Les prêches du vendredi détournées à des fins politiques

Le vendredi est un jour important pour les musulmans, les fidèles se rendent à la mosquée pour écouter la khutbah qui est un sermon prononcé par un imam. Ce sermon qui est lu pour l’occasion et seulement une fois par semaine, doit rappeler aux croyants les recommandations d’Allah et de son Prophète. Le sermon doit aussi contenir des louanges à Allah et des invocations pour les musulmans.

Les sujets abordés dans le sermon touchent nécessairement aux deux vies, et l’imam peut traiter des sujets d’actualité et prodiguer des consignes. L’imam doit présenter une argumentation claire, constituée à la fois de versets du Coran, et de hadiths du Prophète. Le but est que l’assistance puisse comprendre le message de Dieu. Le sermon idéal est celui qui pousse l’assemblée de fidèles à modifier ses comportements et à suivre les conseils qui y ont été donnés.

Dans la pratique, les choses se présentent souvent différemment. Les prêches du vendredi ont toujours été un sujet particulièrement controversé dans les sociétés musulmanes. Au Maroc, le ministère des Affaires Islamiques, dans un large programme de « mise à niveau du champ religieux », ne cesse de donner ses directives pour mettre à l’écart les imams "intégristes" ou ceux qui prêchent une politique "extrémiste". L’objectif de ce programme est de conserver séparées les sphères politiques et religieuses.

Mais aujourd’hui en me rendant à la mosquée pour la prière du vendredi, avec l’idée d’accomplir mon obligation religieuse, je me suis retrouvé face à un imam qui violait de façon délibérée l’esprit et l’éthique du sermon du vendredi. Il a prêché du début jusqu’à la fin sur un sujet politique. En s’appuyant sur des arguments religieux douteux, il a tenu un discours de haine et de mépris à l’encontre de tous ceux et celles qui ne partagent son soutien inconditionnel à la monarchie absolue. Il a été jusqu’à accuser tous les marocains qui veulent remettre en question le fameux article19 de la constitution marocaine qui donne de larges pouvoirs au monarque , de mécréants et des valets à la solde de l’Etranger. Du jamais vu. Je ne pouvais pas me retenir, j’étais sur le point de quitter les lieux si ce n’était le respect que j’ai pour ce lieu sacré qui est la mosquée. Il est vraiment regrettable que des agents de l’autorité exploitent la mosquée pour passer des messages politiciens,

Quand on sait que le contenu des prêches de la prière du vendredi, vient directement du ministère des affaires islamiques, je me demande si avec ce genre de discours, le Maroc officiel avec ses forces conservatrices, n’est pas entrain de pousser les marocains à douter sérieusement de la volonté réelle du pouvoir d’accomplir les réformes constitutionnelles promises sous la pression du mouvement du 20 février.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.