Jérôme Ferrari parle de "Balco Atlantico"

Résumé de l’éditeur :Sur la place d’un village de Corse, Stéphane Campana, ardent nationaliste, connu de tous, vient de s’effondrer, fauché par deux balles tirées à bout portant. Sur son corps inanimé est venue se jeter Virginie, la jeune fille qui n’a cessé de vivre dans la vénération de cet homme que, tout enfant déjà, elle s’était choisi pour héros au point de s’abandonner, corps et âme, à ses plus étranges désirs.

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Résumé de l’éditeur :

Sur la place d’un village de Corse, Stéphane Campana, ardent nationaliste, connu de tous, vient de s’effondrer, fauché par deux balles tirées à bout portant. Sur son corps inanimé est venue se jeter Virginie, la jeune fille qui n’a cessé de vivre dans la vénération de cet homme que, tout enfant déjà, elle s’était choisi pour héros au point de s’abandonner, corps et âme, à ses plus étranges désirs.

De l’engagement politique de celui qui baigne à présent dans son sang, le roman reconstitue alors la genèse erratique jusqu’au point, périlleux, où la trajectoire insulaire rencontre celle de deux jeunes Marocains – Khaled et sa sœur Hayet – échoués en Corse à la recherche d’un improbable monde meilleur, celui que, sur la corniche de leur ville natale, près de Tanger, faisait miroiter à leurs yeux l’inoubliable et merveilleuse promenade connue sous le nom de « Balco Atlantico »…

D’une rive à l’autre, de mémoires qui ne passent ni ne se partagent, entre les âpres routes de l’exil et l’esprit d’un lieu singulier, Jérôme Ferrari jette le pont d’un roman solaire, érigé dans une langue ouverte sur toutes les mers où, de naufrages en éblouissements, passé et avenir naviguent de concert dans le rêve des hommes.

 

MadameDuB.com : Balco Atlantico est le titre que vous avez choisi pour votre livre, mais aussi le nom d’une promenade de l’autre côté de la Méditerranée, à Larache, au Maroc. Un endroit où Hayet et son frère Khaled pouvaient envisager un ailleurs meilleur. Le nom d’un lieu où l’espoir demeure. Que vous évoque-t-il ?

Jérôme Ferrari : Balco Atlantico, pour moi c’est juste un nom, mais un nom qui m’a plu dès que je l’ai entendu. Il m’a tout de suite paru magnifique. Mais je n’y ai jamais été. Il m’a été évoqué par un collègue arabe, et j’ai tout de suite aimé sa résonance, qui paraît familière sans que l’on n’en comprenne le sens, car c’est en fait une mauvaise prononciation du nom espagnol « balcon atlantico ».

MadameDuB.com : Le personnage le plus original de ce roman est à notre sens Théodore. Sa maladie mentale l’affuble de souvenirs « en trop », et affecte sa perception de lui-même, de son vécu, et donc le cheminement qui a fait de lui ce qu’ il est. À l’inverse, un personnage comme Stéphane Campana cherche à commettre des actions mémorables, pour enfin entrer dans son histoire personnelle et l’histoire nationaliste de la Corse. Il immortalise par exemple ses actions par des photographies. Ses deux personnages ont finalement des difficultés à se situer, entre ce qu’ils sont, ce qu’ils croient être, et ce qu’ils voudraient être. La mémoire et l’identité sont les deux thèmes les plus importants du roman ?

Jérôme Ferrari : Oui, ce sont précisément les sujets les plus importants de ce livre. Avec tous les « trafics » et les « manipulations » que l’on peut en faire.

Alors que je construisais le personnage de Théodore, qui souffre de souvenirs en excès, qui font qu’il n’arrive plus à distinguer la réalité de ce qu’il invente, je me suis rendu compte que cela était cohérent avec la thématique générale de l’identité que je souhaitais aborder dans le reste du récit, que ce n’était pas deux thèmes distincts. C’est une thématique philosophique, mais que l’on peut traiter comme un roman. L’identité, la mémoire, leurs trafics, sont des enjeux très importants, et même au-delà du plan personnel, sur un plan politique, avec la question du nationalisme cela se constate très nettement.

MadameDuB.com : Au-delà des parcours compliqués des différents personnages, c’est en effet l’identité très nationaliste de la Corse qui est revendiquée, étalée et malmenée. Vous avez vécu de nombreuses années sur cette île, pensez-vous que cet endroit et son nationalisme exacerbé joue un rôle important dans la construction de la personnalité individuelle ? Et cela plus qu’ailleurs ?

Jérôme Ferrari : Je pense que le nationalisme corse est juste une figure de l’identité et de ses difficultés. Plus les gens ont des problèmes identitaires et plus ils s’en font une conception rigide. C’est à mon avis là l’un des problèmes que l’on rencontre dans le rapport entre l’islam et les cités par exemple.

Les personnes qui sont en recherche identitaire se tournent souvent vers le nationalisme qui offre justement cette définition rigide.

Mais j’avais quand même envie de rester fidèle aux événements qui se sont déroulés en Corse dans les années 94-95. Si les personnages sont fictifs, je souhaitais malgré tout restituer l’ambiance de ces années-là, qui a quand même fait des dizaines de mort en Corse.

MadameDuB.com : Balco Atlantico est sorti en 2008. Il n’a pas rencontré le même accueil que Le sermon sur la chute de Rome, distingué par un Prix Goncourt. Pourtant les deux livres sont intimement reliés. Comment comprenez-vous ce décalage ? Et plus important, comment avez-vous conçu cette relation entre ces deux livres ? Vous semblait-il avoir laissé quelque chose d’inachevé dans le bar de Marie-Angèle, ou bien aviez-vous en tête ce développement depuis le début ?

Jérôme Ferrari : Alors que j’écrivais Le sermon sur la chute de Rome, je pensais plutôt faire un lien avec Marcel, présent également dans Où j’ai laissé mon âme. Mais ensuite, comme il s’agissait que les deux personnages principaux, Mathieu et Libero, reprennent un bar, j’ai pensé à celui de Balco Atlantico. L’intrigue s’y était arrêtée dans les années 2000, et l’histoire du Sermon reprenait à ce moment-là, c’était donc cohérent. J’ai commencé comme ça, et ça marchait bien. Cela m’a permis de reprendre également des personnages. Ce n’était pas vraiment intentionnel au départ, et cela s’est avéré fécond. Commencer le Sermon par le départ d’Hayet ouvrait sur une scène forte, qui permettait une lecture à plusieurs niveaux. Mais quand j’écrivais Balco Atlantico je ne pensais pas du tout à la possibilité d’écrire un jour le Sermon sur la chute de Rome.

Propos recueillis par Emma Breton.

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