à respecter coûte que coûte et des « usages républicains » afin de faire de ce Jacques Chirac un «  saint- Jacques-Chirac », patron de la France et de l'univers connu, nouveau saint adoré sur les autels catholiques et au panthéon de la République bourgeoise. Chirac est mort mais nos intelligences, si minces soient-elles, sont toujours vivantes, de même que nos mémoires, ainsi que nos devoirs de mémoire.

Les croyants contestataires pourraient souhaiter Qu'il grille en enfer ! Nous répondons que Chirac avait déjà créé l'enfer sur terre pour trop de peuples, pour trop de gens. Et l’enfer, il aurait fallu le lui faire découvrir ici, sur terre, l’enfer de la définitive honte publique, donc peine perdue. Il nous reste sa mémoire, sa réputation historique, et un devoir d’iconoclaste s’impose. Honte donc à la mémoire de Jacques Chirac qui a tant sévit dans ce monde. Personnellement en tant qu'athée je ne peux que souhaiter que ce devoir de mémoire et de respect des victimes  françaises, coloniales, immigrées et africaines, victimes individuelles ou collectives des décisions, ordres ou politiques de Jacques Chirac, sera garanti entre-autres par nos efforts critiques, didactiques, sans hésiter du tout à devenir vraiment très désagréables, et intraitables, sans nous plier aux injonctions opportunistes de silence béat sous prétexte d’un deuil imposé, afin de déconstruire un récit révisionniste tendant à créer une icône, un saint-Jacques-Chirac … et de le démolir.

Sauf des bien meilleurs arguments thuriféraires ou laudateurs, visant à blanchir l’image et la réputation glauque d’un personnage controversé, clivant, avide, opportuniste, fourbe, néfaste …

Paris, 30 septembre 2019

Luis BASURTO

PS: Document inédit depuis le 1er octobre 2019

Notes :

[1]   https://www.lesinrocks.com/2019/09/24/actualite/societe/une-fois-pour-toutes-malik-oussekine-a-ete-battu-a-mort-par-des-policiers/

[2]   http://revuecharles.fr/la-deuxieme-mort-de-malik-oussekine/

[3]   https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_de_Clichy-sous-Bois

       http://www.rfi.fr/france/20110427-non-lieu-deux-policiers-juges-apres-mort-deux-jeunes-clichy-sous-bois

[4]   https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/dossier-clichy-sous-bois-morts-sans-justice

[5]   https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Foccart#Monsieur_Afrique

[6]   https://survie.org/mot/jacques-chirac#ancresurvie 

[7]   https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/050518/mai-1988-19-kanak-assassines-nous-n-oublions-pas

[8]   https://www.francetvinfo.fr/politique/charles-pasqua/on-ne-fait-pas-d-omelette-sans-casser-des-oeufs-quand-pasqua-expliquait-sur-antenne2-l-assaut-contre-la-grotte-d-ouvea_976927.html#xtor=AL-79-[article]-[connexe]

[9]   https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Force_alli%C3%A9e  

[10]   http://www.afrique-asie.fr/cote-divoire-2002-2011-les-ombres-de-la-guerre-francaise/

[11]  https://survie.org/billets-d-afrique/2014/240-novembre-2014/article/du-bombardement-de-bouake-au-4794  https://survie.org/IMG/pdf/Hors-serie_BDA_Bouake.pdf

[12]   https://www.youtube.com/watch?v=QVSr4_l9VKM&list=UU12y7vLG6nlC45TPt_idG2A&index=25   Part 1/2                https://www.youtube.com/watch?v=3RtAB8NUGWw&list=UU12y7vLG6nlC45TPt_idG2A&index=20   Part 2/2

[13]   http://www.afrique-asie.fr/cote-divoire-2002-2011-les-ombres-de-la-guerre-francaise/

[14]   https://www.youtube.com/watch?v=kNAJBq4yPg4

[15]   https://www.francetvinfo.fr/politique/jacques-chirac/mort-de-jacques-chirac-il-a-abaisse-la-fonction-presidentielle-affirme-le-juge-halphen_3633295.html

[16]   https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_militaire_alli%C3%A9_des_territoires_occup%C3%A9s

[17]   https://www.marianne.net/debattons/editos/jacques-chirac-mort-du-fossoyeur-du-gaullisme

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.