Jeremy Ferrari, de sketchs en sketchs

16 Janvier 2016. Il est deux heures du matin et le débat se prolonge entre Manuel Valls et les deux chroniqueurs de l'émission de Laurent Ruquier, Léa Salamé et Yann Moix. Intervient alors la question de la retombée des attentats de Novembre, menée par un des invités, dénommé Jérémy Ferrari. Sa notoriété explose alors pour celui qui a toujours pourtant eu cet esprit dénonciateur..

 

L'humour noir et la vivacité d'esprit ont toujours marqué l'humoriste. Natif de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, ses parents tiennent un petit commerce populaire, qui l'inspire très tôt pour son cynisme peu commun. Se retrouvant peu dans le système scolaire classique , il s'investit dans sa passion pour le théâtre qui le pousse à abandonner à seize ans le lycée sans diplôme pour se former sous la tutelle de Bruno Nion, directeur du théâtre de la ville. Vient ensuite la première tournée, de sketchs en sketchs, à dix-sept ans dans les Ardennes où sont mêlés écrits personnels et classiques de l'humour. Il parvient ensuite à intégrer la Classe Libre du prestigieux Cours Florent et ce, malgré son jeune âge. À dix-huit ans, Jérémy se produit au théâtre de la Providence à Paris dans son premier one man show, Moi Méchant ?, qui connaît un succès mitigé mais sera joué plus de 300 fois à Paris. Jérémy Ferrari expérimente une période difficile, comme bon nombre de comédiens, où sa carrière artisitique connaît bon nombre de désillusions. Pour s'en sortir, il est contraint de cumuler les petits boulots : ceinture noire de judo, il donne des cours de jujitsu mais effectue des travaux plus insolites comme conseiller clientèle chez Orange, vigile au Stade de France, vendeur de chemises ( ce qu'il parodie aisément )... Malgré ses participations à des festivals, son style d'humour lui ferme bon nombre de portes. À vingt ans, il anime une pastiche humoristique du Morning Café sur M6 mais l'émission est arrêtée. Un an plus tard, Jeremy s'illustre dans la pièce Deux Chaises Vides dans le rôle principal d'Arthur Rimbaud, également originaire de Charleville Mézières. Il écrit et joue son second one man show, Mes 7 péchés capitaux, à vingt-deux ans, qui reçoit des critiques positives au théâtre Clavel et qui traite pour la première fois d'un de ses sujets phares : la religion, thème qu'il a étudié durant une phase qu'il qualifie lui-même de dépressive et vers qui des gens de son entourage lui ont conseillé de se tourner.

A l'âge de vingt-six ans, le succès n'est toujours pas au rendez-vous et l'humoriste songe à abandonner sa carrière, las. Il reçoit cependant un appel de Laurent Ruquier, qui cherche de nouveaux talents pour son émission, On N'Demande qu'à en Rire, diffusée sur France 2. Le principe est simple : des humoristes écrivent puis jouent des sketchs au sujet choisi au préalable et sont jugés par un jury composé de professionnels et par le public qui lui donnent la possibilité de revenir sur le programme au travers de notes et de conseils. Jérémy effectue son premier passage en octobre 2010, ayant pour thème « interdit de crémation pour cause d'obésité ». Rapidement, il devient l'un des grands favoris du programme qui gagne en succès au fil des semaines. Son spectacle en cours, basé de nouveau sur la religion, Hallelujah Bordel, se joue désormais à guichets fermés. Jérémy intervient dans ONDAR jusqu'en 2012 avec 77 passages à son actif : grand vainqueur des deux primes diffusés en première partie de soirée, sketchs vus plusieurs centaines de fois sur Internet, festival d'Avignon, représentation au Casino de Paris en compagnie des autres pensionnaires, passages à la télévision et à la radio ( On N'est Pas Couché, On va s'gêner ) … Désormais comparé à Desproges ou Coluche, l'humoriste connaît alors une forte visibilité, ce qui ne lui est pas toujours bénéfique comme l'indique la rubrique insultes de son site web qu'il a lui même mise en place, afin de prendre les insultes avec plus de légèreté : qu'importe, . Ses thèmes favoris tournent autour de la mort, du handicap, des religions, du racisme... mais aussi de sa mère qu'il n'hésite pas à insulter chaque soir sur scène, ce qui s'avère être comme une connivence entre eux. Durant cette période, Jérémy coécrit notamment le spectacle de son amie humoriste Constance, également pensionnaire, Les Mères de Famille se cachent pour mourir et de Guillaume Bats, Attention à la Tête, traitant notamment de la maladie des os de verres dont ce dernier est atteint.

En 2012/2013, les projets s'enchaînent. Avec la troupe de pensionnaires d'Ondar, il s'investit dans une nouvelle émission diffusée le samedi soir, le Ondar Show, qui connaîtra un succès mitigé jusqu'à sa suspension. Jérémy y animait notamment la chronique Handi Cap, Handi Pas Cap qui proposait un défi à une personnalité handicapée au profit d'une association. Il s'illustre ensuite dans des chroniques humoristiques dans l'émission de Cyril Hanouna, Touche Pas à Mon Poste sur D8 et rejoint également l'animateur à la radio sur Europe 1 en tant que chroniqueur, ce dont il sera écarté car il ne faisait pas l'unanimité auprès du public. Jeremy Ferrari part également en tournée en compagnie de ses amis humoriste, Arnaud Tsamère ( également découvert dans Ondar ) et Baptiste Lecaplain ce qu'ils nomment la Tournée du Trio. Dans la continuité de son spectacle, sortent un DVD mais également un livre illustré dont il est l'auteur regroupant des mésaventures sur le thème de la religion. En 2014, il devient chroniqueur pour Laurent Ruquier dans L'émission pour tous sur France 2, qui sera déprogrammée . En mars 2015, il suit Laurent Ruquier à RTL dans sa reprise de l'émission radiophonique Les Grosses Têtes.

Jérémy revient en 2016 dans un nouveau spectacle, Vend Deux Pièces à Beyrouth, ayant pour sujet la guerre et le terrorisme et qui connaît un succès foudroyant. Son passage remarqué dans l'émission On N'est Pas Couché l'a popularisé auprès d'un nouveau public dans son esprit, toujours impertinent depuis ses débuts : le dictateur gabonais Ali Bongo venu soutenir la liberté d'expression à Paris, les intérêts français à l'international, le terrorisme et l'idéologie dhjiadiste... N'hésitant pas au passage à ironiser sur le livre de Manuel Valls dévoilant ses plus beaux discours à l'assemblée après les attentats. Une carrière donc à l'image du personnage dont l'adage favori reste « Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait », de Mark Twain. Quitte ou double, à contre-courant du débat du peut-on rire de tout, Jérémy Ferrari l'a fait en passant outre l'impossible. Et avec brio.

 

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