Aicha, ou comment Yamina BENGUIGUI qui n'est pas photographe, collectionne les clichés

Le fait que France 2 tienne absolument à diffuser Aicha en prime time, quand tous les films ou documentaires sur le 17 octobre 1961 ou la guerre d'Algérie sont relégués à 23h30 sur France Ô, était déjà suspect. Le 3 ème volet d'Aicha qui a été diffusé hier a une nouvelle fois donné une image des plus détestables de ce que serait une famille maghrébine vivant en France et dont les enfants seraient forcément assoiffés de liberté en opposition avec des parents arabes forcément conservateurs.

Dans cet épisode on a droit à tout. Evidemment, ils vivent en HLM, dans une tour de 18 étages, et la cage d'escalier est pleine de tags et de détritus, ce qui, on le sait est le cas de tous les HLM de France, ou pour le moins, de ceux où vivent des arabes et des étrangers.

Aicha est amoureuse de Patrick, bien Français, qu'elle va réussir à imposer à ses parents -oui, en 2011 une femme française mais maghrébine doit demander l'autorisation à ses parents avant de pouvoir fréquenter un homme, de sucroit s'il n''est pas musulman - grâce à un ascenseur, que Patrick parviendra à réparer...Essayez de suivre, c'est fascinant.

Le scénario aurait pu être écrit par une classe de maternelle, la réalisatrice aurait rajouté "de Seine-Saint-Denis". Dans la tour, l'ascenseur est en panne. Mondialisation oblige, les pièces sont fabriquées en Roumanie....

Qu'à cela ne tienne, Biyouna, qui a accepté de tourner dans ce "film" a connu un certain Ionesco, roumain. Elle le retrouve, miraculeusement. Et ce dernier va aller chercher les pièces en Roumanie..... Oui, c'est dans le scénario, et ça n'a pas été coupé.

Le miracle, c'est aussi l'image des Roumains, et plus particulièrement du camp rom qu'ils montrent aux téléspectateurs. Des femmes qui n'ont pas l'air touchées par la précarité, qui sont installées quelque part, sans qu'aucune menace n'existe -alors que le gouvernement expulse à tour de bras ce que Madame la Maire adjointe de Paris Yamina BENGUIGI ne peut ignorer-, mais le plus triste est à venir.

Je passe sur la séparation hommes-femmes, le goûter pour les parents du fiancé d'Aicha organisé en catimini de peur que le courroux du père ne s'abatte sur la famille...... Je ne serai pas complet sans parler des gâteaux. Il est de coutume, en France que les familles maghrébines, lorsqu'elle acceuillent des invités, fassent des gâteaux arabes. Les tartes aux pommes, les millefeuilles, c'est pour les Français. C'est pas assez halal.

Pour la suite, faut être assis. Quand Ionesco arrive (oui la réalisatrice est bourrée d'imagination), c'est le cliché absolu. C'est un bijoutier sur pattes : dents en or, bagues en or, montre en or, chaines en or... , chapeau pas en or. Tout ce qu'on ne voit pas dans nos quartiers, où les roms cherchent à fuir la police, à survivre...

Ce téléfilm montre bien que la réalisatrice, et les acteurs, sont à mille lieux des réalités des banlieues populaires qu'ils veulent dépeindre mais dans lesquelles ils n'habitent pas ou plus depuis longtemps.

Ce téléfilm fait passer nos parents pour de fiéfés conservateurs intégrés mais pas trop quand même, il faut que le côté bledard surgisse comme quand le père giffle la fille.. Pour les besoins du film, ceux-là parlent français, mais on imagine bien que ça a du les démanger de les faire parler arabe, ou de faire passer les parents d'enfants d'immigrés pour des illétrés.

En un mot, ce film est une honte pour la profession, pour le genre humain, pour l'intelligence, pour tout un chacun, un téléfilm qui ne devrait pas avoir sa place sur le service public.

 

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