Le dilemme de 838 étudiants palestiniens...

Ces étudiants qui ont décroché «par chance» leur inscription universitaire dans d'autres pays à travers le monde, ne peuvent pas partir, ne peuvent pas aller poursuivre leur études ailleurs... Ils sont bloqués et sans doute pour cette année tout est fichu pour eux.

Ces étudiants qui ont décroché «par chance» leur inscription universitaire dans d'autres pays à travers le monde, ne peuvent pas partir, ne peuvent pas aller poursuivre leur études ailleurs... Ils sont bloqués et sans doute pour cette année tout est fichu pour eux.

Droit pourtant le plus universel des droits humains.

C'est ainsi, la Palestine; y vivre est un enfer, la quitter relève d'un parcours du combattant. S'évader de l'enfer... où seul (e) l'évadé (e) de l'enfer respire un peu et a un peu d'espoir...

 

Ces étudiants sont bloqués en raison du blocus imposé par Israël sur la bande de Gaza. En raison aussi de tous les critères imposés pour pouvoir sortir par les passages d’Erez et de Rafah seuls points de sortie possible. Gaza transformée en un trou à rats.

 

1983 étudiants ont été acceptés, pour cette année scolaire 2009/10, dans les établissements d’enseignement à l’étranger, seulement 1214 étudiants ont réussi à traverser le passage frontalier. Seuls ceux-là ont vu Noël venir leur tendre la main, les a fait sortir du trou pour aller tenter de s'instruire un peu... ou alors, au moins, pouvoir, y accéder à ces rues, ruelles de part le monde et errer.

Voyager à l’étranger n’est pas simple pour les étudiants palestiniens; le passage par Israël est extrêmement limité, et il faut répondre à une longue liste de critères fixés par Israël. Critère comme par exemple la possession d’une bourses d’études universitaires «reconnue», reconnue bien sur par Israël, à cela, l'étudiant palestinien doit avoir une inscription pour étudier dans un pays qui a une représentation diplomatique en Israël.

En outre, depuis juin 2008, Israël impose qu’il y ait une escorte diplomatique pour les étudiants allant étudier à l’étranger. C'est-à-dire ceux à qui Israël donne un laisser-passer pour sortir du trou, plutôt pour quitter les territoires.

Les étudiants ont également des difficulté à passer par l’Egypte via le passage de Rafah, du fait que ce passage est la plupart du temps bouclé. Les rares ouvertures de Rafah ne permettent le passage qu’à environ 12% des personnes qui sont en attente.

La conséquence est que dans la bande de Gaza, 838 étudiants sont toujours en attente d’une autorisation de sortir. De partir.

Un nombre inconnu d’étudiants de plus n’ont même pas été admis à demander un permis pour traverser Rafah parce qu’ils étaient dans l’incapacité d’aller assister à un entretien pour un visa à Jérusalem ou en Cisjordanie - une condition essentielle pour traverser le poste-frontière de Rafah.

 

Voici trois exemples d’étudiants pénalisés par l’ouverture très occasionnelle du passage de Rafah et par les critères de sortie imposés par Israël.

Abu Hajar Mohammed, âgé de 29 ans, a été accepté dans un programme de maîtrise en technologie de l’information et de communications au Centre des technologies de l’information à Athènes en Juillet 2009, et a même obtenu une bourse. Mais comme Israël ne considère ni cette bourse ni cette université comme «homologuées», et malgré des demandes faites en son nom par les fonctionnaires grecs, toutes les tentatives d’AbuHajar pour quitter la bande de Gaza n’ont jusqu’à présent pas abouti. Il a tout juste réussi à s’inscrire auprès du ministère palestinien de l’Intérieur, mais personne ne sait quand aura lieu la prochaine ouverture du passage de Rafah et même si AbuHajar sera tout simplement en mesure de traverser la frontière.

Ihab Naser, âgé de 38 ans, est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en biochimie, et il a été accepté dans un doctorat en Nutrition Communautaire dans une université malaisienne en Mai 2009, mais il n’a pas encore réussi à quitter Gaza.
Comme la Malaisie n’a pas de liens diplomatiques avec l’Etat d’Israël, tant qu’Israël continue d’exiger une escorte diplomatique, Naser n’a aucune chance de sortir de Gaza par Israël pour aller étudier à l’étranger. Malgré le fait que Naser ait été mis depuis longtemps déjà sur la liste des étudiants ayant un permis de sortie via le passage de Rafah, en raison de l’énorme foule de voyageurs qui convergent vers le passage chaque fois qu’il ouvre, sa sortie a encore et toujours été retardée.

Wesam Kuhail, 28 ans, qui détient un diplôme en administration des affaires, a été accepté dans un programme de MBA [Masters of Business Administration] aux Etats-Unis, mais il a été contraint cette année - pour la troisième fois - de renouveler sa demande de sortie. la raison en est que Kuhail n’a pas encore réussi à obtenir un permis pour sortir de Gaza pour assister à un entretien pour son visa auprès du Consulat américain à Jérusalem: «Je ne sais pas si je pourrai jamais me rendre au consulat dans ces circonstances. Cette attente m’a empêché de prendre des décisions importantes de la vie ... Tout ce que je fais est d’attendre que mon permis d’entrée [en Israël] soit accordé par les Israéliens.»

 

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