Ma guerre d’Espagne racontée à mon petit-fils:

Quand mon petit-fils m'avait demandé pour la première fois pourquoi je m'étais engagé dans la guerre d'Espagne, je lui avais répondu que c'était pour combattre les «Rojos». Je me rattrapai un peu plus tard pour lui expliquer, qu'en réalité, je m'étais rendu en Espagne avec rien d'autre en tête que de fuir la misère. Je voulais fuir cette maison remplie de femmes qui passaient leur temps à se chamailler. Je ne pouvais plus supporter les bruits des enfants qui criaient de faim toute la journée.

Quand mon petit-fils m'avait demandé pour la première fois pourquoi je m'étais engagé dans la guerre d'Espagne, je lui avais répondu que c'était pour combattre les «Rojos». Je me rattrapai un peu plus tard pour lui expliquer, qu'en réalité, je m'étais rendu en Espagne avec rien d'autre en tête que de fuir la misère. Je voulais fuir cette maison remplie de femmes qui passaient leur temps à se chamailler. Je ne pouvais plus supporter les bruits des enfants qui criaient de faim toute la journée. Je voulais aussi arrêter de manger tous les jours du pain avec des figues secs et des oignons. J'avais donc accepté de partir en Espagne, comme tous mes compatriotes, pour la paie qu'on allait me donner. Nous étions tous contraints de partir par les conditions de vie devenues insupportables, après plusieurs années de sécheresse et des disettes qui s'en étaient suivies.

Au début, je n'avais aucune idée de la nature de cette guerre. Je ne faisais pas de différence entre les bandes rivales. Avec les jours qui passaient, je commençais à comprendre ce qu'était cette guerre. Je croyais comme tous les autres marocains que les « Rojos » étaient des rebelles qui voulaient renverser un gouvernement en ordre. J'avais pris beaucoup de temps avant de saisir que la rébellion avait été en fait déclenchée par des militaires espagnols et à leur tête Franco, et que puisque tout seuls ils ne pouvaient pas renverser le gouvernement, ils avaient fait appel à nous pour les aider. Pour moi, ils étaient tous pareil. Ils étaient tous là à nous faire la guerre pour continuer à nous occuper et à nous exploiter. D'ailleurs les Républicains, depuis qu'ils étaient au pouvoir, la colonisation du Rif était toujours là et rien n'avait changé pour nous, malgré leurs discours et leurs promesses. Ce qui ne nous avait pas empêchés de faire la guerre avec conscience. Nos hommes, ces pauvres gens qui n'étaient pas nés ici et qui n'avaient à rien à avoir avec ce conflit où s'entretuaient des espagnols pour une raison qu'ils ignoraient, n'avaient pas hésité un instant à se battre durement et avec un courage exceptionnel Ils étaient même le fer de lance des attaques. Franco avait fait de nos combattants de la chaire à canon et beaucoup d'entre nous avaient perdu leur vie.

Même avec le temps qui passait, il m'avait été toujours impossible de comprendre ce jeu affreux où notre vie avait été engagée pour une cause qui n'était pas la notre. A ma grande surprise, je m'étais rendu compte qu'il y avait aussi de nôtre côté des soldats italiens, pour leur majorité des anciens chômeurs et des repris de justice, envoyés par leur gouvernent qui voulait s'en débarrasser. J'étais encore plus surpris en apprenant que de l'autre côté il y avait aussi des combattants d'autres nationalités, des français, des américains et même, parait-il, des marocains.

Aujourd'hui, je ne comprends toujours pas pourquoi nous sommes ainsi oubliés. Si nous avions donné beaucoup pour l'Espagne, pourquoi en retour nous n'avions rien reçu ? Pourquoi plus personne ne s'intéresse à nous ? Aujourd'hui, nous demandons qu'une chose : de la compréhension et de la reconnaissance.

 

 

 

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