Appel d'enseignants du Lycée Gustave Flaubert à Rouen

Réunis en heure d'information syndicale, jeudi 14 janvier, des enseignants du lycée Flaubert, à Rouen, proposent cet appel.

AU LYCÉE FLAUBERT, nous voudrions que l’année scolaire 2020-2021 ne soit pas plus calamiteuse que la précédente.

Nous constatons, cependant, dans nos classes comme dans tout le reste de l’établissement, une dégradation très marquée des conditions de travail et, pour l’exprimer plus simplement, des conditions de vie.

La mise en place à marche forcée de la réforme renforce les inégalités sociales aussi bien entre les établissements qu’entre les élèves au sein de notre établissement. Elle instaure, en outre, même si nous veillons à limiter cet effet délétère, une concurrence entre les matières et entre les spécialités.

Les conséquences d’une année de confrontation à la pandémie mettent au jour une morosité généralisée. Élèves, enseignants, personnels de la vie scolaire, personnels médico-sociaux, personnels administratifs, personnels d’entretien, tous les acteurs et toutes les actrices de la vie au Lycée sont affectés. L’infirmerie constate cette souffrance et demeure souvent impuissante.

Et cette souffrance est, malheureusement, le reflet fidèle de la société, avec tout le cortège de mesures qui affectent d’abord les catégories sociales qui souffrent déjà le plus. Ce sont d’abord les plus pauvres qui perdent leurs emplois. Et c’est toute la société qui est soumise à un rythme de vie déprimant.

Le Ministère avait affirmé, lors de l’assassinat abject de notre collège Samuel Paty, qu’il défendrait les valeurs de la République, en cette triste occasion. Mais il n’en fait rien. Il s’applique à les détruire.

Rien n’est fait concrètement pour mieux encadrer les élèves, pour mieux les former. Tout vise à renforcer les inégalités, en faisant fi de la notion d’égalité devant les programmes et devant les examens.

La volonté – réaffirmée à chaque déclaration officielle – de ne pas proposer un cadre national à la lutte contre la pandémie participe de cette déstructuration de l’Éducation Nationale. Et certains lycées – qui pensent représenter une élite et qui n’expriment en fait que leur mépris de classe – s’engouffrent, au nom de la concurrence entre les établissements, dans le développement des inégalités et des privilèges sociaux. Ils en font même un principe de publicité.

La politique insensée qui consiste à vouloir appliquer, à n’importe quel prix, la réforme du baccalauréat conduit à une impasse qui nous fait osciller du découragement à la colère. Peu importent le contenu et l’accès à la connaissance et au sens pour notre ministre et son administration, il faut d’abord faire passer la réforme, en affichant un mépris catégorique devant tout ce que disent les élèves, les familles, les enseignants et tous les personnels.

Cet entêtement idéologique qui détruit l’idéal républicain de l’Éducation Nationale est confirmé par la poursuite des fermetures de postes, particulièrement dans les lycées et les collèges. La Seine Maritime et l’Eure vont ainsi perdre plus de 150 postes pour la rentrée prochaine. Les élèves – qui ne cessent d’augmenter en nombre – seront les premiers pénalisés par des effectifs pléthoriques. Les enseignants devront faire plus d’heures supplémentaires. Et de plus en plus de contractuels seront embauchés.

Nous ne pouvons accepter cette situation qui réduit les personnels à n’être que des pions au service d’un monde qui se délite chaque jour de plus en plus.

Nous demandons évidemment le report des épreuves de spécialité et la mise en place d’un cadre national strict tant pour la lutte contre la pandémie que pour l’organisation de tous les examens.

Nous demandons aussi l’arrêt de cette politique de destruction systématique de l’Éducation Nationale.

Pour lutter contre un État qui méprise sa jeunesse et qui veille à renforcer l’élite financière, nous avons besoin de nous unir tous ensemble, au-delà de nos différences propres. Nous appelons solennellement les collègues, les parents d’élèves, les citoyens et les citoyennes à s’unir à nos demandes et à refuser l’avenir désespérant que le pouvoir actuel construit pour nos enfants.

Les collègues du lycée Flaubert, réunis en heure d’information syndicale, avec le soutien des sections syndicales SNES-FSU et SN-FO-LC

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