Palestine : nouvelle fuite en avant de Mahmoud Abbas avec le soutien de Obama

Dans un décret présidentiel publié à Ramallah le vendredi 23 octobre 2009 Mahmoud Abbas vient d'annoncer la convocation des élections présidentielles et législatives pour le 24 janvier 2010. Cette décision a été confirmée aujourd'hui samedi 24 octobre dans un long discours tenu par Abbas devant le Conseil national palestinien

Dans un décret présidentiel publié à Ramallah le vendredi 23 octobre 2009 Mahmoud Abbas vient d'annoncer la convocation des élections présidentielles et législatives pour le 24 janvier 2010. Cette décision a été confirmée aujourd'hui samedi 24 octobre dans un long discours tenu par Abbas devant le Conseil national palestinien où il a expliqué que sa décision était prise dans le respect de la constitution et la loi après l'échec de discussions de réconciliation menées entre les différentes factions palestiniennes, depuis plus d'un an avec la médiation de l'Egypte

Il a porté toute la responsabilité du blocage du processus de la réconciliation nationale au mouvement Hamas auquel il a reproché de travailler pour le compte d'un agenda de pays voisins (sans les nommer : Syrie et Iran). Abbas a rappelé que sa décision est irrévocable et que les élections auront bien lieu à la date fixée sur tous les territoires qui sont sous la responsabilité de l'autorité palestinienne (Cisjordanie, Bande de Gaza et Jérusalem Est) avec ou sans l'accord du Hamas.

Il n'a cependant pas précisé comment l'Autorité palestinienne comptait faire appliquer ce décret électoral hors de Cisjordanie (2,5 millions d'habitants) sachant que la bande de Gaza (1,5 millions d'habitants) est sous le contrôle du gouvernement de Hamas.

Rappelons que le processus de réconciliation entre les différentes factions du mouvement palestinien a été bloqué la fin de la semaine passée quand le Hamas avait refusé de signer la feuille de l'accord proposé par l'Egypte après de longues et laborieuses négociations. Le Hamas, avec d'autres organisations palestiniennes avait rejeté cet accord qui préconisait en autre la tenue des scrutins en juin 2010, parce qu'il a ignoré l'urgence de la création d'une instance provisoire ayant la fonction de direction collégiale en attendant la refonte des structures de l'OLP ( dont ne font pas partie aujourd'hui les deux organisations islamistes : le Hamas et le Jihad)

La décision surprise du président Abbas avait été rejetée par la majorité des organisations palestiniennes. Même des dirigeants de sa propre organisation le Fath avaient émis des réserves quand à son opportunité et à la possibilité de son application.

En marge de la manœuvre entreprise par Abbas, on est en droit de se poser deux questions liées entre elles :

-Abbas est-il encore habilité à émettre un tel décret sachant que son mandat de Président de l'Autorité palestinienne de quatre ans a expiré le 25 janvier 2009, mais qu'il a été prorogé par lui-même d'un an.

-Abbas peut-il prétendre régler le problème de la représentativité de l'ensemble du peuple palestinien par le recours à des élections réellement démocratiques tout en sachant qu'il avait refusé de reconnaître les résultats des élections législatives qui avaient vu la victoire du Hamas en 2006

Ce qu'on sait, c'est que Abbas a été encore une fois obligé de céder aux pressions d' Obama qui vient de décider de faire du règlement pacifique du conflit du moyen orient une de ses priorités, après l'échec de l'option militaire en Afghanistan en Irak. La position du Hamas par sa légitimité démocratique constitue un obstacle à cette vision américaine pro-israélienne. L'urgence dans cette stratégie est d'isoler le Hamas par des élections après avoir essayé vainement de l'éliminer militairement.

Abbas est-il conscient que par cette fuite en avant il va renforcer d'avantage la division et par là affaiblir toute possibilité d'une paix réelle, juste et durable pour le peuple palestinien ? Mais a t-il un choix autre que celui de se soumettre aux ordres de ses protecteurs israelo-américains ?

 

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