Dérèglement sémantique - Humeur climatique

Face aux remises en question incessantes de la part des éternels sceptiques à l'encontre des mobilisations pour le climat il n'y a pas d'autre réponse que celle scientifique et factuelle. Pour ce qui est du traitement du problème climatique, il serait bon d'appréhender les débats sur des orientations plurielles et laisser une place digne de ce nom à de nouveaux angles.

À force d'en entendre, d'en lire et d'en voir de toutes les couleurs, le traitement de la question climatique interroge.

Il faut dire que nous sommes novices en la matière. Certes, des scientifiques, intellectuels et lanceurs d'alertes avaient fait des constats lucides il y a de cela des années, tels des nizans-es de leur discipline. Mais aujourd'hui, la prise de conscience environnementale semble enfin s'être développée à l'échelle collective, des populations, lui valant d'être omniprésente dans les débats, conversations et préoccupations.

Fonte des glaces, chute de la biodiversité, destruction des biotopes, températures changeantes, phénomènes météorologiques exceptionnellement fréquents, nous ne savons plus dans quel sens doit être pris la question : où sont les causes et les conséquences ? Ces faits sont-ils profondément naturels ou de nature artificielle ? À quelle échelle en serais-je vulnérable ? À quelle échelle en serions-nous responsables ? À quelle échelle pourrions-nous agir ?

 

L'échelle

Géographiquement, nous la manions sans doute de mieux en mieux. En développant une connaissance étendue du territoire, inéluctablement, la question d'échelle a été dévaluée ce qui n'en fait plus d'elle une limite : les moyens de transport rendent accessibles chaque mètre carré pour chaque individu et cela, dans des délais records. 

Le monde n'est plus aussi grand qu'il en avait l'air pour nos prédécesseurs.

Chronologiquement, elle est d'une importance ultime pour comprendre la succession d’événements à l'origine de notre période, ou Ère.

Les recherches menées par des paléoclimatologues ont en effet permis de constater l'alternance cyclique de périodes glaciaires et interglaciaires (où nous sommes actuellement) et ce de manière redondante depuis des millions d'années. Ensuite, l'étude spécifique de la période de la Révolution industrielle à nos jours a amené le constat que le réchauffement contemporain n'avait pas de précédent du fait de son évolution exponentielle due, délibérément, à notre activité de ces dernières décennies.

Les conclusions climatiques et météorologiques n'auraient pu être tirées sans étudier et comparer les données à des périodes annuelles, décennales, quinquennales ou centennales, bref, sans prise de recul temporel.

 

Aussi, l'échelle s'avère être l'outil indispensable à la prise de recul face à notre existence.

Dans notre anthropocentrisme naturel, nous visualisons notre vie comme la période située habilement entre notre naissance et notre décès, bordée par nos chers ancêtres à qui nous devons tout et nos enfants à venir à qui nous donnerons tout. Il faut donc rythmer ce quotidien par des artifices que l'on penne parfois à trouver, en se satisfaisant du foisonnement productiviste et consumériste jusqu'à reculer au plus loin l'instant fatal, seul au pied du mur.

 

Si se poser cette question peut paraître désuet en cette période d'urgence de réaction, je trouve qu'elle est fondamentale pour agir pleinement dans une démarche d'adaptation et peut-être davantage sensibiliser.

Car ce qui est certain, c'est qu'il est temps de prendre en compte, dans nos systèmes, le poids de l'âge de l'humanité sur celui de la planète. Moins d'une seconde sur une journée nous est souvent exposé.

 

La Terre ne peut être réduite uniquement au biotope de l'humanité

 

Entendons-nous bien : nous avons davantage détruit notre biotope que notre planète. En ce sens, nous ne serrons jamais les sauveurs de la planète, du climat ou de l'environnement comme le scandent certains.

Nous détruisons l'équilibre de la planète que nous exploitons depuis des siècles, mais nous ne détruisons pas à proprement dit notre planète. Cela serait la rabaisser et la sous-estimer, elle qui avec ses 4,5 milliards d'années se contentera de digérer nos excès, nos délires et nos fautes comme une couche stratigraphique de plus à son actif.

 

Face à cette légèreté de l'existence, différents pièges sont tendus et certains plus collectivistes que d'autres. Car un risque survient à croiser la question existentialiste à celle écologique : celui de poursuivre de façon décomplexée dans cette voie en étant affranchi d'une quelconque responsabilité tant notre poids individuel est faible. 

À l'inverse, la lutte écologique devient alors une bataille de notre habitat dans une vision à long terme et qui entraîne sur son passage un panel de changements sociétaux qui contribuent à cette cause.

 

Car les combats que nous devons mener ne sont pas contre le climat, ni une lutte contre le réchauffement climatique à proprement parlé. Nous sommes là dans une confrontation des idéaux de notre existence.  La question doit être celle de nos choix, du modèle que nous souhaitons suivre et des valeurs à placer au centre de nos vies individuelles et collectives.

Repenser et s'affranchir de la volonté ancestrale de la réussite pour se replacer dans une humilité qui nous va mieux, nous les simples invités que nous sommes.

 

Aucune réparation ne sera plausible sans un revirement des pensées collectives et du pouvoir politique qui, désormais conscient du problème, reste plus que flou sur les concessions qu'il est prêt à faire.

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