Agir la nuit pour alerter : les "colleur•ses'' d’Aix-en-Provence se mobilisent

Pour sensibiliser contre les féminicides, sept personnes ont mené, lundi soir, une action de collage sauvage dans les rues de la ville aux mille fontaines. Cet article utilise l'écriture inclusive. Celle-ci modifie certaine règles grammaticales et syntaxiques pour permettre une meilleure représentation des femmes.

Benoîte Groult et Jamelia*. Les références de ce groupe de collage, composé de six femmes et d'un homme transgenre, sont hétéroclites. Iels étaient sept dans la nuit de lundi à mardi, à parcourir les rues d'Aix-en-Provence, pour coller des phrases marquantes. Le but ? Faire des féminicides un sujet de société auquel il n’est pas possible d’échapper. « Si on le crie sur tous les toits, cela peut permettre aux gens d’ouvrir les yeux sur une violence qui existe depuis déjà bien trop longtemps et qui n’est pas normale » soutient Charline.

"Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours" : ce sont les mots de la féministe Benoîte Groult. © Rachel Roberge-Mazeure "Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours" : ce sont les mots de la féministe Benoîte Groult. © Rachel Roberge-Mazeure

Une action qui a lieu la nuit

Iels agissent la nuit, comme un pied de nez aux comportements sexistes qui se multiplient quand le soleil est couché. Un moyen de se réapproprier la pénombre qui n’est jamais rassurante. Mais aussi, une façon de se protéger. Leur action est illégale. Le collage sauvage, qui n’est donc pas réalisé à des endroits prévus pour, est puni d’une amende. A Aix-en-Provence, il n’y en a jamais eu pour le moment, mais des rappels à la loi par les forces de l’ordre, par contre, oui.

La nuit leur permet aussi d’agir sans attirer l’attention. A un moment où les gens dorment, iels s’évertuent à coller ces phrases alarmantes. Cela leur permet de cibler des endroits de passage important, où les mots qu’iels placardent auront encore plus de visibilité, et cela sans être dérangé•es. C’est aussi une manière de faire réagir les gens qui verront un de ces slogans au réveil. Parfois, des personnes s’arrêtent pour poser des questions, en apprendre plus et pour participer aussi une prochaine fois. Il semblerait donc que cela fonctionne.

La manière dont la presse traite les féminicides en tant que "crime passionnel" est de plus en plus critiquée. © Rachel Roberge-Mazeure La manière dont la presse traite les féminicides en tant que "crime passionnel" est de plus en plus critiquée. © Rachel Roberge-Mazeure

Une action qui leur tient à cœur

« J’ai l’impression qu’à mon faible niveau, c’est le maximum que je puisse faire. Mais je me suis dit qu’il fallait que j’agisse. Ça m’a écœuré de savoir que depuis début janvier, il y a déjà cinq femmes qui ont été tuées » énonce Clarisse. C’est ce sentiment qui les réunit tous•tes. Iels ne veulent pas resté•es passif•ves. Eliot ressent la même chose : « Même si je fais ma transition, c’est une cause qui me tient à cœur parce que je n’ai pas envie que ça s’installe. Il n’y a rien de plus précieux que la vie humaine ». Pour Annelie, le discours est le même : « j’avais trop envie de m’investir. Pour moi, c’est hyper important parce que les droits des femmes, ce sont les droits humains ».

Mais du côté d’Annelie et de Charline, l’engagement ne s’arrêtent pas là. Elles sont toutes les deux étudiantes en droit et envisagent de se spécialiser dans la défense des droits des femmes par la suite. Une belle façon de continuer d’agir.

Rachel Roberge-Mazeure

*Benoîte Groult est une féministe qui s'est battue pour une plus grande inclusivité de la langue française. A ce titre, elle a présidé la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions.

*Jamelia, pour sa part, est la chanteuse du tube Superstar.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.