Caricatures de Charlie Hebdo sur les hôtels de ville : un courage à la française

lu sur midi-libre : "Lors de l'hommage de la Nation à Samuel Paty qui sera rendu ce mercredi, la présidente de la Région Occitanie a décidé de projeter sur les façades des deux Hôtels de Région les caricatures de Charlie Hebdo."

Pour ceux qui ne connaissent pas Toulouse l'hôtel de ville est situé dans le quartier d'Empalot où se trouve une des grandes cités de la ville. Avec une forte population de musulmans. Quelle élégance. Je me demande si on verra des caricatures du pape au prochain rassemblement de 700 évangélistes en pleine épidémie... Le pire étant qu’il faudrait plus que jamais être capable de dénoncer les abus des minorités radicales comme les islamistes qu’on a parfois ignorés.

 Et il y a ce prêcheur radical très dangereux: M. Touvabien. Il s’affiche dans les commissariats, les hôpitaux, les écoles, les ephad, les abattoirs… il est seul mais on le voit partout, surtout si on regarde la télé. Touvabien dans les centres de rétention, Touvabien dans l’égalité des sexes. Touvabien quand l’absention électorale explose. Et vous n’êtes pas d’accord on fera venir Sire Culez (y’a rien à voir.)

 Sous la peau distendue du masque de la démocratie on entend craquer les coutures. La déchirure est paresseuse mais inexorable, elle laisse deviner ce que j'appelle un courage à la française : ton martial face aux musulmans mais tapis de velours devant les bottes ensanglantées des creveurs d'yeux et des casseurs de journalistes. On est va-t-en-guerre contre un virus mais on va tanguer devant les big pharma. La liste des privations s'allonge et l'état d'urgence se prolonge. Notre roi est Janus Bifront : ses deux masques alternent si vite qu’on croirait n’en voir qu’un, cannibale face aux dominés, mielleux face aux dominants.

Cette simultanéité des extrêmes est sidérante.

Comment se danse le fascisme sur un vaste en-même-temps ? Je dirais : de plus en plus vite car je crois sentir les vieux rouages de l’histoire se remettre à tourner, à un rythme différent mais dans le même sens, et pas celui d’Hegel. C’est différent mais familier : les Proud Boys de Trump au lieu de la Cagoule, les boucs émissaires qui ne peuvent accéder à certains droits et profession en raison, le chômage qui monte et les bouchers capitalistes jamais rassasiés qui méprisent et craignent les revendications montantes…

Ce courage à la française a fait ses preuves il y moins d’un siècle, on devrait le dire à la minorité radicalisée qui prend son ruissellement pour des réalités. « Ah les cons, s’ils savaient… »

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