Maroc : une constitution octroyée de plus ?

Comme tous les Marocains j’ai suivi avant-hier à la télévision le discours du Roi. C’est avec un peu de recul et après mûre réflexion que j’ai décidé de rédiger ce texte pour exprimer mon point de vue en tant que citoyen. En suivant les commentaires des médias (ycompris un article de Mediapart qui parle de discours de rupture !!!) et les réactions de nos dirigeants politiques et de certains gouvernements étrangers, je n’ai perçu qu’euphorie et enthousiasme, louanges et approbations. Personnellement, je voulais bien moi aussi être de la partie, partager avec les miens ce moment révolutionnaire historique (selon certains), réussir à faire fuir mes idées noires d’un homme désespéré et appartenant à cette génération des vaincus et des frustrés.

J’avais passé beaucoup de temps à me faire convaincre de l’intérêt que j’ai à rejoindre la fête de cette deuxième« révolution du Roi et du peuple). Comme toujours et malgré moi, je reste allergique à ces ambiances d’unanimité et de formatage que l’on cherche vainement à nous imposer par cette politique manichéenne de la carotte et du bâton. J’ai réfléchi longtemps mais j’avoue que je suis confus. J’hésite encore à m’exprimer sur un sujet aussi sensible, aussi grave. Non pas par peur, je n’en ai plusà mon âge, mais par prudence d’objectivité. Je rappelle que je vis au Maroc et que je signe mes billets. Je ne cherche pas non plus à faire de la surenchère pour défendre une position politique partisane, je n’en ai pas tout simplement, depuis très longtemps. Mais je cherche à comprendre.

D’abord je m’attendais à plus qu’un discours sur la réforme de la constitution. Comme moi, la majorité des marocains demandaient la dissolution d’un parlement paralysé qui ne servait à rien et le renvoi d’un gouvernement moribond, dirigé par une seule famille. Je m’attendais aussi au renvoi de certains éléments corrompus de l’entourage du Palais. Je m’attendais aussi à la libération de tous les détenus politiques. Je m’attendais à bien d’autres choses qu’un discours. Je reste sur ma faim et je me contente donc de comprendre le contenu des promesses faites par le monarque à son peuple dont je fais partie.

Armée de ma bonne foi, je me suis donc mis à lire et à relire ce discours à la recherche des symptômes d’une certaine rupture dont parle tout le monde, des arguments pour me convaincre du passage du Maroc à un régime réellement démocratique.

Je suis d'abord frappé par le fait que l’essentiel de ce discours est consacré à un projet de régionalisation avancée préparé par une commission, encore une deplus.

Sans chercher à sombrer dans mon scepticisme radical habituel, j’ai relevé beaucoup de points positifs dont il faut attendre leur interprétation dans la future constitution pour juger de leur portée réelle. Je me contenterai ici d’un seul exemple, celui du traitement fait à la langue amazigh. Voici ce qui est dit dans le discours : « La consécration constitutionnelle de la pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœurde laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains, sans exclusive ». Je rappelle que la revendication des marocains à ce sujet es tde faire de cette langue une langue officielle et reconnue dans la constitution, c’est clair et net. Ce n’est pas ce que j’ai compris dans cette déclaration, mais on verra bien.

Mais j’ai eu aussi l’impression que des fois le discours promet une chose et son contraire. Je ne comprends pas bien par exemple comment peut-on réconcilier la séparation des pouvoirs et faire de la justice un pouvoir indépendant, d’une part, et rappeler la "sacralité" des fondements du pays dont fait partie " la commanderie des croyants ", d’autre part ?

Je ne m’étalerai pas sur la forme. C’est le Roi qui a décidé des réformes à faire. C’est encore Lui qui a désigné une commission technique pour la rédaction de ces réformes après consultation des « partis politiques » qui sombrent dans un coma profond depuis très longtemps et qui là par hasard ils sont entrain de se réveiller ! C’est toujours le Roi qui fixe les échéances. Le peuple sera appelé à se prononcer et à donner son avis au cours d’un referendum dont la date n’est pas encore connue.

Je pense que ce sont là tous les ingrédients d’une constitution octroyée, encore une de plus.

Enfin, je dois juste rappeler que cette prise de parole du Roi a eu lieu à la suite des manifestations pacifiques du 20 février et, surtout, de l’annonce de la prochaine prévue pour le 20 mars.

Au terme de ce qu'on a vu, on est en droit de se demander si les réformes proposées répondent-elles vraiment aux attenteset aux revendications de nos jeunes ? Le mouvement des jeunes du 20 février pour le changement, seul artisan, à mon avis, des changements encours dans le pays ne demande ni plus ni moins qu’une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Maintenant la balle est dans le camp des jeunes. Ce sont eux et eux seuls qui trancheront, comme dans d’autres pays arabes, par leur mobilisation et leur unité. Le mouvement de l’Histoire est en marche.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.