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Billet de blog 5 févr. 2018

#Parcoursup - qui ne dit pas son nom...

Ce que cache une plate-forme... En août dernier, l'Alexander von Humboldt Institute for Internet and Society (HIIG) in Berlin ouvre un dossier posant la question des métaphores utilisées dans la société digitale ou numérique.

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Parmi les auteurs, Tarleton Gillespie (1) décrit ce que cache cet objet de langage, la "plateforme", très largement employé et propagé par le monde de la "start up nation". Et pour cause, ce nom donné à des innovations de rupture - les "plates-formes" Uber, Airbnb, Amazon etc. - permettent aux propriétaires actionnaires d'échapper à la règle commune, voire à la loi. Parmi eux, le pionnier Facebook continue de nier son rôle de diffuseur d'informations au public pour n'être pas contraint par la loi, et censure au cas par cas. Google lutte pour s'approprier le domaine public. Au sein d'états, la neutralité du net disparaît.

Avec la "plate-forme" Parcoursup, on constate que le gouvernement français use des mêmes moyens. En effet, en lisant les faits, motifs et moyens du référé-suspension contre l'arrêté, défendu par un groupe parlementaire associé à des syndicats enseignants, étudiants et lycéens, on trouve  : urgence, anti-constitutionnalité, illégalité, absence de finalité explicite et conservation de données personnelles massives... non sans la complicité du PPA (http://www.lemonde.fr/…/parcoursup-ce-que-l-on-sait-du-fonc…).

Les officines de coach d'orientation explosent. Mais quel est le dessein de ce gouverneMENT ?

 I - La plate-forme Parcoursup, une arme de dissuasion massive (env. 200 000 étudiant-es "de trop")

 Dans l'urgence, malgré un rapport de force établi dès septembre sur les données d'APB, la CNIL donne à la plate-forme Parcoursup un avis favorable controversé car temporaire le 18 janvier. Contre la constitution, la publication de l'arrêté a lieu le lendemain du 19 janvier. Elle est illégale en l'absence de débat et de vote au sénat programmé les 6 & 7 février. Le code de l'éducation nationale en vigueur visé par l'arrêté illégal, le contredit. C'est un choc brutal entre deux mondes, le choc aussi de normes : c'est "quand j'ai mon bac, je choisis ma fac" - le code de l'éducation nationale, contre "la sélection en marche" - un arrêté ministériel illégal.
Tout cela au moyen d'un mode de collecte des données personnelles à façon, celle de la "start up nation" : comme Facebook, Google... La mise en oeuvre immédiate de Parcoursup conduit à un délai conservation prévu pour être plus long, à discrétion, illégale aussi, et dangereuse dans certains pays, de l'autorité administrative. Si dans l'arrêté, elles ne sont collectées que pour l'expression des voeux, dans les faits, elles le sont pour un traitement ultérieur... d'affectation, la sélection en marche ! Et ce n'est pas tout !

 II - La plate-forme Parcousup, une arme de destruction massive (contre l'émancipation)

 Le rapport entre le professeur et l'élève change. Sommé-es en urgence de doubler les professeurs principaux, les lycées doivent procéder à une évaluation des voeux (et non de l'aptitude général du lycéen) sur une fiche numérique dite "Avenir". Or cela n'est pas le métier de prof', mais bien celui de conseiller d'orientation. Remplacer un dialogue approfondi par une fiche A... Comment ne pas se tromper ?
L'avenir balistique des lycéen-nes et étudiant-es voit alors s'affronter le profil* renseigné par le futur bachelier ou étudiant ré-orienté - figé au 13 mars, et la fiche "A" des professeurs/conseil de classe (à partir du 14 mars). Quelle cohérence entre les deux dossiers ? Qui va gagner ? Une orientation pour une sélection qui ne dit pas son nom, à la roulette russe ?
Par ailleurs, la lente mort de l'université pour tout-es est organisée : oscillant entre sélection ou non sélection, dans des conditions d'encadrement exsangue, de personnel insuffisant en nombre et précaire, des bâtiments vétustes ou étroits, le gouvernement incite à la guerre de tou-tes contre tou-tes (personnel, enseignant-es, étudiant-es, départements, filières, facultés, universités).

Plus de bancs , mais des murs partout sauf dans les poubelles : Parcoursup, c'est aussi un moyen de jeter un grand nombre de nos enfants, babyboomers de 2000 (les précédent-es et les suivant-es) dans le désarroi, la précarité et l'indécision, voire l'autocensure.

 La sélection n'est pas la solution !

 La sélection n'est pas l'émancipation !

*voeux non hiérarchisés+CV+auto-évaluation+motivation

(1) https://www.hiig.de/en/blog/the-platform-metaphor-revisited/

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