La démocratie dans les pays arabes ne se fera pas contre l’islam.

Le peuple tunisien vient de réussir son pari, celui de faire tourner la page de la dictature pour ouvrir enfin la voie vers la démocratie où seul le peuple peut décider à travers des élections libres du choix de ses gouvernants et du projet de société auquel il aspire.

Pour la première fois dans le Monde arabe, un peuple s’est exprimé librement et pacifiquement par le biais des urnes. Les Tunisiens sont allés voter massivement : 90% des inscrits se sont déplacés pour élire une « assemblée nationale » qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de désigner un nouvel exécutif jusqu'aux prochaines élections générales.

Tous les observateurs venus de tous les coins du monde sont unanimes pour reconnaître que le scrutin avait été organisé dans le respect des règles démocratiques et dans la transparence totale.

Ce premier scrutin libre de l'histoire de la Tunisie a conféré, comme c’était prévu, une avancée remarquable du parti Ennahda, mouvement islamique modéré cofondé par Rachid Ghannouchi en 1969.

Cette large victoire des islamistes suscite déjà des très nombreuses inquiétudes aussi bien en Tunisie qu'en Occident. Cette percée, pourtant prévisible, fait craindre surtout une remise en question du statut des femmes. Certains parlent déjà d"automne islamiste", d’autres évoquent un scénario à l'iranienne.

 

Personnellement, je pense qu’il s’agit là d'un phénomène historique crucial qui ne peut et qui ne doit pas être arrêté, pour éviter un scénario comme en Algérie. Les citoyens tunisiens, délivrés de leur peur, ne seront pas prêts à accepter qu'on les prive de leur liberté de choix. Aujourd’hui il n’existe pas d’autre alternative que l’alternative démocratique. D’autant plus que les dirigeants d’ Ennahda s’étaient engagés, depuis la révolution du jasmin et bien avant, à respecter les principes démocratiques. Rachid Ghannouchi, a lui-même promis solennellement maintes fois, ne pas chercher à imposer ses points de vues et en particulier de ne pas s’attaquer au statut des femmes. Il n’arrête pas de répéter que son intention, après cette victoire électorale, est de dégager une majorité stable pour assurer au pays d’aller de l’avant sur le plan économique et social. Il vient d’ailleurs de tendre la main à des formations de gauche pour constituer une large coalition nationale. Il faut donc attendre les actes des « islamistes » à ce niveau là. C’est ce qui intéresse la majorité des tunisiens. Ces derniers s’impatientent pour voir quelles sont leurs recettes pour relancer l’économie du pays et combattre le chômage ?Comment réduire les disparités sociales et régionales ?

Ce premier test de démocratie dans le premier pays arabo-musulman, vient de nous confirmer que la démocratie dans nos pays ne se fera pas contre l’islam, mais avec lui. Je prie donc certains éditorialistes de la presse française d’arrêter de s’inquiéter sur le sort du printemps arabe en agitant l’épouvantail de l’avancée de l’islamisme politique. Je rappelle que l’instrumentalisation de la menace islamique à l’égard de la demande de démocratie dans les pays arabes n’a produit que les résultats que l’on sait.

 

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