La nuit du "destin"

La nuit du "destin", la vingt septième du mois sacré, ils avaient veillé toute la nuit à prier et à demander pardon au Seigneur pour leurs pêchés. Ils ne doutaient nullement que leurs demandes seraient exaucées. Des moments émouvants pour moi de voir ces hommes unis dans la souffrance continuer à ne pas désespérer grâce à cette croyance sans limites en cette nuit exceptionnelle : celle du pardon et de la miséricorde. Au fond de moi-même et en ces moments difficiles et malgré certaines barrières, je ne pouvais que ressentir les bienfaits de cette prière partagée, faits d'apaisement et de solidarité entre tous les détenus.

Mes pensées en ces moments particulièrement sensibles et tristes étaient pour mes parents qui, au même moment, devaient être en train de faire leurs prières tout en pensant à moi.

Trois jours après, l’Aïd était arrivé triste et maussade. C’était pour moi et pour tous les autres détenus un des événements les plus douloureux à vivre loin des nôtres. En dehors du deuil et de l’amertume qui se lisaient sur le visage et dans les gestes de chacun d’entre nous, la journée de l’Aïd n’avait différé en rien des autres jours, sauf qu’à midi on eut droit à un petit morceau de viande dans nos assiettes. Le comportement des gardiens resta le même. Leur hostilité, leurs insultes ne nous épargnèrent même ce jour de fête religieuse. Ces geôliers me paraissaient sans âme ni cœur.

 

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