KrX Visual Drums, un périple immobile.

KrX Visual Drums n'est pas qu'une performance. C'est un échange de savoirs, une passation d'informations. Une invitation à la mise en marche d'une gymnastique intérieure rendue possible par la conjugaison de trois talents. Loin d'être endormie par la transe que produit le spectacle, la pensée s'active, fouille, analyse et crée des ponts entre ce qu'elle perçoit et ce qu'elle ressent.

 Les lumières de la salle s'évanouissent et les premières notes de la bande sonore se font entendre. D'abord les percussions, puis une distorsion en crescendo finit par révéler les tonalités planantes du mix éléctro-soul dub de Francky Osmond. Enfin, les pulsations de la batterie entrent en jeu pour épouser la mélodie, et la pyramide s'illumine. De sa surface obscure surgissent des motifs et patterns psychédéliques pensés par le collectif Système Métrique. En s'abîmant et rejaillissant, ils révèlent la présence de la musicienne parée de sa combinaison argentée. Surplombant ses percussions et munie de ses baguettes magiques, Christiane Prince est la commandante de bord d'un vaisseau immobile dont le ronronnement va donner naissance à un récit halluciné.

Il suffit de moins d'une minute face à la performance pour que l'esprit tourne à plein régime, et tente de rationaliser la force chaotique et dispersée qui se manifeste à lui. Cette minute passée, il prend conscience que cette jungle sonore et visuelle est subtilement organisée et soutenue par les pulsations qui donnent la direction, l'ordre, et le rationnel. La batterie est à la fois le gouvernail et le moteur d'un magma hypnotique qui se propage à l'infini.

Alors que les images meurent à l'extrémité de la toile, elles renaissent dans une pensée fertile qui produit des images nouvelles et fabrique des impressions. Vents, marées, orgues cosmiques et astres foudroyants se manifestent dans un périple sonore qui régresse vers des forces toujours plus primaires. Propageant son information lumineuse à la vitesse du son, le vaisseau pyramidal remonte les âges et semble exhumer la mémoire des secondes qui ont suivi l'apparition du big bang. Ce moment précis ou l’énergie fut propulsée en avant et de toute parts, traversant des couches de néant qui à son contact sont devenues matière.

Mais avant ces secondes fatidiques, que s'est il passé ? D’où vient l'impulsion ? On dit qu'au commencement était le verbe, au commencement était donc le son. Il est la vibration pure, première, primitive. Et les pulsations de la batterie provoquent cet écho intérieur si authentique qu'elles semblent avoir été inscrites à la naissance, et même encore avant, à l'origine de toute chose.

Ses pulsations sont la clef d'une porte ouverte sur l'intérieur. Le reflet d'un miroir sur lequel s'impriment les données d'une mémoire ancestrale.

L’expérience n'a duré que quelques minutes mais le temps n'existe plus, ou bien il s'est dilaté. L'esprit émerge de ce long sommeil éveillé pour profiter des derniers instants en compagnie de la musicienne qui continue à diffuser son savoir à l'ombre de sa pyramide, telle un sphinx de sagesse.

capture-d-e-cran-2015-04-12-a-23-41-52 © KrX Visual Drums capture-d-e-cran-2015-04-12-a-23-41-52 © KrX Visual Drums

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