L'histoire est entrain de se rèpéter dans le Rif ?

 

A l’aube, les soldats qui étaient là depuis hier soir, pénétrèrent dans le douar. La patrouille s’était dispersée en petits groupes dans les étroites ruelles où régnait un silence douteux. Même les chiens n’aboyaient plus, je ne sais par quel miracle ils avaient disparu de la circulation. Avaient–ils eux aussi le pressentiment que le feu était proche ? 

 

Le visage de Manouche allait changer de couleur, il devint pâle soudainement. Sans  perdre son calme habituel, elle appela Louazna et les autres femmes qui ne comprenaient rien à ce qui arrivait, pour l’aider à fermer la porte avec la grande barre  de bois. « Des hommes armés  qui nous veulent du mal » criait Mannouch.

 

 Les soldats avaient commencé à frapper à la  porte avec la crosse de leur arme tout en demandant à haute voix aux hommes de sortir les mains en air.  Ils ne tardaient pas à foncer les portes et à tirer quelques  coups de fusil en l’air. Les femmes alarmées sortirent de leurs chambres dans la cour  avec la peur au ventre.   Les enfants qui pleuraient se jetèrent dans les bras de leurs mères, les filles cherchèrent à se cacher  derrière les robes étanches de leurs grand-mères. Mannouch leur demandait de garder leur calme pour éviter de provoquer les soldats  qui les fixaient de leur regard haineux. Le chef de la patrouille, un gradé,  leur avait demandé d’un air menaçant qu’il n’ y avait rien à craindre si on leur donnait les lieux où se cachaient les hommes. Le chef était sorti un instant pour discuter avec un homme qui était habillé en Djellaba qui l’attendait sur le  seuil du porche. Les deux hommes s’étaient éloignés un instant  tout en continuant à  parler avec discrétion. Le chef revint quelques minutes après. Il ordonna avec agitation à  ses hommes de rentrer dans les chambres et dans le grenier pour fouiller et voir s’il y avait des armes cachées. Ensuite il se planta devant Mannouch et lui dit toujours d’un air menaçant : 

 

« Madame, si tu veux éviter des surprises aux femmes de ta famille, tu dois nous indiquer où est caché ton diable de mari Boukar et qui le  ravitaille lui et  son groupe ? Si tu refuses de parler, ce n’est pas de toi que  vont s’occuper  mes soldats ? J’espère que tu as compris ce que je veux dire ?  »

 

Mannouch ne paniqua pas et lui répondit calmement : «  Personne ne sait où se sont terrés les hommes, comment pouvons–nous le savoir, nous sortons jamais de la maison,  mais maintenant que les choses se sont calmées, les hommes  vont revenir et en plus mon mari est innocent de ce qu’on lui reproche. ».

 

-Si ton mari est innocent, il doit savoir des choses qu’il doit nous dire.

 

Mannouch ne dit rien et le Chef l’avait menacée de mettre le feu à toute la maison comme ce qu’ils ont fait un peu partout ailleurs. Il avait tenté de la convaincre de parler mais en vain.  Devant le mutisme de Mannouch, le Chef donna l’ordre de mettre le feu dans le grenier et d’emporter  les coqs, les œufs et le pain. Mannouch avait tenté vainement d’empêcher le soldat qui tentait d’incendier la maison. Le solda la repoussa avec violence avant de lui assener  avec la crosse de son fusil un coup au dos. Mannouch tomba parterre en gémissant mais sans faire couler une goutte de larmes.


NB: extrait d'un projet de roman historique qui rappelle les évnemnts douleureux survenus dans le Rif en 1958/59




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