Alejo Carpentier nous narre la révolution dans les Antilles au 19ème siècle

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Saint-Domingue, XIXème siècle. La révolte gronde dans la colonie française qui allait devenir Haïti. Galvanisés par les idées promulguées par la Révolution, et le souffle scandant les thèmes de liberté et d’égalité, les esclaves prennent les armes contre ceux qui se disent leurs maîtres. Dans ce contexte de bouleversement historique, politique et sociologique, allait émerger une figure tant centrale qu’énigmatique du monde haïtien, le sorcier Mackandal, dit le Madingue, l’esclave marron manchot, qui aurait empoisonné les animaux et les hommes de l’île, les touchant au coeur même de leurs foyers.

La révolte gagne en puissance, poussant la plus part des colons en exil à Cuba. Une autre figure historique majeure allait émerger dans ce combat, celle de Toussaint Louverture, qui allait se mesurer à pas moins que Napoléon Bonaparte, pour gagner l’indépendance et la liberté de son île.

Mais Alejo Carpentier, l’auteur cubain auteur du récit « Le Royaume de ce Monde », n’aime pas les mythes et l’Histoire avec un grand H. Celui que beaucoup connaissent au travers d’un autre livre « Le siècle des Lumières« , s’est beaucoup passionné pour ce pan de la Révolution française, et ses répercussions aux Antilles, en ce que les idées peuvent avoir d’inapplicables ou de contradictoires. Déclarés libres et égaux en France, les hommes étaient des esclaves à Saint-Domingue. Déconstruisant la gloire d’époques houleuses, avec des revers terribles pour l’humanisme, comme la Terreur de Robespierre ou l’empire de Bonaparte, Alejo Carpentier narre le Royaume Noir du roi Henri Christophe, ou le premier état libre de Saint Domingue, comme un gouvernement tyrannique et sanguinaire. Henri Christophe, dictateur cruel, finit, renversé par son peuple, par se suicider dans son palais de Sans-Souci.

Ti Noël, le héros du récit, découvre avec effarement ce régime, étonné de ce que l’homme peut faire à l’homme, l’homme Blanc à l’homme Blanc, l’homme Noir à l’homme Noir, au delà même des barrières des différences de couleur de peau…Car quand le désir de violence et de pouvoir se répand, il ne fait finalement pas de distinction entre ses pairs, et ne s’embarrasse pas d’idéaux républicains. Finalement, quand les principes et les décrets gouvernent, l’un annule l’autre, et les valeurs s’annulent tôt ou tard.

Démontant l’idée de valeurs transcendantes, d’idéaux figés dans le marbre, Alejo Carpentier ne signe pas pour autant un livre pessimiste ou sombre. Dans un monde à construire, il ré affirme l’importance de la détermination de l’homme en tant qu’être libre et autonome, responsable…. »Dans le royaume des cieux il n’y a pas de grandeur à conquérir, car tout y est hiérarchie établie, existence sans terme, impossibilité de sacrifice, repos, délices. Voilà pourquoi, écrasé par la douleur et les tâches, beau dans sa misère, capable d’amour au milieu des malheurs, l’homme ne peut trouver sa grandeur, sa plus haute mesure que dans le Royaume de ce Monde« .

 

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