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Billet de blog 29 oct. 2009

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Il y a 44 ans Ben Barka disparaissait en plein cœur de Paris

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«Ce mort aura la vie longue, ce mort aura le dernier mot», écrivait Daniel Guérin à propos de Ben Berka enlevé le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp au 151 boulevard Saint-Germain à Paris par des policiers français et conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte dans le sud de Paris.

Un piège lui avait été tendu avec la complicité d'agents marocains et français de l'ex-SDECE (le service français d'espionnage), avec la collaboration de proxénètes ayant pignon sur rue à Paris et à Casablanca.

On sait qu’il a été torturé et assassiné par le chef de la police secrète marocaine Mohammed Oufkir. Ainsi commençait l'«affaire Ben Barka» !

Ben Berka:

Né en 1920 à Rabat dans une famille de petits fonctionnaires, Mehdi Ben Barka a fait des études à Alger où il obtint une licence en mathématiques en 1942. Il devient professeur de lycée. Proche du Palais, il enseigne aussi au Collège royal. Il a le futur roi Hassan II parmi ses élèves.

Parallèlement, il s’engage en politique contre le «protectorat» français sur le Maroc. Dès 1943, il participe à la création du parti l'Istiqlal (l'indépendance). Il a connu la prison dès 1944, après sa signature du Manifeste de l'Indépendance, pour une durée de 13 mois et une seconde fois, en 1951, pendant 42 mois soit un total de 55 mois. En 1945, il est l’un des responsable de l’Istiqlal, le parti nationaliste qui a mené le Maroc à l'indépendance. En octobre 1948, Ben Barka, rejoint Abderrahim Bouabid à Paris. Bouabid représentait le Parti de l'Istiqlal auprès des étudiants et des travailleurs marocains en France et en Belgique, il avait un bureau au 52 Avenue Kleber près du Palais de Chaillot. Ce bureau était devenu le siège de tous les mouvements de libération du Maghreb.

En 1955, il participe aux négociations qui aboutiront au retour du roi Mohammed V que les autorités française avaient exilé à Madagacar et, en 1956, à la fin du protectorat. De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative du Maroc (ANC).
Représentant de l’aile gauche d’un parti qu’il juge trop conservateur, il provoque une scission et fonde le 25 janvier 1959 l'Union nationale des forces populaires (UNFP), qui se place dans l’opposition au régime du roi Hassan II. Il quitta Casablanca le 21 janvier 1960 pour Tunis afin d'y participer à la 2ème Conférence des Peuples Africains (25-29 janvier 1960).

Il ne retourna au Maroc que le 15 mai 1962 pour participer au 2ème Congrès de l'UNFP.
En 1963, Mehdi Ben Barka dénonce le conflit frontalier (guerre des sables) qui oppose le Maroc et l'Algérie. Accusé de complot, est condamné à mort par contumace. De l’étranger il dénonce: «ce régime médiéval qui tendrait à ressusciter les structures médiévales de la société marocaine». .

Entre cette date et celle de sa disparition, soit durant 28 mois, Mehdi Ben Barka; consacra la quasi-totalité de son temps aux activités du mouvement de solidarité afro-asiatique. Avec la création de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), en 1964, les pays du Tiers-Monde avaient atteint le zénith de leur rôle sur la scène internationale. Richard Gardner, Sous Secrétaire d'Etat-adjoint qui présida la délégation des Etats-Unis, à cette Conférence, a écrit : «Un événement diplomatique d'une importance majeure - et un tournant dans l'évolution de l'organisation internationale. C'était la plus grande et la plus complète conférence inter-gouvernementale qui se soit jamais tenue, avec la participation de plus de 2000 délégués en provenance de 119 pays. C'était la première conférence importante où les clivages se sont faits dans le sens Nord-Sud, et non Est-Ouest.»
C'est dans cet environnement très favorable aux causes du Tiers-Monde que Ben Barka préparait la Tricontinentale. Du 6 au 19 mai 1965 se tenait le 4ème Congrès de l'Organisation de la Solidarité des Peuples Afro-Asiatiques (OSPAA) qui décida de s'élargir à l'Amérique Latine et de convoquer une conférence Tricontinentale en 1966 à Cuba, Ben Barka fut choisi comme Président du Comité Préparatoire de celle-ci.
Le Comité Préparatoire s'est réuni au Caire sous sa présidence du 1er au 2 septembre 1965. Selon Claude Estier (Militant PS proche de F. Mitterrand) qui l'avait vu à l'occasion de cette réunion, Ben Barka avait «acquis une dimension qui faisait de lui un leader révolutionnaire mondial en même temps qu'un des principaux idéologues du Tiers-Monde.»
Dès le milieu de 1965 les tendances qui étaient favorables au Tiers-Monde commencèrent à changer et certains des principaux protagonistes de la lutte anti-coloniale quittèrent la scène.

