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Le Prix Goncourt 2009 de la poésie a été attribué, à Paris le mardi 2 décembre 2009 , à l'écrivain et poète marocain Abdellatif Laâbi pour l'ensemble de son œuvre.Le jury du Prix comprenait en autres un autre écrivain marocain : Tahar Benjelloun, l’ancien lauréat du Prix Goncourt du roman en 1987 pour son livre « la nuit sacrée ».Ecrivain de langue française, Laabi est l'auteur de nombreux recueils de poésies, de romans et de pièces de théâtre. Il est également traducteur de l'oeuvre de plusieurs poètes arabes.Mais Il est surtout pour nous le modèle de l’intellectuel « engagé ». Très jeune, il avait fondé en 1966 à Rabat où il enseignait le français dans un lycée, la revue culturelle « Souffles » qui en quelques numéros allait devenir la tribune ouverte sur toutes les créations littéraires et artistiques alternatives du grand Maghreb et même au delà. Un peu plus tard la revue osera aborder des sujets de société pour finir par devenir une sorte de porte parole d’un courant de pensée qui dénonce le népotisme, l’injustice et la domination de l’homme par l’homme. Il faut reconnaître que la revue de part même sa nature élitiste (francophone, spécialisée en culture et arts) était peu connue en dehors de quelques milieux d’intellectuels de Rabat et Casablanca. Personnellement j’avais découvert « Souffles » pour la première fois pendant l’année scolaire 1968/1969 à l’internat du Lycée Jaber Ibn Hayan de Téouan. Des élèves du Lycée Charif El Idrissi qui partageaient avec moi le même internat et dont le professeur de philosophie n’était autre que Tahar Benjelloul ( le prix Goncourt), nous prêtaient certains numéros de la revue pour les lire dans la discrétion. A l’époque, il y avait beaucoup plus d’articles sur le cinéma (dont certains écrits par TBJ, je m’en souviens encore), la peinture et la littérature maghrébine que sur la politique. Avec les années et avec une orientation vers plus de sujets de critique sociale et politique, la revue allait connaître un essors particulier mais limité auxmilieux universitaires. Cet essor allait en parallèle avec le développement des mouvements de révolte des lycéens et des étudiants en particulier. La langue contribuait à freiner l’expansion de la revue et c’est pourquoi Laabi avec d’autres intellectuels ont crée la version arabe « Anfass ». Laabi n’était pas seulement un poète et un écrivain, il était aussi et en même temps militant engagé politiquement dans le Parti de la Libération et du Socialisme (parti communiste marocain) qu’il ne tarda pas à quitter en compagnie d’autres militants et à leur tête l’ingénieur des mines Abraham Serfaty pour fonder vers la fin de 1970 un mouvement marxiste-léniniste clandestin « Ilal Amam » (en avant).Cet engagement allait lui coûter très chér. Il sera arrêté en 1972 avec un groupe de ses camarades. Cette arrestation allait mettre fin à cette expérience de Souffles qui sera interdite dans ces deux versions laissant derrière elle un héritage très précieux de 22 numéros en français et 8 en arabe. La tentative de faire renaître « Souffles » à partir de Paris n’avait duré que quelque temps.Laabi sera condamné à 10 ans de prison ferme (il en purgera 8 ans) dans le premier grand procès contre l’extrême gauche marocaine qui a duré tout l’été de 1973. Et c’est dans cette grande citadelle qu’est la prison centrale de Kénitra où il a été incarcéré que l’on va découvrir son génie de poète humain mais sans concession et qu’il ne trahira jamais par la suite.Le prix Goncourt de la poésie qu’on vient de lui attribuer pour son œuvre littéraire est à mon avis une reconnaissance de tout le parcours d’un intellectuel engagé.
NB: Phto de Laabi à Alhoceima en 2000 extraite de son site personnel: www.laabi.net
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