Attentat de Marrakech : les questions que se posent les marocains

L’attentat de Marrakech du jeudi 28 avril 2011, intervient alors que le Maroc est entrain de vivre une étape charnière de son histoire. Depuis les manifestations du 20 février la majorité des marocains ne cessent d’exprimer leur désir de faire évoluer pacifiquement leur pays vers un Etat de droit qui concilie les libertés individuelles et la justice sociale et économique, dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle réellement démocratique.

Le roi vient de lâcher du lest en annonçant dans son discours du 9 mars une réforme de la constitution marocaine et en libérant par la suite de nombreux prisonniers politiques dont des islamistes modérés et des salafistes*. On attendait aussi pour les jours à venir la libération d’autres détenus appartenant à la même mouvance.

Si cet attentat soulève une fois de plus, la récurrente et douloureuse question du terrorisme d’une façon plus générale, il laisse planer un doute quand au choix de cette date précise de exécution. Ce doute nous mène à nous poser plusieurs autres questions qui sont toutes aussi légitimes les unes que les autres :

-Première question : qui est le coupable du crime ? La réponse logique serait de répondre que toutes les pistes sont à explorer. Mais déjà on a entendu des « experts » faire des déclarations où ils privilégient immédiatement la piste du terrorisme islamiste. Ils nous rappellent la dernière vidéo diffusée sur Youtube il y a quelques jours et où des hommes se présentant comme des membres d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) ont menacé de s'attaquer aux intérêts marocains pour protester contre la détention de militants islamistes.

-Deuxième question: quand on connaît tout le travail fait par la police marocaine depuis 2003 pour arrêter des suspects et pour démanteler des cellules terroristes dormantes, on est en droit de se demander comment se fait-il que tout cela n’a pas empêché les responsables de l’attentat de Marrakech de s’échapper desmailles de la police ? Les mesures de sécurité à Marrakach ont-elles étaient inefficaces et pourquoi ?

-Troisième question : à qui profite le crime ? Je n’aime pas beaucoup cette théorie du complot mais cette question restera posée tant que nous n’aurons pas de réponse claire sur les vrais auteurs de l’attentant et pas seulement les exécuteurs.

-Quatrième question : que faire maintenant ?

Les responsables doivent faire leur travail rapidement mais de façon professionnelle. Ils doivent surtout éviter l’option répressive sécuritaire comme c’était le cas après les attentats de 2003 qui avait consisté à arrêter et à emprisonner des centaines d’innocents.

Je pense plutôt qu’il est temps de mettre en place des mesures efficaces et modernes dans la prévention et la neutralisation rapide des actes terroristes pour que le Maroc continue à rester un pays ouvert.

Il faut surtout ne pas remettre en question les acquis de liberté de cette évolution pacifique des derniers mois et dont le but est de construire ensemble les bases d'une société démocratique où l’islam politique à droit d’exister comme toutes les tendances politiques non violentes.

Il faut, enfin, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus compliqué, créer les conditions d’une justice sociale pour que tous les marocains, et en particulier la jeunesse, retrouvent leur dignité par le travail et par le partage équitable des richesses du pays.

 

Mes prières, mes pensées pour les victimes et mes condoléances pour leurs famillees.

 

Dr Mhamed Lachkar

Alhoceima (Maroc) le vendredi 29 avril 2011

 

 

 

 

*http://blogs.mediapart.fr/blog/m-lachkar/190411/maroc-pour-un-debat-serein-avec-les-salafistes

 

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