Ben Bella a été renversé par Houari Boumediène, le 19 juin 1965, dix jours avant la date de la grande conférence afro-asiatique (2e Bandung) qui devait se tenir à Alger le 29 juin 1965 et qui fut ajournée. Trois mois plus tard, en octobre 1965, c'est Soekarno, le Président de l'Indonésie, et une des principales figures du mouvement de libération du tiers monde qui est renversé à son tour quelques jours avant la disparition de Ben Barka.
La Tricontinentale s'est tenue en son absence en janvier 1966 à La Havane et la scène internationale était déjà autre...

Le rideau du Premier acte du Tiers-Monde (1955-1965) était tiré. Ben Barka avait prévu dès 1960 certaines manifestations du néocolonialisme lorsqu'il décrivait le rôle de «satellites» joué par des nationaux: «Aussi le colonialisme a-t-il désormais recours à ses satellites dans le but d'éloigner le courant populaire des centres de décision ...»

Chronologie et événements:

Le 29 octobre 1965, 12h30: Ben Barka est arrivé à Paris en provenance de Genève, avec un passeport diplomatique algérien. Il a déposé ses valises chez son ami Jo Ohanna, un juif marocain, et s'est rendu à pied à la brasserie Lipp où il avait rendez-vous avec des cinéastes, Philippe Bernier, réalisateur, et Georges Figon, producteur, pour un projet de films sur la décolonisation, quand deux policiers français en civil l'ont interpellé et conduit dans une voiture de location jusqu'à une villa au sud parisien.

Mehdi Ben Barka est enlevé par deux policiers français, Louis Souchon et Roger Voitot, devant la fameuse brasserie.

30 octobre 1965, l'étudiant qui l'accompagnait avertit les autorités de l'enlèvement de l'opposant marocain.

2 novembre 1965, deux journalistes de L'Express, Jacques Derogy et Jean-François Kahn, publient un article intitulé: «Les étranges coincidences de l'affaire Ben Barka». Ses auteurs, qui ont mené l'enquête, ont rencontré Philippe Bernier, le frère de Mehdi Ben Barka et l'avocat de Georges Figon, Pierre Lemarchand.

5 novembre 1965, le général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur, quitte la France.

10 janvier 1966, L'Express titre en Une : J'ai vu tuer Ben Barka, un témoignage de Georges Figon, recueilli par les mêmes Jacques Derogy et Jean-François Kahn (journalistes). Le scandale est révélé. La France lance un mandat d'arrêt à l'encontre du général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur et chef des services secrets.

17 janvier 1966, cerné par la police qui a ordre de le retrouver, Georges Figon se suicide. Sa mort confère à l'affaire sa dimension de scandale.

21 février 1966: Conférence de presse du général de Gaulle voulant clore l'affaire Ben Barka par cette phrase, demeurée célèbre: «Du côté français que s'est-il passé? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte.»

Officieusement, le Général se montrait pourtant beaucoup plus réservé quant à cette version, ainsi que le montre le compte rendu du Conseil des ministres du 19 janvier 1966, rapporté bien plus tard par Alain Peyrefitte, avec un chef de l'Etat assez énervé. «Il tapait sur la table, raconte Peyrefitte, lançait au ministre de l'Intérieur, Roger Frey: «Je parle des services de police. Il y a des choses peu claires, des complicités. Je ne l'admets pas?» Frey, qui tente de soutenir ses hommes, est rembarré: «N'insistez pas sur vos policiers. Ils n'ont pas trouvé très vite. Ils étaient paralysés par le copinage. Ils sont restés entre le zist et le zest.»

