Le temps de la démocratie dans les pays arabes est-il enfin venu ?

Le retour triomphant et pacifique, cet après-midi en Tunisie de Rachid Ghannouchi, chef du parti Annahda, nous confirme que la situation en Tunisie se normalise lentement mais sûrement. Le peuple tunisien est entrain de réussir son pari, celui de faire tourner la page de la dictature pour ouvrir enfin la voie vers la démocratie où seul le peuple peut décider à travers des élections libres du choix de ses gouvernants et du projet de société auquel il aspire. Les pays occidentaux et même certains milieux « laïques » tunisiens ne voyaient pas d’un bon œil l’intégration et la participation de la composante politique islamique dans le processus de reconstruction en cours. Il parait que les leçons d’un passé pas très lointain n’ont pas été bien assimilées. Le dictateur déchu Ben Ali n’était-il pas été soutenu parce qu’il était en effet considéré comme un rempart sûr à l’intégrisme islamique ?

L’instrumentalisation de la menace islamique à l’égard de la demande de démocratie non seulement du point de vue de la liberté, mais aussi de la justice sociale a produit les résultats que l’on sait pour certains pays, pour ne citer que de ceux du Maghreb : un pouvoir de plus en plus personnel et une dictature policière implacable ( les derniers événements ont montré en fait que ce n’était qu’ une mafia en papier) en Tunisie, une guerre civile qui perdure avec une société coincée en Algérie, des disparités sociales des plus grandes et un pouvoir politique et financier entre les mains de quelques familles au Maroc, bien qu'ici les choses sont un peu différentes du fait que les partis d’opposition dont un parti « islamiste » ont été intégrés au jeu politique.

Depuis un certain temps, l’épouvantail de l’islamisme est agité un peu partout et dans les pays arabes en particulier pour préserver le pouvoir des despotes et pour protéger les intérêts économiques et stratégiques des puissances protectrices.

On a vu, pour le cas de la Tunisie, comment les pays Occidentaux, qui étaient pourtant au courant de la situation, sont restés complices jusqu’à la fin de la chute de la dictature.

Aujourd’hui en Egypte, l’administration américaine tente aussi d’intervenir pour changer le cours de la révolution populaire qui est en marche, en brandissant le même prétexte à savoir l’arrivée au pouvoir de leur bête noire : les Frères musulmans. Hillary Clinton vient même de déclarer il y a quelques instants qu’elle souhaite voir finir ces événements par des élections libres et démocratiques !!! Je me demande pourquoi n’avait–elle pas réagi il y a à peine deux mois quand le parti de Moubarak s’était présenté seul aux élections qu’il avait emportées à 100 %. Par ces manœuvres inadmissibles, les américains tentent tout simplement de sauver leurs propres intérêts, ceux d’Israël et de leurs alliés. La démocratie et le développement du peuple égyptien peuvent attendre, comme on l’a vu d’ailleurs en Irak qui a été envahi pour y instaurer une démocratie « tribale ».

 

Ce qui est sûr aujourd’hui c’est que le printemps arabe est arrivé. Le vent de la révolution populaire est entrain de souffler. Une révolution originale, pacifique, non violente, non parachuté de l’étranger mais improvisée sur place par des jeunes qui ont ras le bol de supporter tant de d’étouffements et de frustrations. Une révolution qui a pris de court tout le monde, même les opposants politiques n’ont rien vu venir. Enfin une révolution qui sonne le glas de toutes le dictatures arabes en dépit de la mobilisation préventive de tous leurs appareils sécuritaires.

Les populations qui se sont révoltées ont prouvé qu’elles sont capables sans aucune tutelle de créer les conditions nécessaires pour une liberté de pensée et d’expression capable d’assurer un véritable débat sur l’avenir de leurs sociétés. Après le pansement des blessures et l’assèchement des larmes, viendra le temps des reformes pour la marche vers une démocratie réelle, respectueuse de l'état de droit, de l'égalité citoyenne et qui doit permettre à toutes les forces politiques y compris l’islam politique d’exister et d’y participer. Comme je l’avais dit dans un autre billet*, la démocratie dans nos pays ne se fera pas contre l’islam, mais avec lui.

 

Une seule chose est demandée à nos amis démocrates Occidentaux, c’est de se mobiliser non pas pour soutenir ce mouvement qui est en marche de façon autonome mais tout simplement pour exiger de leurs dirigeants politiques de ne pas s’ingérer dans nos affaires intérieures. Laissez les populations de chaque pays décider librement de leur avenir. Respectez leurs choix et vous verrez que vos amis de ce côté de la méditerranéenne seront de plus en plus nombreux.

 

 

 

PS :http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/m-lachkar/170410/islam-et-democratie-quelles-relations-possibles-44

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