Madamedub.com : Vous tenez un blog :girlsandgeek.com, et êtes une journaliste habituée des articles. Comment passe t-on au style « roman » ? Comment vous est venu l’idée ?
Titiou Lecoq : En fait, chronologiquement, le roman est venu avant. Depuis que toute petite, je voulais écrire des histoires. Je trouvais que c’était le métier le plus génial du monde. Mais je savais que je mettrais du temps à écrire un roman qui tienne la route. Et en attendant, il fallait bien travailler et gagner des sous. Du coup, après mes études de lettres, la question c’était : « je sais faire qu’un seul truc c’est écrire. Quel métier je peux faire ? » J’ai donc commencé par un stage aux Inrocks, puis des piges. Puis le blog (parce que j’avais besoin d’un espace de liberté d’écriture). Et j’ai écrit le roman en parallèle de tout ça.
La question du changement de style, je ne me la suis pas vraiment posée pour le roman. C’était un projet complètement à part. C’est plus problématique au sujet des articles où j’avais très peur de développer des tics d’écriture, de tomber dans la facilité du formatage.
Madamedub.com : « Les Morues » mélange les genres : on passe au fil des chapitres du roman policier, au roman girly ou comique, en passant par le drame romanesque. Pour vous le roman moderne doit-il naviguer entre plusieurs styles ?
Titiou Lecoq : Je n’ai pas d’avis tranché sur le roman moderne. En gros, j’ai écrit le roman que j’avais envie de lire. Et il se trouve que dans mes goûts personnels, j’ai toujours préféré le mélange des genres, plus conforme à la vie. Mais c’est assez étonnant de voir la réaction des critiques littéraires professionnels. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui les chiffonne dans ce mélange. On m’a même dit que j’aurais dû choisir entre le polar et la littérature « blanche ». Mon but c’était précisément de réussir à mêler les deux. Surtout qu’en soi, ce n’est pas révolutionnaire. Le manifeste du romantisme par Victor Hugo prônait déjà le mélange des registres.
Madamedub.com : Les personnages sont très divers dans votre roman. On y découvre une journaliste, Ema, femme moderne et indépendante, mais qui se bat contre ses propres démons. Une héritière de haute lignée, Gabrielle, chic et choc. Une barman, Alice, ainsi que Fred, le surdoué sous employé. Tel est le quatuor qui compose le « gang » des Morues. Néanmoins ils ont en commun leur indépendance, par delà leurs fragilités respectives et leurs sens bien à eux de la débrouillardise. Reflètent t-ils pour vous un échantillon représentatif de la génération des trentenaires actuels ?
Titiou Lecoq : Je sais pas s’ils représentent un échantillon de ma génération. Je ne suis pas certaine que l’échantillon soit vraiment représentatif. Chacun de ses personnages donne plutôt un échantillon de moi-même, ou de potentialité de moi. Après, c’est davantage dans leurs mode de vie qu’ils sont représentatifs. Les galères d’argent, la difficulté à se faire une place dans le monde du travail, la débrouillardise, le rapport à la politique, l’alcool, les rapports de couple, l’importance de la bande d’amis. Ca, oui, je crois que c’est emblématique de ma génération.
Madamedub.com : Diriez-vous avoir écrit un roman féministe ?
Titiou Lecoq : Tout à fait. C’est un qualificatif que je revendique. Je voulais présenter un autre visage du féminisme. Après que nos mères aient obtenu l’égalité légale et juridique, la question pour ma génération c’est celle de l’égalité dans la vie quotidienne. L’égalité psychologique presque. Comment on y arrive – où est-ce qu’on se plante.
Madamedub.com : Votre livre a l’originalité de proposer une playlist de chanson en bas de chapitre. Comment vous est venu cette idée et pourquoi ces chansons ? Etait-ce en fonction de la musique qui vous inspirait pour chaque chapitre ou bien un choix délibéré pour correspondre aux ambiances narrées ?
Titiou Lecoq : Les playlists, ce sont les deux à la fois. Il y a des chansons qui étaient celles que j’écoutais pendant l’écriture. D’autres que j’ai mises parce qu’elles correspondaient à l’ambiance du chapitre. Et enfin celles qui sont des clins d’oeil envers certains de mes proches.
Madamedub.com : Pensez-vous renouveler l’expérience de la rédaction d’un roman dans un futur proche ? Cela a t-il changé votre approche du travail de journaliste et de bloggueuse ?
Titiou Lecoq : Comme je le disais, l’écriture de roman, c’est originellement ma première envie d’écriture. Donc oui, bien sûr, je veux continuer. Maintenant, la difficulté c’est de dégager du temps pour ça. Je ne pense pas que ça ait changé mon rapport au blog et aux articles. A la limite, c’est l’inverse. Les articles m’ont forcée à être très rigoureuse sur les infos que je mets dans le roman. Recouper les chiffres, les infos pour être certaine de ne pas raconter n’importe quoi sur le plan politique et économique. Le blog, lui, m’a aidée à tester un autre langage, une syntaxe moins académique.
Madamedub.com : Quelles sont vos lectures actuelles en cette rentrée littéraire ?
Titiou Lecoq : C’est terrible mais avec la promo du roman et mon boulot, je n’ai jamais aussi peu lu que cette rentrée littéraire. C’est un peu la honte. Là, je viens de commencer le Franzen par exemple.
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