5 septembre 1966 s'ouvre à Paris Le procès des accusés dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka .

5 juin 1967, Le procès s'achève après le défilé de 167 témoins, dont l'équipe de L'Express. Il voit les seuls Antoine Lopez, chef d'escale à Orly et informateur des services secrets marocains (SDCE), et Louis Souchon condamnés à six et huit ans de réclusion. Le général Mohammed Oufkir et la bande à Georges Boucheseiche, un truand habitant à Fontenay-le-Vicomte, chez qui fut probablement exécuté Mehdi Ben Barka, sont pour leur part condamnés par défaut à la réclusion à perpétuité. Les relations franco-marocaines sont refroidies par cette affaire jusqu'à la retraite du général de Gaulle et l'élection à la présidence française de Georges Pompidou.

1972, l'affaire Ben Barka inspire un film à Yves Boisset, L'attentat.

Juin 2001, des révélations d'un ancien membre des services de renseignement marocains, Ahmed Boukhari, publiées dans Le Monde et Le journal (marocain), relancent la polémique, confirmant l'implication du ministre de l'Intérieur de l'époque, Mohammed Oufkir.

200, Ahmed Boukhari publie: Le Secret.

2003, l'ancien agent secret marocain Ahmed Boukhari accuse l'ancien ministre de l'Intérieur Mohammed Oufkir d'avoir poignardé Ben Barka et fait rapatrier son corps au Maroc pour le dissoudre dans une cuve d'acide.

2004, la famille de Mehdi Ben Barka souhaite une «décision définitive» de la France sur la déclassification du dossier couvert par le «secret défense» depuis 39 ans. Le fils de l'opposant marocain en fait la demande dans un entretien à Al Ittihad (Union), journal de l'Union socialiste des forces populaires (USFP).

15 octobre 2004, la Commission consultative française du secret de la Défense nationale approuve la déclassification des informations demandées par le juge Claude Choquet, chargé de l'enquête sur la disparition du leader de la gauche marocaine.

Octobre 2005: 40e anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Le magistrat français Patrick Ramaël chargé de l'enquête, critique le manque de coopération de son homologue marocain qui prétexte des difficultés pratiques pour ne pas exécuter une commission rogatoire portant sur l'interrogatoire d'une vingtaine de fonctionnaires et militaires marocains.

22 mai 2006, Driss Basri, l'ex-tout-puissant ministre de l'Intérieur du roi Hassan II, comparaît à Paris devant le juge Patrick Ramaël, en qualité de témoin.

1er juin 2006, perquisition surprise du juge Ramaël au domicile parisien de Driss Basri.

26 septembre 2006, le Juge Ramaël délivre une seconde commission rogatoire internationale pour entendre trois témoins au Maroc: Chtouki, alias Miloud Tounsi, l'organisateur présumé du rapt, Boubker Hassouni, suspecté d'être «l'infirmier» qui aurait drogué Ben Barka et le général Benslimane, chef de la gendarmerie royale.

Octobre 2007, en pleine visite officielle de Nicolas Sarkozy au Maroc, cinq mandats d'arrêt internationaux sont délivrés contre ces suspects.

Février 2008, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) française émet un avis favorable à la déclassification de 165 documents des services secrets français datant de l'époque de la disparition du leader marocain.

3 février 2009, la télévision marocaine lève un tabou en diffusant pour la première fois une émission sur la vie de Mehdi Ben Barka.

