Quand j'avais hâte de reprendre le chemin de l’école*

Les mois passaient et les temps avaient changé. Ma ville allait s’habituer à un nouveau mode de vie. Elle avait pris l’air d’une ville sous occupation militaire. La présence massive et arrogante des soldats dans les rues angoissait la population. Ces soldats avaient pris possession de toutes les casernes évacuées par l’armée espagnole à son départ. Les colons se faisaient plus discrets et la vente de leurs biens s’accéléra avec les mois qui ont suivi.

L’avenir s’annonçait sombre. Les gens devaient s’accommoder avec la nouvelle situation malgré eux. Même leur tempérament allait changer. Leurs visages et leurs regards portaient les stigmates d’une souffrance intérieure profonde. Ils continuaient à avoir peur des autres, peur d’eux même. Comme par hasard, ils étaient devenus silencieux et lointains. Ils ne s’agitaient plus comme avant pour un oui ou pour un non. Ils avaient l’air de s’ennuyer et d’avoir perdu tout espoir dans la vie. Les plus optimistes n’avaient gardé qu’un espoir silencieux et fragile.

Enfant, je me demandais pourquoi les miens m’étaient devenus si étranges. Malgré ces changements qui m’avaient tant bouleversé, je continuais à croire que je devais les apprécier encore d’avantage, qu’ils avaient besoin de mon amour. Je guettais le moindre petit mot, le moindre petit geste pour essayer de saisir et de comprendre ces sentiments qu’ils nourrissaient dans leurs cœurs et qu’ils ne disaient pas. Je m’efforçais à croire que tout ce spectacle nouveau n’était pas un jeu où ils cherchaient tout simplement à dissimuler une haine profonde envers les nouveaux arrivés. Je ne comprenais rien mais je souffrais moi aussi parce que je me refusais àdevenir à mon tour une personne haineuse et rancunière. Je pensais que le mal était fait et que notre vie ne sera plus jamais la même. Je passais mes jours seul et coincé entre les quatre murs de ma petite chambre. J’avais vraiment du mal pour sortir de ce cauchemar et m'en échapper mais je ne perdais pas espoir. J’avais hâte de reprendre le chemin de l’école qui tardait à ouvrir ses portes. J’avais hâte de retrouver mes amis.

*Extrait du livre (un roman historique) que je suis entrain d'écrire.

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