Maisons de retraite: quand notre appartenance à l’UE vampirise la dignité humaine

Alors que la France n'a jamais été aussi riche, les services publics se dégradent année après année et les maisons de retraite (EHPAD) n'échappent pas à la saignée. Si cette détérioration est souvent mise sur le dos des différents gouvernements successifs, de gauche comme de droite, c'est bien notre appartenance à l'Union Européenne qui en est à l'origine...

En ce jour (15/03/2018) de manifestation nationale des salariées des EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) organisée à l’appel de l’intersyndicale (FO, CGT, FSU et CFDT), il ne s’agit pas exclusivement de dénoncer les conditions de travail des salariés des EHPAD  devenues déplorables au fil des ans mais également de défendre les conditions de vie des résidents, c’est à dire peut être de vos grands parents, de votre père, de votre mère,…. En effet, la situation est il faut bien le dire, catastrophique au point de faire dire à la FHF (Fédération Hospitalière de France) que les EHPAD “atteignent désormais le point de rupture” (1).

En effet, les salariés des EHPAD, qui prennent soin des personnes âgées au quotidien, sont en première ligne pour constater les ravages des coupes budgétaires imposées par l’ARS (Agence Régionale de Santé) dans le cadre de la réforme de la tarification. Car faute de moyen, les directeurs de ces établissements n’ont d’autres choix que d’imposer à leurs équipes de mettre de côté “l’aspect humain” du métier pour se focaliser sur l’efficacité et le rendement. Dans les faits, les aidants n’ont plus de temps à consacrer aux résidents. Une infirmière décrit ainsi son quotidien : « Pour les repas, on en arrive à donner trois bouchées de chaque plat pour se donner bonne conscience, c’est dramatique ! » (2). Pour la toilette, pas plus 6 minutes par personne ! Comble de l’ignominie, il est même évoquer des résidents contraints de faire leur besoin sur eux mêmes faute de personne pour les accompagner aux toilettes,  le terme de maltraitance n’est alors pas abusif. On imagine aussi à quel point cela doit être difficile à vivre pour les infirmiers et aide-soignants, qui subissent cette situation et tentent malgré tout d’accomplir dignement leurs métiers en faisant du mieux qu’ils peuvent avec les moyens dont ils disposent.

Cette situation intolérable trouve directement ses origines dans les réductions de dépenses publiques imposées à la France par la Commission Européenne depuis plusieurs années. Ainsi on pouvait lire dans son dernier rapport des Grandes Orientations de Politiques Économique daté du 22 mai 2017 adressé à la France : “Le 10 mars 2015, le Conseil a recommandé à la France de mettre fin à la situation de déficit excessif en 2017 au plus tard et d’atteindre un déficit public de 2,8% du PIB, correspondant à une amélioration du solde structurel de 0,9 % du PIB, en 2017” (3). Ainsi la France est contrainte année après année de baisser ses dépenses et donc la qualité du service public pour atteindre les objectifs du pacte de stabilité européen. C’est d’ailleurs le but des l’ARS qui imposent aux établissements des choix parfois uniquement guidés par des impératifs économiques et de rentabilité. Bien que créées en 2010 sous Sarkozy (UMP), Didier Tabuteau, directeur de la chaire santé de Sciences-Po, nous rappelait alors que la création de ces agences figurait également aux programmes du PS et du MODEM (4), révélant ainsi qu’il ne s’agissait pas juste d’une idée sortie du chapeau d’un candidat ou d’un parti mais bien de quelque chose de plus profond. D'ailleurs, une fois arrivé au pouvoir, le gouvernement socialiste ne les a pas supprimés.

Aussi, allons nous tolérer encore longtemps cette situation et abandonner nos aînés ? Allons nous, nous aussi, devoir “délocaliser” nos personnes âgées en Pologne, comme le font les allemands pour profiter des bas salaires des pays de l’Est de l’Union Européenne (4) ? Et plus généralement allons nous accepter de se voir imposer ces politiques mortifères ? Ce contexte général d’abandon des services publics permet l’émergence d’EHPAD privés cotés en bourse tel ORPEA ou KORIAN détenus notamment par des fonds de pensions nord-américains tel Investissements PSP. Il y a d'ailleurs quelque chose de cynique de constater que cette dégradation des conditions de vie de nos personnes âgées se fasse notamment aux profit des retraités nord-américains ! Par ailleurs est-il juste que seules les plus favorisés puissent accéder à des établissements dignes alors que les plus pauvres devront passer leurs derniers jours dans des “mouroirs” ? Et plus généralement, jusqu’à quand allons-nous tolérer la libéralisation à marche forcé de tous nos services publics découlant directement de notre appartenance à l’Union Européens car prévue les traités ?

Ainsi, les syndicats revendiquent l'application du quota d'un agent par résident, l'abrogation de la réforme de la tarification ainsi que le retrait de ses décrets d'application, l'arrêt des baisses de dotations induites par la convergence tarifaire et le maintien de tous les effectifs des Ehpad, ainsi qu'une amélioration des rémunérations et perspectives. Toutefois, il convient de rappeler que la situation actuelle découle directement de nos engagements européens et que la satisfaction de ces revendications légitimes et plus généralement l’amélioration de notre qualités de vie, jusqu’aux derniers jours de notre existence, passe inéluctablement par une sortie de la France de l’Union Européenne.

(1) https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250279226852

(2) https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/rennes-les-personnels-des-ehpad-en-colere-devant-la-prefecture-5533375

(3) http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=COM%3A2017%3A509%3AFIN&from=FR

(4) http://www.liberation.fr/societe/2010/03/31/agences-regionales-de-sante-les-syndicats-denoncent-une-etatisation_618394

(5) http://www.slate.fr/lien/64247/allemagne-maisons-retraite-etranger

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