Le rap, c'était mieux avant?

La question vaut assurément d'être posée. En effet, on ne peut que constater la dérive mercantile du rap, qui, à l'image d'autres composantes de la société évolue, en bien ou en mal.

La question vaut assurément d'être posée. En effet, on ne peut que constater la dérive mercantile du rap, qui, à l'image d'autres composantes de la société évolue, en bien ou en mal.

Le rap a dès les origines porté les stigmates de la rebellion, de la dignité. Cet art se voulait un vecteur social, un haut-parleur, pour les sans-voix., ceux qu'on méprisait, ceux qu'on tuait.

Musique et politique, voilà le cocktail de la réussite, qui propulsa des groupes entiers vers les sommets de l'alternatif.

En France aussi, nous avons eu droit cette période faste pendant laquelle on pouvait faire rimer rap et engagement politique.

Personnellement, au lycée, mes premières manifs, mes premiers tags, se sont faits sur fond d'Assassin. Squat, Clyde, Solo, m'ont ouvert des yeux encore trop balisés.

Des yeux qui ne demandaient qu'à voir, en pleine période insurectionnelle, avec Juppé et les retraites en toile de fond.

1995, dans la rue, slogans politiques, mais aussi refrains Assassins.... "Si tu ne t'occupes pas de politique, la politique s'occupe de toi". Un appel tellement d'actualité 20 ans après à l'engagement politique, en opposition avec la délégation de pouvoir que représente la démocratie représentative.

Biensûr, la scène rap a évolué, avec ses bonnes et surtout ses mauvaises surprises. Finalement, peu de groupes ont conservé ce flambeau en guise d'héritage à transmettre. Le rap est devenu, pour l'industrie du disque et certains médias, la poule aux oeufs d'or. Alors dès qu'ils peuvent, d'un coup d'un seul, décridibilsier le rap et faire du fric, ils ne s'en privent pas et mettent en avant des groupes dénués de la moindre réflexion et juste bons à faire chauffer le dance floor.

Le plus emblématique de ces derniers mois est inconstestablement Sexion d'Assaut. Après un dérapage clairement homophobe, et la preuve que "rappeur" ne rime pas souvent avec "cerveau", Skyrock et d'autres décident de mettre le paquet sur ce groupe de post-pubères.

Aucun risque : pas de message politique, aucun texte tendancieux, aussi bling bling que Sarko ou DSK..

Le fric a transformé le rap en merde en barre.

Rares sont ceux aujourd'hui qui relèvent de cette lignée de rappeurs dignes, conscients, et dont les positions n'ont pas varié d'un centigrade au gré des saisons et du cours du bifton.

Pourtant, ce ne sont pas eux que vous verrez sur scène à Paris, ou dans les grandes villes. Le rap, le vrai, fait peur, donc "on" le boycotte.

Ménélik, Alliance Ethnik et sa clique de débiles manquent beaucoup aux programmateurs.

Il est scandaleux qu'une des premières musiques écoutées dans les quartiers soit à ce point austracisée, qu'on nie à ce point ce "rap de fils d'immigrés".

Je souhaite rendre hommage à celles et ceux qui dans le rap conservent éthique et vision de classe, et je les classe -pas mal la répétition hein?- par ordre d'écoute du moment : Scred Connexion, La Rumeur, Rocé, Keny Arkana, Kery James, Demi-Portion, Casey, Squat......

La fierté du rap français c'est eux, et ils n'ont pas la reconnaissance qui devrait être celle accordée à de vrais artistes français.

Longue vie à eux, longue vie au rap français conscient.

Le rap, c'était peut-être mieux avant, moins commercial, moins aseptisé, mais à nous de faire en sorte que ce soit pas pire maitenant en soutenant, en achetant ce qui vient de ce qu'on apelle les bas-fonds, qui ne sont pas, justement dénués de fond.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.