La leçon du Parlement britannique

Le Parlement britannique a rejeté, jeudi soir, par 285 voix contre 272, la motion présentée par le premier ministre David Cameron pour une intervention militaire en Syrie. Le premier à vouloir cette guerre, le premier à être désapprouvé; dans l'opinion publique, par les manifestants et par le Parlement

Le Parlement britannique a rejeté, jeudi soir, par 285 voix contre 272, la motion présentée par le premier ministre David Cameron pour une intervention militaire en Syrie. Le premier à vouloir cette guerre, le premier à être désapprouvé; dans l'opinion publique, par les manifestants et par le Parlement: « Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d’intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence », a déclaré le premier ministre après ce camouflet, précisant qu’il était « attaché au respect de la volonté de la Chambre des Communes.»

David Cameron n'a pas convaincu. Son argumentation, citant des récits de témoins oculaires, des vidéos et informations sur les réseaux sociaux sur ce fameux gazage de population du 21 août dernier s'est heurté à l'autre texte présenté par l'opposition travailliste qui, lui, demande « des preuves convaincantes ». Face à quoi, Cameron lui-même a fini par reconnaître, qu' « au bout du compte, il n'y a pas une certitude à 100% sur la question de savoir qui est responsable ».

Cet état d'esprit antiguerre des britanniques est relativement le même aux USA et en Europe. Bien que profondément choqués par le massacre du 21 août dernier près de Damas, les opinions publiques et les parlementaires refusent « le va-t-en guerre » de Cameron-Obama-Hollande.

L'Allemagne, généralement réticente aux déploiement de son armée, Merkel se tient à « une résolution de l'ONU ». Idem, pour l'Espagne et l'Autriche qui s'en remettent, elles aussi, tout comme l'Allemagne aux Nations unis. En Italie, c'est un refus catégorique, le sujet ne fait même pas débat, et la gauche et la droite refusent cette éventualité d'intervention militaire en Syrie.

Et cette fois-ci, il y a même le grand allié et fidèle canadien, qui dit « sans moi », comme il l'a annoncé, jeudi, et n'envisage donc pas d'y participer. La même position également de l'Argentine, actuellement, qui préside le Conseil de sécurité des Nations unies, elle rejette, elle aussi, toute intervention militaires en Syrie. Tout comme le Venezuela, le Brésil, la Bolivie, l'Uruguay, le Nicaragua, l’Équateur et Buenos Aires qui, ce dernier, propose en revanche « une intervention humanitaire sans objectifs, ni moyens militaires sous un mandat de l'Onu.»

En Amérique latine dans son ensemble, seul le conservateur, Juan Manuel Santos, en Colombie, a demandé, jeudi, au Conseil de sécurité de l'ONU de tâcher de « parvenir un accord sur une intervention ». Chose évidement très peu probable quand on sait l'opposition de Moscou et de Pékin à toute décision de cette nature.

Seul donc Barack Obama, le « guerrier malheureux » comme il vient d'être surnommé par le magazine Time, du jeudi, est entrain de soigner ses fiches et aiguise une stratégie de communication afin de justifier sa guerre en tentant de renverser tant soit peu le rapport de force dans l'opinion dans son pays. Et comme il nous l'indique le magazine, Obama confectionnera certainement un alibi « loyal » pour faire sa guerre qui sera sans doute « au  nom de l'intérêt des USA » et bien entendu de la «violation » d'une norme internationale sur armes nucléaires.

Et puis enfin, en France, Hollande est sur la même lancée que son collègue Obama, sans que l'on sache trop sur l'état d'esprit de l'opinion, même si elle semble bien partagée. Le PS est bouche cousue, tétanisé, ne sachant quoi faire, ni il désapprouve ni il assume publiquement le choix du président. A droite c'est le spectre de 2003 en Irak qui hante les esprits. Et seul le président du Modem, François Bayrou, a trouvé à présent des mots justes sur cette affaire guerrière et trop obscure comme souvent pour faire la guerre. Sur RTL.fr, hier, suite au rejet de la motion Cameron par la Chambre des communes, François Bayrou, a qualifié, à raison, ce rejet de « mouvement de sagesse dont les dirigeants français devraient s'inspirer » et qui donne « la vraie dimension des risques encourus par les promoteurs d'une intervention armée de l'Occident .» Aux bons entendeurs qui se réuniront en session extraordinaire pour un débat sur la Syrie le 4 septembre prochain !

De guerre lasse...

 

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