Préambule :
Ce que je prétends à travers ce billet, qui est une suite logique à ceuxque j’avais publiés sur l’islam et lalaïcité, est de continuer ma réflexionpersonnelle sur des questions d’aujourd’hui et de toujours : l’islam,ma religion, est-il un atout pour les musulmans ou plutôtune contrainte et un obstacle ? Sic’est le dernier qui est le cas, est cequ’on peut expliquer de manièrerationnelle le pourquoi et le comment ? Qui sont les gens en islam quisont qualifiés pour le faire ? Pourme prononcer moi-même sur ces questions difficiles faut-il que j’ai uneexpertise plus pointue que certains Oulamas ?
La finalité de cette réflexion estde contribuer à créer un espace dedialogue capable d’explorer les différentes facettes de notre religion pour les remettre dans notre contexte moderne. Ce qui prime pour moi, c’est d’abord et avant tout, la pratique exercée au jourle jour, aussi bien à l’échelle individuelle que collective. Je n’ai nullementl’intention d’élaborer un discours, un de plus, sur l’islam. Ils’agit plutôt et d’abord d’un vrai travail pratique detransformation et d’accomplissent de soi.
Encore une fois, je précise que je ne prétends parler qu’enmon nom personnel. Je m’exprime en toute liberté et en toute modestie avec l’espoir que leschoses s’arrangent, aillent mieux pour les musulmans, surtout les jeunes quivivent de nos jours dans la confusion, la tourmente et dans un videintellectuel inquiétant qui les pousse à chercher des réponses ailleurs sur lenet et les chaînes satellitaires, avec tous les risques que l’on suppose.
Parmi mes billets sur la laïcité et l’islam,celui qui a le plus intéressé des jeunes de mon pays était celui où je raconte mon parcours religieux personnel. Je continue donc à être positif sur le même chemin de l’enrichissement réciproqueet du partage. Je continue à parler en laissant de côté les dogmes et lestabous tout en assumant mes racines. Je n’impose rien, je m’interroge. Je me trompe souvent, mais je suis prêt àécouter les autres et à me corriger par la suite. Je ne demande pas d’être approuvé, j’exigejuste qu’on respecte mes choix. Je risque comme d’habitude de recevoir lesfoudres de certains « faux savants », mais je suis déjà immunisé. Jereste ouvert au dialogue mais ferme sur les principes..
La démocratie : une problématique dansles pays musulmans ?
Avec la chute du mur deBerlin, la « démocratie » afait des progrès à travers le monde entier. Les pays de l’Est européen se sontdémocratisés. Il en est de même pour la plus part des pays d’Amérique latine.En Afrique le mouvement est en marche et certaines expériences nouvelles sontprometteuses. Seuls font exceptions la plus part des pays arabo-musulmans !
Une sorte d’ « ordreinternational démocratique » s’est installé pour devenir pratiquementcontraignant en faisant de la démocratieet les droits de l’homme la nouvelle idéologie de notre temps. Les Etats-Unisse sont même permis le luxe d’envahirl’Afghanistan et l’Iraq pour chasser les « dictateurs » et yinstaurer la « démocratie » avec les résultats sue l’on constateaujourd’hui. Les états unis se sont efforcés aussi cesdernières années d’introduire sans succès la démocratie dans cette région sous la forme duprojet "Grand Moyen-Orient", tout en continuant de soutenir des régimesdictatoriaux : les monarchies de la péninsule arabique, Egypte.
Comment expliquer alors, cette léthargie du monde arabo-musulman, son incapacité à entreprendre des réformesprofondes, de s’engager dans la modernité ?
L’Islam est souvent désigné commeétant le frein principal. On observe unacharnement particulier de la part de certains « spécialistes » occidentaux à considérer la domination de la prégnance du religieux sur lepolitique, comme explication unique de ces régimes autoritaires. Pour ces analystes, la démocratie est si difficile d’accès dansles pays musulmans, parce que le propre de l’islam est le tissage du politiqueet du religieux. Ils poussent un peu plus leur amalgame en désignant l’islamcomment fondement de l’autoritarisme des régimes arabes sans pour autant nousexpliquer ni pourquoi ni comment ? Cette vision n’est pas l’apanage des seuls occidentaux, c’est aussi une idée courante défenduepar une certaine élite musulmane « occidentalisée».
Ceci nous amène à nous demander sil’Islam est en contradiction avec une société pluralisteet démocratique ? La démocratie est-elle compatible avec les valeurs de l’islam ?
Aborder le sujet sous cet anglenous oblige à nous poser encore deux autres questions cruciales. La premièrequestion qui émerge en premier est celle de la relation entre politique etreligion en Islam ? C’est seulementen essayant de répondre à cette question qu’on pourra mieux comprendre commentfonctionne la culture politique chez les musulmans. Ça sera l’objet du prochainbillet.
La deuxième question consiste ànous interroger sur la relation du spécifique et de l’universel, chère àCaroline Fourest* pour remettre enquestion le concept de la démocratie « Occidentale », nous interroger sur son« universalisme » réel, ses limites et ses difficultés à s’implanter dans les pays arabes. Ça sera l’objetdu troisième billet.
Dans le dernier billet, jediscuterai des schémas de transition possible vers la démocratie qui ne peut être en aucun cas une copie conformeà l’évolution historique du concept en Europe ou en Amérique.
Notes
*La dernière utopie » menaces sur l'universalismelivre de Caroline FourestEditions Grasset Octobre 2009.