Madame du b (avatar)

Madame du b

Abonné·e de Mediapart

218 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 octobre 2011

Madame du b (avatar)

Madame du b

Abonné·e de Mediapart

Rentrée littéraire: "Mimi" de Sébastien Marnier

Madame du b (avatar)

Madame du b

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a des histoires d’amour ; pourquoi n’y aurait-il pas des histoires de haine ?

La famille de Jean-Pierre n’est pas très intéressante, pas très sympathique et pas très heureuse. Il vit dans une cité, s’amuse à la récré à embêter le meilleur de la classe avec ses deux meilleurs copains, part en vacances avec le secours populaire et regarde la finale du foot à la télé avec ses trois frères et son père qui crie très fort pendant que maman prépare les frites. Jean-Pierre pense tout le temps, il commente tout mentalement, dans sa tête il n’y a jamais le silence. Pendant plus de quinze ans, c’est Jean-Pierre qu’on retrouvera çà et là, entre le premier jour d’école et le boulot en CDI. Mais Mimi ne raconte pas vraiment l’histoire de Jean-Pierre.

Ouvrant grand les portes de la conscience de « JP », Sébastien Marnier nous livre les cogitations de ce personnage translucide au travers duquel on observe, déformé, teinté, un autre personnage. L’auteur met au centre de ce roman brutal la question de l’identité. Sa construction bien sûr, mais pas seulement : Mimi est une histoire de possession, de masques et de conflits intérieurs. Et surtout, Mimi raconte cette haine comme une poix froide sur le monde entier et qui empoisonne tout : les filles, le sexe, la famille, le travail, et surtout qui remplit ce personnage mal-aimé qui s’en sert comme d’une armature. Cette haine qu’on reconnait peut être plus qu’on ne voudrait, qui ne nous choque pas autant qu’on aurait aimé.

A première vue, Mimi peut donner l’impression d’être un lent, long et lourd monologue, verbatim volontairement puéril d’une réflexion qui cherche tant bien que mal à rester à la surface des choses. Mimi est autant fait de phrases de trois mots criblées de points d’exclamation que de laïus et digression comme autant de diversions destinées moins au lecteur qu’au personnage lui-même. Mais la vulgarité assumée que Sébastien Marnier fait peser sur l’ensemble lui permet de garder toujours à la limite du hors-champ une certaine complexité. La véritable histoire de Mimi se lit entre les lignes, en négatif. Au rythme des non-dits et des actes manqués, la lenteur de la narration permet au lecteur de précéder le personnage dans sa prise de conscience et de constater ses dénis et ses paradoxes, de le voir lutter pour eviter de faire face à ce qui le fait autant souffrir. Ce n’est pas l’histoire de « JP » qui fascine, mais la façon singulière qu’il a de ne pas la vivre, de toutes ses forces : Mimi est un livre qui ne raconte pas une histoire d’amour.

Plus d'articles sur le site littérairewww.madamedub.com

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.