Dure était ma vie d’écrivain*

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Au début de la phase de l'écriture, j’étais resté flottant et hésitant pendant un certain temps. J'ai eu peur, j'ai eu même très peur. Une panique extrême qui m'avait pourri la vie pendant les premières semaines. Je n’arrivais pas à saisir les contours de ce passé dont je voulais parler. Il était devenu comme un grand rêve flou et fuyant. L'angoisse de la page blanche se saisissait de moi chaque fois queje me trouvais devant mon clavier pendant des heures sans réussir à écrire une seule page. Je doutais du moindre mot, de la moindre phrase. La hantise de n’avoir rien à dire, et par là rien à écrire, était récurrente chez-moi. Combien de fois je me répétais qu’il n’ y avait rien à faire : j’étais incapable d’écrire tout simplement, je devais donc renoncer à ce projet d’écrire un livre. Ce flottement a duré du mois de mai jusqu’au mois de septembre. Avec le mois de Ramadan j’allais enfin avoir un peu plus de temps libre, je m’étais remis à écrire et tous ces blocages et ces inhibitions avaient cédé face à ma détermination. Les interdits qui m’empêchaient d’effectuer le voyage du retour dans le temps vers mon enfance et ma jeunesse étaient levés. Ces images, ces scènes que j’avais oubliées resurgissaient brutalement et s’offraient à moi comme des radiographies compréhensibles et claires, sur lesquelles j’arrivais à lire aisément tous ces moments douloureux et épouvantables que j’avais traversés. Pour ne pas perdre beaucoup de temps, je me contentais seulement de voir sans chercher à interpréter ni à comprendre.

Dure, dure était ma vie d’auteur pendant presque un an passé dans une sorte d’enfermement, retranché dans mon bureau devant mon ordinateur qui ne me quittait plus. Mais je trouvais un plaisir immense à écrire et à confectionner mes textes, en même temps j’avais besoin de beaucoup de patience. Dure parce que je tenais à tout dire même quand ça fait mal, même quand ça fait peur. Dure, parce que je n’arrivais pas à mettre la distance suffisante entre l’écrivain que je me forçais de devenir et ma propre histoire que je cherchais à raconter. Dure parce que je devais comprendre les sensations de mes personnages, de saisir leur humanité, leur vulnérabilité, leur diversité Dure parce que je devais inventer les mots par lesquels ils pourraient s’exprimer pour raconter ce qui leur est arrivé, tout en essayant de m’abstenir d’apporter un jugement personnel. Dure enfin parce que des fois je me trouvais confronté à des questions sans réponses.

 

*Extrait de mon intervention lors de la présentation de mon livre "Courbis, mon cheminvers la vérité et le pardon " dans ma ville natale Alhociema le 25 mars 2011

 

 

 

 

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