1er octobre 2009, le Juge Patrick Ramaël, qui instruit le dossier signe cinq mandats d'arrêt internationaux contre des hauts responsables Marocains, L’un d’entre eux concerne le général Hosni Benslimane, chef de la Gendarmerie royale du Maroc, qui officiait au cabinet du tout puissant général Oufkir à l’époque des faits. Les trois autres visent respectivement le général Abdelhak Kadiri, ancien chef des services de renseignement d’Hassan II, Miloud Tounsi, membre présumé du commando qui a enlevé Mehdi Ben Barka et Abdelhak Achaabi, agent d’une unité d’élite secrète des Services marocains, connue sous le sigle de Cab1 mais le cinquième, visant un autre agent de Cab1, n’a pas été relayé au plan international à cause d’un problème de vérification d’identité. La diffusion a été rendue possible après que les services spécialisés ont «achevé des échanges sur des points techniques, sans appréciation de la validité des mandats d'arrêt», a indiqué Guillaume Didier, porte-parole de la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie. En réalité, le juge français a signé, en octobre 2007, les mandats d'arrêt alors que le président Nicolas Sarkozy se trouvait en pleine visite officielle au Maroc. Leur diffusion a donc été bloquée. Le «déblocage» du dossier est salué par la famille de Ben Barka. Le fils de l'opposant assassiné, Bechir Ben Barka a salué la diffusion des mandats d'arrêt par Interpol. «Enfin ! Ces mandats d'arrêt avaient été lancés il y a deux ans. Ce sont deux années perdues, 44 ans après la disparition de mon père... Or chaque année compte car les témoins vieillissent et nous n'aimerions pas que la vérité parte au fond d'une tombe. Tout laisse à penser que mon père a été assassiné mais ce qui nous intéresse, c'est de connaître la vérité». Leur avocat, Me Maurice Buttin, l'a qualifié de «victoire importante». Il s'est dit prêt «à demander au juge français la levée des mandats d'arrêt internationaux si ces personnes acceptent de s'expliquer devant la justice de leur pays en présence du juge français... Plus ils tardent, plus cela démontre la responsabilité du Maroc et du roi Hassan II».

L'avocat affirme avoir relancé ses démarches après le départ en juin de Rachida Dati, du ministère de la Justice. L'ancienne ministre, en partie d'origine marocaine, était hostile, selon lui, à la relance du dossier.

2 octobre: Coup de théâtre. Le parquet de Paris demande la suspension pure et simple de la diffusion des mandats d'arrêt, expliquant qu'Interpol exige des précisions supplémentaires.

Après avoir donné jeudi le feu vert au parquet pour diffuser des mandats d’arrêt internationaux contre ces hauts responsables marocains les voici de nouveau bloqués, le lendemain vendredi. Faut-il en déduire de cette trêve de procédure que le ministère de la Justice ignorait la nature de procédure en pareille situation ? Pourtant ces mandats d’arrêt ne datent pas d’aujourd’hui puisqu’ils ont été signés en octobre 2007 par le juge Patrick Ramaël en charge de l’affaire au tribunal de grande instance de Paris. Allons-nous croire que le ministère de la Justice ait pu se tromper sur la consistance d’un dossier aussi ardent ? Pour la famille du disparu, ce retournement de situation: «est une mascarade. Un même ministère qui se déjuge en 24 heures, c’est une manifestation flagrante et cynique de la raison d’Etat», s’est écrié Béchir Ben Barka le fils du défunt, a rapporté l’AFP. «On ne sait pas ce que cache ce revirement. La ministre de la Justice a-t-elle été déjugée par l’Elysée ? Y a-t-il une volonté de ne pas chercher la vérité ? Si c’est le cas, cela doit être dit ». «Ce qui nous intéresse au premier plan, c’est de connaître la vérité. Mon père a été assassiné à Paris. Nous ne savons pas où est son corps, où il est enterré. Nous ignorons où se trouve le lieu de sa sépulture. C’est important pour notre famille de se recueillir sur ce lieu», souligne encore Béchir Ben Barka, dans une colère qui n’a d’égale que sa réjouissance jeudi à l’annonce de la diffusion des mandats d’arrêt: «Nous disons enfin. Car ces mandats d’arrêt ont été lancés il y a 2 ans par le juge Ramaïl, avant qu’ils ne soient bloqués par le ministère de la Justice français.» Et d’enchaîner: «On va peut-être entendre ces témoins qui détiennent une part de vérité sur la mort de mon père.»

Manifestement la justice qui doit être rendu à Ben Berka et sa famille n’est pas pour aujourd’hui. De sombres calculs et camouflages sur camouflages à l’image d'abord du kidnaping de Ben Berka, et puis de ce rebondissement de 24 h de cette affaire. Une fois de plus, une profonde désillusion qui succède au soulagement éphémère d’une famille privée même du droit de savoir où est caché le corps du défunt.

