Archaïsme, vous avez dit archaïsme ?

On accuse les syndicats d'archaïsme, les opposants de populisme (pour les ranger au niveau de l'extrême droite et ainsi les décrédibiliser). Quelques réflexions sur ces sujets et sur le rapport de force entre politiques et financiers...

 

Archaïsme, vous avez dit archaïsme ?

 

 

 

Un mot souvent entendu dans la bouche des éditorialistes en parlant de la position des syndicats qui « s’accrochent » aux acquis du passé et empêchent la société française d’aller de l’avant vers les lendemains qui chantent de la mondialisation hyper libérale, où l’on verra la reprise, le retour du plein emploi et le bonheur pour tous dans un monde enfin libéré des carcans de la régulation. Ce que le Medef nous propose ce n’est ni plus ni moins que le libéralisme capitaliste du XIXème siècle, ou le patron et le financier étaient rois en leurs domaines et où l’ouvrier, proche de l’esclave d’antan, servait de variable d’ajustement, travaillant le nombre d’heures imposé par le patron, pour un salaire de misère et avec une protection sociale quasi inexistante (ah ! non, les charges ruinent notre compétitivité, nous déclarent les patrons en chœurs). Ah ! le rêve de M. Gattaz.Qui donc est archaïque là-dedans ?

 

"La loi travail va enfin permettre d’embaucher, avec la souplesse et la flexibilité qu’elle accorde aux employeurs", nous assène-t-on à longueur de colonnes. Et si on demandait d’abord d’analyser le coût et les résultats en matière d’emploi du CICE…

 

Qu’en est-il de l’exemple italien, où une loi similaire (plus dure même) est appliquée depuis deux ans et dont les résultats ne sont toujours pas au rendez-vous (avec diffusion de chiffres bidons discrètement corrigés ensuite), ce sont surtout les entreprises qui ont bénéficié d’allègements de charges (tiens, comme le CICE), récupérées par l’état sur le contribuable, distribution de richesses du bas vers le haut…

 

Quant à l’Allemagne, elle gère sa croissance sur une politique de travailleurs pauvres (malgré des syndicats bien plus puissants que les nôtres, mais où depuis 2004 les accords d’entreprises peuvent déroger aux accords de branches et où l’état n’a pas part à ces accords).

 

Populisme

 

Voilà un autre mot qu’on entend souvent dans les médias : populisme. Toute personne qui propose de sortir du système capitaliste mondialisé actuel est immédiatement taxé de populisme, de même que toute solution alternative émise ici où là lors d’assemblées de citoyens. TINA, nouvelle version. Il n’y a pas d’autres solutions et toutes celles qui émergent et contredisent la doxa dominante prônée par « les élites », ceux qui savent, ceux qui nous noient sous des déluges d’analyses (parfois incompréhensibles et souvent contradictoires), toutes ces idées et solutions nouvelles sont évidemment du populisme. Un bon moyen d’amalgamer l’extrême droite, à qui ce qualificatif est d’habitude attribué à raison, avec ces idées nouvelles qui émergent. Ainsi on discrédite son adversaire à bon compte sans même envisager, étudier et discuter les solutions proposées. « Voyons, braves gens, n’y pensez même pas, c’est juste du populisme, il faut envisager la réalité, les choses ne sont pas si simples que ça, laissez donc ceux qui savent s’en occuper, de toute façon vous n’avez pas le choix. Et si vous tentez de bloquer le système qui refuse de vous écouter, braves gens, alors vous devenez des terroristes et les forces de l’ordre vont s’occuper de vous… » On a même entendu que le Medef allait porter plainte en justice pour entrave à la liberté de travailler, bafouant ainsi totalement le droit de grève !

 

Politique et finance

 

Tiens, voilà un petit couplet qu’on va vite taxer de populisme lui aussi. Qui détient le pouvoir dans ce monde ? On pourrait croire que ce sont les politiques, qui sont chargés (au sens étymologique du terme), des affaires de la cité. Ils sont élus (enfin certains) pour nous représenter, faire entendre notre voix, et défendre nos intérêts (ne riez pas trop fort, merci). Oh ! la belle illusion.

 

Quel pouvoir ont les élus grecs en face des créanciers ? Bon, il s’agit là d’un exemple extrême, mais qui symbolise bien le pouvoir qu’ont les représentants du peuple par rapport aux représentants de la finance. Les aides demandées par la Grèce sont soumises à l’accord de cette « troïka » qui exige en contrepartie des efforts démesurés, et pour tout dire suicidaires, du peuple, pour finalement accorder ces aides qui vont en priorité au remboursement de ces même financiers qui ont profité du système précédent qui était corrompu (peut-on dire qu’ils en faisaient partie et même qu’ils l’avaient suscité ? on peut se poser la question). On voit donc un groupement (non élu) s’accorder de l’argent via l’Europe, demandant en échange aux Grecs des efforts démesurés, sans que ces derniers en voient le bénéfice, sauf à ce qu’on leur en demande encore plus à la prochaine négociation.

 

Et les efforts demandés à la France (réduction du déficit, des charges de l’état etc…) vont exactement dans le même sens et risquent d’aboutir aux mêmes résultats. L’Europe est-elle au service des peuples ou des créanciers ? Loin d’être contre l’idée d’Europe, bien au contraire, mais c’est cette Europe au service des lobbies qui est dévoyée et qui ne répond pas à ce qu’on attend d’elle. Ce sont les voies qu’elle suit qui amènent à la montée des populismes d’extrême droite. Où est l’Europe solidaire, qui amène à une évolution bénéfique du bien-être de ses populations ? Tant que ce sont les financiers et leurs lobbies qui sont aux manettes, nous n’irons nulle part sinon droit dans le mur.

 

Nous voilà amenés à réduire le nombre de fonctionnaires et le montant des investissements. Autant de manque à gagner pour l’emploi, et surtout pour les entreprises qui sont attributaires de ces travaux qui ne se feront pas faute de financements. Ça semble quand même contre-productif. Emploi toujours, on supprime les subventions aux associations, qui sont, elles-aussi, des employeurs (en particulier dans le domaine social). Dans le domaine culturel, toutes ces suppressions de subventions sont aussi au détriment des travailleurs du culturel (intermittents artistes ou techniciens). (pour exemple : secteur culturel 265 000 associations et 600 000 personnes sans compter l’apport indéniable au développement touristique. Secteur automobile : un peu moins de 300 000 personnes employées, équipementiers compris). Que d’aides de l’état dans le secteur automobile au nom de l’emploi, et en face le tarissement des subventions qui étouffe le domaine culturel, cherchez l’erreur ?

 

On pourrait multiplier les exemples à l’infini… Ceci pour dire que la finance, pour des gains à court terme impose une politique suicidaire, impopulaire (et qui de ce fait favorise la montée d’extrêmes qui surfent sur cette impopularité) et contre-productive en termes d’évolution réelle de l’économie. De plus réduisant le nombre d’emplois et diminuant la rémunération des emplois restants ils affaiblissent le socle des consommateurs auxquels ils espèrent vendre leurs productions. Drôle de calcul. (Oui, je sais, ils comptent, après avoir pressé le citron des pays « dits développés », se rattraper sur les pays « en voie de développement » et leur faire subir le même sort).

 

L’image qui me vient le plus souvent c’est que ces financiers scient la branche sur laquelle ils sont assis.

 

Et je n’ai rien dit du sort qu’ils font subir à la planète.

 


Brave new world…

 

 

 

 

 

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