Le 48e anniversaire de la disparition du héros de la révolution du Rif, Abdelkrim El Khattabi

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Aujourd’hui, dimanche 6 février 2011, les cœurs de beaucoup de marocains vont se battre de nouveau au rythme des slogans scandés par les égyptiens dans toutes les villes du pays du Nil demandant le départ du despote Moubarak. Avec exaltation nous allons continuer à suivre cette formidable leçon que nous donnent ces cairotes révoltés. Mais nos regards seront virés pour quelques instants , toujours au Caire, mais un peu loin de la place Tahrir. Nos prières associées à une pensée profonde de respect et d’estime vont aller se poser sur une tombe marocaine qui se trouve dans le cimetière militaire d’Abbassieh. C’est ici que se repose la dépouille d’une personne qui nous est très proche. Il s’agit de l’Emir Abdelkrim El Khattabi, héros de la révolution du Rif qui s’était éteint un 6 février 1963 à l’âge de 80 ans, sans avoir revu de son vivant le pays pour lequel il a consacré toute sa vie. Il avait choisi d’être enterré dans cette terre égyptienne qui l’avait si chaleureusement accueilli le 31 mai 1947 quand le bateau Katoomba qui le transportait, lui et sa famille, de son exile dans l’ile de la Réunion vers la France, avait fait escale au Port Saïd. A sa mort, le Président Nasser et les habitants du Caire lui avait organisé des obsèques dignes d’un chef d’Etat.

Beaucoup d’historiens font une impasse surprenante sur le combat mené par Abdelkrim pendant les seize années qu’il a passées en Egypte. Ils continuent à tord ou à raison à cantonner la dimension exceptionnelle du héros Rifain, dans le rôle d’un résistant anticolonial à envergure régionale, le Rif en l’occurrence, ignorant complètement le rôle essentiel qu’il a joué pendant son exile au Caire en tant que créateur coordinateur des mouvements de libération du Maghreb arabe* .

Enfin, il est étonnant de constater que les pouvoirs publiques marocains continuent encore à passer sous silencec et anniversaire, cherchant ainsi à imposer une amnésie collective auprès de la jeunesse marocaine et à minimiser l’envergure de celui qui est considéré dans le monde entier comme le précurseur de la guerre populaire moderne

Malgré ces tentatives pour dénaturer notre histoire et d’en gommer de larges pans, près d’un quart de siècle après sa disparition, Abdelkrim continue à être considéré comme une légende vivante. Son legs politique et intellectuel reste d’actualité chez beaucoup de jeunes de ce pays.

Que sa mèmoire repose en paix.

 

Dr Mhamed Lachkar

Alhoceima le 6 février 2011

 

Note : voir le livre en Arabe « Mohamed Ben Abdelkarim El kattabi : opinions et positions » de Mohamed Amazian aux éditions Tifraz

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