Maroc : 5 raisons pour boycotter le referendum sur la nouvelle constitution

La démocratie exige des citoyens responsables et non pas des sujets disciplinés. C’est pour cette raison que j’ai décidé de faire connaître ma position vis-à-vis du referendum sur la révision de la constitution marocaine qui aura lieu le 1er juillet prochain. Ma position ne m’a été dictée que par ma propre raison et ma propre conscience. Comme toujours, la seule obligation que je dois assumer en accomplissant cet acte est de ne m’engager que dans ce que j'estime juste. Je cours certes le risque de me tromper, mais ce risque serait encore plus grand si je choisis de me conformer aux décisions imposées par d'autres. Je refuse aussi d’être complice par le silence.

J’ai décidé donc ne pas aller voter le jour du referendum. J’ai cinq raisons pour boycotter cette nouvelle constitution. Il en existe évidement bien d’autres mais ce sont celles-là qui vont me retenir de faire le déplacement à l’urne de mon quartier pour y déposer mon bulletin de vote inutilement:

 

1- C’est le roi qui a désigné la commission qui a rédigé la constitution proposée. C’est le roi lui-même qui a fixé les contours de cette révision.

2- La campagne référendaire, d’une durée exceptionnellement courte (10 jours) se déroule dans le même esprit et avec les mêmes méthodes que les campagnes électorales précédentes : même matraquage pour le oui à la télévision et même mobilisation des agents des autorités pour imposer le choix du oui.

3-L’utisation abusive de la religion dans cette campagne en faveur du oui par l’implication des prêcheurs des mosquées et la mobilisation de sectes et de groupes religieux dans la rue pour défendre la nouvelle charte d’un point de vue « religieux »

4-La constitution proposée se distingue par son caractère antidémocratique car elle permet au roi de continuer à monopoliser le contrôle sur tous les organes du pouvoir de l’État. Cette constitution ne permet aucunement d’imposer ou d’influencer des politiques qui pourraient aller à l’encontre des intérêts du makhzen politique et économique.

5-En dehors de cette révision de la constitution, le pouvoir n’a envoyé aucun signal tangible pour répondre aux autres revendications légitimes du mouvement du 20 février: libération des détenus politiques, lutte contre la corruption, justice sociale….

Comme je l’ai déjà dit, il existe bien d’autres raisons pour boycotter ce referendum et cette constitution. Mais certains de mes amis qui ne partagent pas ma décision vont me reprocher qu’il ne s’agit là que d’un acte isolé et que dans tous les cas il ne changera rien au plébiscite du 1er juillet qui sera décidé par la majorité des marocains. Je leur rappelle tout simplement que les majorités ne m'intimident pas car elles n’ont pas forcément raison. J'ajoute aussi que l'unanimité et le consensus ne sont pas des garanties contre les erreurs et les égarements.

Mon souhait est que le rejet de la nouvelle constitution puisse avoir le soutien d'une large majorité de citoyens, afin de transformer cet acte du boycott en une déclaration politique de « non confiance » adressée au Makhzen mais aussi à tous ces partis politiques qui veulent nous faire croire qu’ils représentent encore les intérêts du peuple marocain.

Enfin, je lance un appel à toutes celles et ceux qui comptent ne pas aller voter le vendredi prochain pour ne pas faire de cet acte civique important une simple désaffection personnelle, un boycott passif. Unissons nous pour faire en sorte qu’il se transforme en un boycott dynamique et constructif.

 

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