QUI A PEUR DE DETERRER L'AFFAIRE BEN BARKA ?

 

 

En quelques jours l'affaire Ben Barka a connu des soubresauts qui ont tenu le souffle en haleine de l'ensemble de la classe politique, des médias et des défenseurs des droits humains au Maroc.

Il y a quelques jours (la dépêche de l'AFP est tombée dans l'après-midi du jeudi 1er octobre 2009) le bureau Central d'Interpol avait diffusé, des mandats d'arrêt internationaux visant quatre Marocains suspects d'être impliqués dans l'affaire de la disparition de Ben Barka. Cette diffusion ne s'est faite après avoir reçu le feu vert de la part du ministère de la justice dirigé par Michèle Eliot Marie. Il faut rappeler que ces mandats d'arrêt avaient été signés par le juge d'instruction parisien Patrick Ramaël le 22 octobre 2007, et annoncés le même jour sur France 3 au moment même où Nicolas Sarkozy effectuait une visite officielle au Maroc. On était passé de justesse à côté d'un incident diplomatique entre Rabat et Paris. D'autant plus que ces mandats concernaient des personnalités considérées comme des poids lourds du système sécuritaire marocain, notamment le patron en exercice de la gendarmerie royale, le général Housni Bensliman, et le général Abdelhak Kadiri,l'ancien patron de la DGED. Ces mandats d'arrêt sont restés sans suites pour des raisons que l'on ne connaît pas. Par contre ce qu'on connaît mieux c'est que le ministre de la justice à l'époque n'était autre que Rachida Dati et que celle-ci ne voyait pas d'un bon œil l'acharnement du juge Ramaël sur le pays dont est originaire sa maman.

 

Il faut rappeler aussi q'auparavant le juge Ramaël, au cours de ses déplacements au Maroc, avait tenté, à plusieurs reprises, auprès des autorités judiciaires marocaines d'interroger ces suspects mais en vain. Toutes ses tentatives n'avaient jamais abouties. Mais il n'entendait pas renoncer à continuer à fouiner dans cette affaire depuis la France. En mai 2006 il effectue une perquisition surprise au domicile parisien de l'ancien puissant ministre de l'intérieur et homme fort du pouvoir sous Hassan II : Driss Basri, qui ironie du sort avait terminé ses jours en France comme exilé volontaire et de luxe. Dans le même cadre, Patrick Ramaël avait également investi l'hôtel Ritz de Paris, où se trouvait Driss Benzekri, pour un séjour thérapeutique. Le juge tenait à l'entendre en tant que témoin pour avoir présidé l'Instance équité et réconciliation (IER) : institution officielle créée par Mohamed VI chargée de faire la lumière sur les atteintes aux droits de l'homme pendant ce qu'on appelle au Maroc les années de plomb et d'indemniser les victimes de la répression du régime de Hassan II.

 

Coup de théâtre : le soir du vendredi 2 octobre 2009 le parquet de Paris annonçait la « suspension » de la diffusion internationale des mandats d'arrêt visant les responsables marocains, en invoquant des demandes de « précisions » d'Interpol.

Au Maroc, l'espoir suscité par l'annonce de la diffusion des mandats d'arrêt a fait à place à l'étonnement et la résignation.

 

Etonnement pour cette volte-face de la part du parquet parisien en quelques jours. Pourquoi ce revirement brutal de la part des responsables français ? Qui est réellement derrière la décision de la diffusion ? Et qui est réellement derrière la suspension de cette décision ? Le récent séjour au Maroc du ministre de l'intérieur français Brice Hortefeux était elle une simple coïncidence avec ce revirement de Paris. Dans une certaine presse marocaine indépendante on a parlé d'un message de la part de Sarkozy au Maroc via sa ministre de la justice. Selon la même presse, la décision de diffusion a été prise par Mme Michèle Eliot Marie au cours d'un conseil des ministres présidé par le Président de la République le mercredi 30 septembre 2009. Une fois cette décision ayant eu son effet, celui de chercher à déstabiliser le Maroc, c'est encore le Président de la République qui ordonne la suspension de la diffusion de ces mandats. Ainsi la France a pu monter sa capacité de nuisance de déstabilisation vis-à-vis d'un pays considéré comme partenaire stratégique !!!

 

Résignation, enfin, chez les défenseurs des droits humains qui voient dans cette volte-face de la France une continuité dans la collision entre Paris et Rabat pour continuer à faire obstruction à la justice d'avancer dans un dossier qui date depuis quarante cinq ans.

Qui a donc peur de déterrer la vérité sur un crime contre un homme qui continue à être un symbole de la résistance de tout un peuple malgré le temps passé ?

 

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