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Billet de blog 29 oct. 2013

James Bond au service de S.A. Majesté

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Alors que l’on apprend par les “grands journaux” que les grandes oreilles des États-Unis écoutent le monde entier et que l’espionnage inter-étatique est la norme, y compris entre états alliés et membres de l'union Européenne, il est assez “savoureux” de se rappeler que la construction européenne nous a été vendue comme nécessaire en vue de constituer un contrepoids aux grandes puissances : États-Unis, Chine, etc.. Quelle portée peut encore avoir ce discours aujourd’hui alors que l’on apprend que les loups sont dans la bergerie (les britanniques espionnant pour le compte des USA) ?

Mais au delà des gesticulations politico-médiatiques de nos dirigeants, tentant de paraître offusqués par ce secret de polichinelle, des questions plus profondes se posent. Tout d’abord pourquoi espionner un état ami ? En effet, même si les États-Unis sont largement à la pointe dans ce domaine, on imagine fort bien que de nombreux pays comme la Chine, la Russie, la France, etc. doivent vouloir leur emboîter le pas et est-ce anormal ? Les services d’espionnage nous sont presque toujours présentés comme nécessaires à la sécurité nationale, notamment pour lutter contre le terrorisme, mais en la matière, la coopération internationale semble être la norme. Aussi, si la sécurité nationale n’est qu’un prétexte pour justifier le coût et les implications orwéliennes de tels dispositifs, il est pertinent de se demander quelles autres motivations poussent les états à se doter d’équipements et de services de plus en plus sophistiqués et onéreux ?  Évidemment la raison économique vient immédiatement à l’esprit...

L’un des aspects les plus troublants de cette affaire, c’est qu’on apprend que les américains sous-traitent une grande partie de leurs activités à des officines privées (dont est issu Edward Snowden) et que des entreprises ayant pignon sur rue sont mises à contribution comme Google, Microsoft, etc. Certes, on peut se choquer que des missions régaliennes soient confiées au secteur privé mais il est encore plus troublant de constater qu’une grande partie des données collectées sur les citoyens ont préalablement étés fournies délibérément par les usagers eux-mêmes (réseaux sociaux, clouding, téléphonie mobile, etc.). On frémit d’avance à l’usage que feront ces sociétés de produits tels que les Google Glass équipées de GPS qui peuvent filmer en continue…

Dans ce contexte, on peut raisonnablement se demander si ce sont les sociétés privées qui travaillent pour le gouvernement américain ou l’inverse et la question mérite d’être posée. En pleine négociation sur le grand marché transatlantique, la nouvelle fait vraiment tache. Cela veut tout simplement dire que l’état américain espionne les états européens pour favoriser leurs entreprises nationales, ces dernières mettant en échange à la disposition des services de renseignement les données qu’elles ont collectées sur les citoyens. Ce qui ne manque pas de piquant c’est de se rappeler que ces mêmes entreprises (Google par exemple) font tout pour échapper aux impôts dont elles sont redevables envers l'état qui se donne tant de mal pour leur obtenir de nouveaux marchés.

Alors faut il s’étonner de ces révélations ? Nous savions de quoi les États-Unis étaient capables pour asseoir leur domination et leur hégémonie. Souvenons nous des authentiques fausses preuves attestant l’existence d’armes de destructions massives en Irak pour justifier l’invasion du pays et au passage s’assurer du contrôle du pétrole et faire reconstruire les infrastructures par les entreprises de l'oncle Sam. Cet espionnage généralisé à l’échelle de la planète ne fait que nous rappeler que les États-Unis sont bien le bras armé (au sens propre comme au sens figuré) des pouvoirs financiers.

Alors que les libéraux et autres institutions internationales (FMI, OMC, commission européenne, etc.) tentent de faire sauter les dernières barrières douanières, tarifaires et réglementaires qui ont survécues à la construction de l’europe libérale, on peut s'interroger sur la légitimité d’un système capitaliste qui repose avant tout pour un “croyant” sur l’auto-régulation et la non intervention des états dans la sphère économique. On vient de le voir en matière économique,  l’état américain a bien les mains dans le cambouis ce qui est louable mais hélas uniquement au service des plus riches ne réduisant nullement la pauvreté et les inégalités dans le pays comme pourrait le faire un état providence. On est bien loin du fantasme libéral d’un état capable d’être noyé dans une baignoire. Le débat classique pro ou anti-interventionisme n’a là plus aucun sens. On rappellera au passage qu’un vrai État démocratique n’est ni plus ni moins que la manifestation concrète du choix des citoyens de vivre ensemble, de faire société et donc d’établir des règles de vie commune, aspect que le capitalisme élude complètement dans la théorie économique. Mais les puissances financières se fichent de la théorie au final, seul compte le pouvoir que leur procure leur argent et la manière dont il peuvent l’utiliser pour accroître leur influence (contrôle des grands médias, financement de campagnes électorales, lobbying, cooptation sociale et économique, etc.). Il n’est donc pas étonnant de retrouver d’anciens banquiers ou de grandes fortunes à la tête d’institutions internationales voir à la tête d’état.

Toute cette affaire aura eu au moins ce mérite : l’articulation de nos économies autour d’un marché libre et non faussé est un mythe et n’existe que dans les manuels d’économie. Le marché n’est pas libre et il est encore moins non faussé. Il n’existe aujourd'hui aucun marché où les conditions théoriques d’une concurrence pure et parfaite sont réunies :

- atomicité de l’offre et de la demande ;

- libre entrée sur le marché ;

- homogénéité des produits ;

- mobilité des biens et des facteurs de production ;

- transparence du marché.

Alors comment nos élus peuvent ils encore défendre ce système qui met nos entreprises et nos services publics en pâture à la concurrence internationale alors même que les dés sont pipés et qu’ils le savent en plus ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question et d’interpeller nos élus sur ce point.

Désormais la question économique doit revenir pleinement dans le champ de la citoyenneté et de la République (et pas juste par des incitations qui ne font que le jeu du libéralisme). Cela ne pourra venir que de la base par une profonde remise à plat des règles qui régissent la vie des agents économiques. Mais cela relève t il aussi du mythe ? J’ose espérer que non !

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