Intervenant juste après l'annonce d'annulation de cette procédure, vendredi soir, sur les ondes de France Info, le fils de Ben Berka, visiblement très affecté, a déploré que le blocage intervienne «des deux côtés de la Méditerranée», au nom d’une «raison d’État qui est au-dessus de la justice», avant d’affirmer que les complicités qui ont permis la disparition de son père à Paris se poursuivent «pour empêcher la justice de faire son travail».
Interrogé par la même radio sur les raisons de la volte-face de la justice française et les origines du blocage, maître Maurice Buttin a répondu que pour le savoir, il fallait s’adresser «directement à l’Elysée».

11 octobre, selon l'écrivain Georges Fleury, interrogé par leJournal du Dimanche, le corps de Mehdi Ben Barka pourrait avoir été incinéré dans l'Essonne. L'écrivain affirme être en possession d'un rapport de gendarmerie inconnu jusqu'alors.

Le document de M. Fleury a été publié dans l’hebdomadaire, Journal du Dimanche. L’auteur a dévoilé que ce dossier est constitué de procès-verbaux d’une enquête de la gendarmerie consacrée à la disparition de Ben Barka. L’écrivain s’est dit être en possession de ce rapport depuis «25 ans» et qu’il n’a pas voulu s’attaquer à cette affaire «la plus glauque de toutes» et qu’il croit que cet épisode est oublié et enterré. C’est la «raison» pour laquelle l’écrivain a annoncé avoir «rangé» le document chez lui à la maison. Mais, il s’est dit prêt à remettre au juge chargé du dossier ce rapport de la gendarmerie qui contient des renseignements précis sur les deux personnes, (leurs noms, leurs adresses et même le montant de la somme qu’ils auraient touchée pour le faire, 5 millions de francs de l’époque), qui auraient assassiné l’opposant au régime marocain à l’époque à sa tête le roi Hassen II.
«Un peu plus tard», rapporte Georges Fleury, «les mêmes gendarmes vont fouiller une propriété à Villabé», accompagnés «de deux policiers de la préfecture de police. Ils découvrent, sur un tas de cendres, un bout de tissu et un morceau de cuir. Il n’y avait pas d’enquête ADN à l’époque, ces deux éléments matériels sont alors confiés à la brigade de Mennecy, dans l’Essonne». Le parquet n’avait jamais pris en considération un tel document dans le traitement de cette affaire, pour la simple raison qu’il ignore son existence.
«Dans ce dossier, on voit que les gendarmes ont un informateur qui leur livre des éléments précis sur deux personnes qui auraient incinéré le cadavre de Ben Barka», explique l’écrivain, qui «croit beaucoup» à la thèse de l’incinération du corps de Ben Barka dans l’Essonne, au sud de Paris. «Pour moi, c’est ce qui s’est passé, je crois beaucoup à cette piste», a déclaré M.Fleury.
«En le relisant, j’ai découvert que la justice, dès 1966, s’était intéressée aux Marocains à l’encontre desquels le juge d’aujourd’hui lance en vain, des mandats internationaux», rapporte-t-il. Ces révélations ont été accueillies avec «prudence» par la famille de la victime. Bechir Ben Barka, fils de l’opposant marocain, a jugé ces révélations «tardives», d’«étonnantes». «Nous attendons que ce rapport de gendarmerie dont personne n’avait entendu parler soit versé au dossier», a-t-il dit dans une déclaration rapportée par l’AFP.

De son côté, l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, a estimé que de telles révélations vont permettre «de reparler de l’affaire et des mandats d’arrêt bloqués en haut lieu».
Et d’ajouter: «Je suis pour ma part persuadé que le corps a été rapatrié au Maroc, c’est Rabat qui détient la vérité.» Me Buttin rappelle que plusieurs thèses «sont régulièrement apparues ces dernières années: on a dit que le corps avait été dissous dans l’acide, il y a deux ans, il était coulé dans du béton...»

44 ans après, l'affaire Ben Barka n'a jamais été élucidée malgré deux instructions judiciaires.

44 ans après, le corps de Ben Barka n'a toujours pas été découvert.

44 ans après les conditions de sa mort ne sont toujours pas été établies.

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