Lorsqu’on manifeste son opposition à Center Parcs en indiquant qu’il représente un projet à contre-courant des préoccupations que suscitent la crise du climat et l’effondrement de la biodiversité, il apparaît que le lien entre ces deux sujets ne semble pas évident à tous.

« Qu’est-ce que Center Parcs a à voir avec le réchauffement climatique ? »  s’entend-on parfois répondre par des interlocuteurs qui laissent entendre que le rapprochement fait entre la construction de ces centres de vacances et l’enfoncement dans la crise climatique est une simple vue de l’esprit de la part d’écologistes coupés des réalités.

Il parait donc utile de rappeler les données du problème et de confronter l’installation des nouveaux Center Parcs avec ce qu’elles nous apprennent.

La crise du climat et son lien avec l’activité humaine n’est plus contestée dans les milieux scientifiques. Sa gravité non plus. La nécessité d’infléchir la trajectoire actuelle du réchauffement climatique pour ne pas courir le risque d’un emballement qui mettrait en cause la vie humaine sur terre dès le début du siècle prochain est largement connue et reconnue. L’inflexion qui permettrait qu’en 2100 la hausse moyenne des températures du globe ne dépasse pas 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, doit intervenir dans les toutes prochaines années et être radicale pour avoir une chance d’atteindre son but.

Rappelons que si la cible d’une hausse contenue à 2°C est atteinte, les perturbations n’en seront pas moins immenses et la vie bouleversée dans de nombreux points de la planète : hausse du niveau des océans, événements climatiques violents fréquents, manque d’eau, agriculture modifiée, famines, déplacements de populations.

La sonnette d’alarme a été tirée de nombreuses fois ces dernières années, entre autres par le Secrétaire Général de l’ONU, qui a déclaré en sept. 2014 : « à l'horizon 2050, selon nos estimations, jusqu'à un milliard de personnes pourraient être forcées de quitter leur domicile en raison du changement climatique ».

La Banque Mondiale par la voix de son Président exhortait en nov. 2012 « les gouvernements mondiaux d’agir en urgence » indiquant que si rien n’était fait pour limiter les émissions de CO² « un monde à +4°C  déclencherait une cascade de cataclysmes », ajoutant qu'il n'y avait « aucune certitude que la planète puisse y faire face ».

A son tour, le pape François s’est exprimé récemment sur le sujet par une encyclique. Son message doit être entendu sur le plan politique et laïc comme émanant d’une personnalité d’envergure mondiale, souhaitant intervenir dans le cadre de la préparation de la conférence sur le climat  de la fin de l’année, la COP21.

Reprenons ici quelques-unes de ses affirmations qui nous conduisent très directement à réfléchir à ce que la construction des Center Parcs prévus par Pierre & Vacances représente d’anachronique dans ce contexte.

La crise climatique et sociale à laquelle nous faisons face ne pourra être surmontée qu’en engageant un changement radical de « style de vie, de production et de consommation », écrit François qui souhaite s’adresser aux croyants et non-croyants, afin d’éviter « une destruction sans précédent de l’écosystème avant la fin de ce siècle ». Il livre un constat ferme des responsabilités humaines et met directement en cause le système économique et sa sacro-sainte croissance.

L’hôte du Vatican dresse un bilan scientifique détaillé de la crise écologique actuelle. Une crise qui est, pour lui, une crise « éthique, culturelle et spirituelle de la modernité ». Il critique la consommation compulsive des pays riches, leur culture des déchets et leurs difficultés à reconnaître les conséquences environnementales de leurs choix : « le réchauffement causé par l’énorme consommation de quelques pays riches a des répercussions sur les endroits les plus pauvres de la Terre, spécialement en Afrique », en ajoutant qu’il considère que les pays du nord ont une dette écologique envers les pays du sud.

Nombre des termes de ses critiques renvoient directement aux Center Parcs et au « style de vie, de production et de consommation » que leur construction implique.

Grâce aux Center Parcs la « consommation énorme » et « compulsive » des pays riches trouve des lieux supplémentaires où s’exprimer via le chauffage permanent d’immenses bâtiments de verre dans lesquels viennent se concentrer en permanence plusieurs centaines de personnes ayant parcouru chacune plusieurs centaines de kilomètres en voiture pour s’y rendre. Selon les indications fournies par Pierre & Vacances sa clientèle au Rousset accomplirait chaque année une distance cumulée de plus de 25 millions de kilomètres. En libérant le CO² correspondant ! Ajoutons la même distance pour les clients du CP de Poligny et le double pour ceux de Roybon et nous pouvons repenser avec désespoir à la cible des +2°C et à l’inflexion qu’elle implique. Sans oublier les millions de calories dispersées dans l’atmosphère pour maintenir à température les trois « Aqua-mundo ».

Aqua-mundo est le nom commercial que donne désormais P&V aux équipements autrefois nommés « bulle tropicale ». Ce changement de dénomination a sans doute été pensé pour tenter de masquer ce que le pape appelle « une crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité où l’homme a vu se dégrader sa relation à la Terre »etqui apparaît de façon si flagrante dans ce concept voulant reproduire les conditions tropicales sous nos latitudes. Une volonté d’abolir les distances et les saisons, dans une visée économiste, pour répondre aux « besoins des marchés », quoi qu’il en coûte sur le plan environnemental et humain.

La fabrication par le marketing et la publicité du besoin de dépenser massivement son temps et son argent dans ce type de tourisme artificiel et hors-sol au nom de la recherche d’un contact avec la nature est représentatif de la dérive dans la relation de l’homme avec son environnement. Dérive qui est largement à l’origine des difficultés qu’ont « les décideurs » à reconnaître les conséquences environnementales de leur choix.

Enfin, l’encyclique papale aborde un autre thème qui appelle à s’opposer à la prolifération des Center Parcs que P&V a en vue : le besoin de préserver les cultures locales, que le pape appelle « l’écologie culturelle ».

« La vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie globalisée actuelle, tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité ».

Qu’est-ce qui ressemble le plus à un Center Parcs qu’un autre Center Parcs ? La bulle tropicale, ses palmiers et toboggans, les restaurants et les boutiques, les bungalows et les allées cyclables qui les longent, le bâtiment d’accueil et les immenses parkings. Cet « environnement consumériste » dans lequel plongent simultanément plusieurs milliers de personnes est fondamentalement identique en Sologne, Normandie, Moselle ou Picardie et le serait encore en Isère, dans le Jura ou au Rousset. Il faut la foi du charbonnier aux élus du Département ou de la Région pour affirmer que cet environnement-là profiterait en retour à la Saône et Loire, à son histoire, sa culture et son identité originale.

Ainsi sur ces plans de la dépense énergétique, du modèle de consommation, de la relation à l’environnement et de l’inscription dans les cultures locales vraies, Center Parcs est aux antipodes de ce que la situation climatique exige.

Le construire au nom de l’augmentation du PIB et des quelques emplois qui en résultent, c’est fermer les yeux sur les changements de mode de vie que les événements climatiques nous imposent. C’est, grâce au marketing, habiller d’un air de modernité un concept daté, périmé et inadapté. C’est, pour un peu de profit, rendre encore plus difficiles les efforts que nous aurons inévitablement à fournir pour conserver un environnement vivable et des ressources naturelles accessibles à tous.

Pour toutes ces raisons, ni ici ni ailleurs, pour nous, Center Parcs c’est non !

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  • 14/09/2015 19:22
  • Par jdapr

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