Pillage du patrimoine culturel: business, colonisation et droit de mémoire

Après l'échec de la candidature du ministre de la culture égyptien Farouk Hosni à la direction de l'Unesco, le 22 septembre 2009, les relations franco-égyptiennes viennent de connaître une crispation sous forme d'une brouille archéologique.

Après l'échec de la candidature du ministre de la culture égyptien Farouk Hosni à la direction de l'Unesco, le 22 septembre 2009, les relations franco-égyptiennes viennent de connaître une crispation sous forme d'une brouille archéologique. L'Egypte endosse la responsabilité de la déroute de son candidat, pourtant favori au départ, à Sarkozy à qui on reproche d'avoir cédé à la fin aux pressions du lobby américano-sioniste. (1)

 

En toile de fond de cette crise se trouve l'acquisition de façon illégale du Louvre de cinq petits fragments (environ 15 cm de large sur 30 cm de haut) d'une stèle pharaonique provenant d'une tombe située dans la vallée des Rois, près du site de Louxor.

 

Le mercredi 7 octobre l'Egypte exige le retour dans son pays de ces cinq fragments, en même temps qu'elle annonce le gèle de sa coopération avec le Louvre. La France n'avait pas d'autres choix que de reconnaître sa faute et de céder immédiatement. Le même jour le Louvre se montre prêt à restituer les fragments dans les plus brefs délais et clore le conflit. Le jeudi 8 octobre, à son tour le ministre français de la culture déclare que la France était prête à restituer les fragments de fresques à l'Egypte conformément à la Convention de l'Unesco de 1970 visant à lutter contre le trafic de biens culturels.

 

Cet incident vient de nous rappeler encore une fois que la circulation illicite des biens culturels des pays du Sud vers les pays du Nord continue d'exister bel et bien de nos jours et que même des institutions respectables comme le Louvre y participent souvent avec la complicité et sous la protection des gouvernements.

 

Faut-il rappeler que dans le passé, sous la colonisation, ce pillage se déroulait en même temps que celui des ressources naturelles dans des conditions scandaleuses et sous la protection des forces d'occupation qui n'hésitaient pas d'user de la violence et de la répression contre les populations locales ? Le bilan de ces pillages est particulièrement très lourd pour les pays africains, au moyen Orient et en Amérique latine. Pour l'Afrique c'est toute la culture de ce continent qui a été détruite à tel point que certains dirigeants européens mal intentionnés et peu informés se permettent de projeter sur ce contient et de façon indigne l'idée qu'il se trouve hors de l'Histoire. (2)

 

Mais ce qui est encore attristant, comme on venait de le voir avec l'incident franco-égyptien, c'est que ces pillages se perpétuent encore de nos jours avec la complicité des régimes dictatoriaux et néocoloniaux maintenus au pouvoir grâce à l'Occident.

On se rappelle encore comment le monde entier avec ses bonnes consciences occidentales, avait condamné avec fermeté les Talibans, à l'époque au pouvoir à Kaboul, quand ils s'étaient pris en 2001, aux Bouddhas de Bamiyan pour les détruire de façon délibérée. La mobilisation pour dénoncer cet acte barbare était totale : allant de l'ONU jusqu'à la Ligue Arabe en passant par l'UNESCO, l'Organisation de la Conférence Islamique et j'en passe. Cela n'avait pas empêché les fous du Mollah Omar de venir à bout de ces monuments qui datent des Ve-VIe siècles de l'ère chrétienne, soit bien avant l'Hégire.

 

Aujourd'hui la situation est particulièrement grave et préoccupante dans les pays sous occupation ou en état de guerre comme c'est le cas en Iraq, en Afghanistan et en Palestine pour ne citer que ces trois pays du moyen orient. Le pillage, la destruction et la falsification du patrimoine culturel dans cette région sont tellement intenses et graves que ce n'est pas uniquement le patrimoine culturel qui est en danger, c'est plutôt l'identité et la mémoire même de ces peuples qui courent un vrai péril. Sans oublier, bien sûr, les violations des droits de l'homme. Cela se passe depuis plusieurs années et cela continue toujours sous nos yeux avec une indiffrence totale. Le patrimoine culturel est une ressource non renouvelable. Son trafic reste florissant puisqu'il est le troisième après celui de la drogue et des armes, selon l'Interpol et l'Unesco, malgré l'engagement à le combattre par la communauté internationale et notamment l'Unesco.

 

Mais aujourd'hui, comme nous le prouve le même incident franco-egyptien se pose le vrai problème : il y aura dans l'avenir de plus en plus de musés occidentaux nationaux ou privés qui vont connaître des pressions de la part des pays et des communautés qui ont subi sous la colonisation un pillage systématique et scandaleux de leur patrimoine culturel au cours des dix-neuvième et vingtième siècles.

 

Dorénavant la question de l'héritage de la colonisation devrait être abordée avec la volonté de se démarquer des simples demandes de repentance et des indemnisations financières comme c'est souvent le cas aujourd'hui (3) pour qu'elle englobe le droit à la restitution des biens culturels pillés. Le pillage du patrimoine culturel, devrait être reconnu, au même titre que l'esclavage et la colonisation, comme un crime contre l'humanité.

 

Notes

(1) Pour moi et pour bien d'autres militants de gauche comme chez les islamistes, l'élection de ce personnage à double langage aurait surtout profité au régime dictatorial de Moubarak qui n'a qu'une seule chose en tête : assurer sa succession par son fils. Mais il faut rappeler aussi que je désapprouve totalement les méthodes mafieuses d'un certain lobby franco- sioniste et sa tête l'éternel imposteur BHL.

(2) Le scandaleux discours écrit par Guaino et prononcé par de Sarkozy à l'université Dakar le 26 juin 2007

(3) Le cas de la Libye qui prétend avoir tourné la page de la colonisation italienne en acceptant un don financier ridicule ( 5 milliards de dollars sur 25 ans) et une repentance folklorique de la part de Berlusconi. Grâce à cet accord les entreprises italiennes se voient attribuer construction d'autoroutes, de logements et autres infrastructures. Autrement dit après la colonisation politique reviendrait une colonisation économique.

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