QUELQUES REFLEXIONS EN MARGE DES RENCONTRES/DEBATS AUTOUR DE MON LIVRE « COURBIS »

Pour une dimension littéraire de mon récit :

J’ai fait de mon mieux pour que mon récit ne soit pas uniquement un témoignage de plus. J’ai voulu par ce travail d’écriture, réaliser aussi un vieux rêve, celui de foncer la porte de la création et de l’esthétique, faire rentrer mon récit de plain pied dans les catégories littéraires reconnues.

Je ne doutais pas que j’avais un don de « compteur » depuis mon enfance. Mais là, je ne devais rien inventer, ni les histoires, encore moins les personnages : c’est un témoignage qu’il faut restituer. Mais comment faire pour que mon récit, mon histoire personnelle ne sombrent pas dans la monotonie ? Comment créer du suspens chez le lecteur ? Comment tenir son souffle en haleine jusqu’au bout ?

Tout en restant collé à la réalité, et autant que possible resté transparent, je devais créer un monde fait de scènes dramatiques qui devaient transmettre de l’émotion, un monde dans lequel, une fois immergé, le lecteur doit tout oublier et ne penser qu’à terminer le récit. Pour cela il fallait jouer à fond la carte du narratif et du détail. Il fallait surtout avoir recoursà une écriture rythmée, où les personnages se révèlent par leur action, à la limite du cinématographique altérant des aller-retours triangulaires entre le passé, le future et le moment de l’action ; me permettant ainsi d’étirer le temps des événements racontés sur plusieurs années de ma vie.

 

Pourquoi écrire en français ?

Personnellement, je ne me suis pas beaucoup posé cette question. Aujourd’hui, je pense que cette question est dépassée et il faut la dépasser. Je pense et je préfère que notre intérêt soit porté d’abord sur la dimension esthétique et culturelle de mes textes plutôt que sur le moyen qui les véhicule. Je pense que la créativité n'a pas de langue. Je dis ceci sans renoncer à ma langue culturelle mère qui est pour moi l’arabe. J’affirme ceci tout en étant un Rifain, un Amazigh.

La langue française, bien qu’étant la langue de l'Autre ne m’est pourtant pas tout à fait étrangère. Elle a exercé sur moi depuis mon jeune âge une grande influence surtout à travers mes lectures qui allaient de voltaire à Camus et de Victor Hugo à François Mauriac.

J’ai vécu donc cette l’hybridité linguistique dès mon enfance et depuis, cette hybridité ne m’a jamais quitté. Le français, pour moi n’est pas seulement une langue. Cela ne me gène pas de le dire, ne me dérange pas de le répéter et je vous assure que je ne souffre d’aucune ambivalence culturelle.

Par ailleurs et sur un niveau plus pratique, je dirai que dans la langue arabe, on est souvent obligé de recourir à des métaphores pour exprimer ce qu’on a envie de dire. Autrement, j’ai peur d’utiliser des mots exprimés en arabe qui sont devenus malheureusement tabous et qui risquent d’être mal interprétés. En français, j’ai le sentiment que je m’exprime librement sans craindre les mots utilisés.

Enfin, j’ai le sentiment que je sens plus de liberté à réfléchir et à écrire dans la langue de Molière.

Dr Mhamed Lachkar

Alhoceima (Maroc) le 14/12/2010

 

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