Maroc: pour un débat serein avec les «salafistes»

Ce matin, je tiens à réagir à la déclaration faite à la presse (journal Akhbar Alyoum du 18 avril), hier, par Mohamed Fizazi, fraîchement libéré après avoir été gracié.

images?q=tbn:ANd9GcSVFsqnSWoczxbrr7_Qib7d-elf9rusC4-zasjkHfWfTR3ekuP4EQCe matin, je tiens à réagir à la déclaration faite à la presse (journal Akhbar Alyoum du 18 avril), hier, par Mohamed Fizazi, fraîchement libéré après avoir été gracié.

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Je rappelle ici que j'étais depuis toujours de ceux qui croient que Mohamed Fizazi (et bien d'autres) n'avait rien à voir avec les événements regrettables du 16 mai 2003 où j'ai perdu moi-même un grand ami (Maître Khammal Abdelouahed avec son fils). J'ai donc toujours pensé que ce prêcheur a été condamné injustement.

Aujourd'hui je suis content qu'il ai retrouvé la liberté avec d'autres détenus appartenant à la mouvance des «salafistes», et je tiens à le féliciter et à lui souhaiter la bienvenue. Mais une question continue à m'intriguer: pourquoi Mohamed Fizazi a été gracié et pas les autres? Je pense notamment à Kettani, Abou Hafs et Haddouchi? Je crois que ces cheikhs méritent tout autant que leur confrère d'être graciés pour embrasser la liberté à leur tour.

Je reviens maintenant à l'interview de Fizazi. Ce qui a retenu mon attention et qui m'a le plus surpris, est cet appel fait aux jeunes du mouvement du 20 février où il leur demande d'exclure de leurs rangs cette «minorité d'athées et de ceux qui ne respectent pas le jeûne pendant le mois de ramadan».

De quel droit et au nom de qui Fizazi veut créer des dissensions sur des bases religieuses au sein de ce mouvement des jeunes qui a démontré, et pas seulement au Maroc, qu'il s'agit d'un mouvement ouvert, pluriel, non dogmatique et non sectaire? C'est grâce à la dynamique, initiée par ce mouvement, que s'est installée à l'intérieur de notre société les bases d'un véritable débat d'idées en toute liberté et sans tabous. Le but est de construire ensemble les bases d'une société réellement démocratique garantissant une liberté totale de pensée et d'expression, y compris la liberté de culte. Ce processus est engagé de façon irréversible et il est maintenant du devoir de chacun d'entrer nous de travailler pour l élargir et le développer.

Il n'est pas question ici pour moi de renier le droit à Fizazi de s'exprimer librement et en toute quiétude mais plutôt de l'inviter à un débat serein où il faut éviter la précipitation, la confusion et les solutions faciles. Je pense que le temps des surenchères et des provocations est révolu et que rien ne sera plus jamais comme avant.

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