12 juillet 2017, un bien triste anniversaire pour l'ESR !

C'est la majorité de la loi dite Allègre, source d'ivresses de la recherche française du dernier siècle et hold up de la science ouverte du XXIème siècle.

« La recherche n'est ni de droite ni de gauche, elle doit être en avant » (Pierre Potier, Libération, 03/11/1998). Appliquant à la lettre la mise en concurrence de services publics de l'ESR, dans un cadre contesté de libre commerce et industrie (Warusfel, 2002), Allègre contribue à publier, le 12 juillet 1999, les fondements législatifs de l'asservissement néolibéral de la recherche universitaire du nouveau siècle, sur un fantasme ? C'est le 30 août de la même année qu'il publie le premier décret conférant un « grade de mastaire », dans la logique de mise en place du LMD commandé par le processus de Bologne de marchandisation de l'ESR.

 

Il n'est guère de hasard de calendrier quand un article de presse de Libération croise ceux des Echos fin 1998 concernant stock-options et le business florissant de deux molécules anticancéreuses sorties des laboratoires de recherche. « Couvert d'argent par le Taxotère, et couvert d'or par le CNRS » selon le ministre Devaquet, le dénouement de l'histoire singulière de Pierre Potier avec le CNRS servira de précédent à l'organisation de l'intéressement des pionniers, enseignants-chercheurs et chercheurs invectivés par un climato-sceptique aux pratiques phallocratiques connues, alors ministre du gouvernement Jospin...

Ce n'étaient pas les dix premières inventions du chercheur, déposées par l'ANVAR à l'INPI entre 1974 et 1980 qui ont motivé le CNRS à détecter Pierre Potier comme futur chercheur inventeur millionnaire, modèle de réussite académique pour l'allègre ministre et ancien directeur de la recherche et de la technologie des gouvernements Balladur et Juppé sous les présidences successives de Mitterrand et de Chirac. « Gagnez de l'argent, ce n'est pas honteux ! ", s'était exclamé Claude Allègre lors des assises de l'innovation (Les Echos, 7/10/1998).

L'industrie par contre, ne s'y est pas trompée : plus de 5 milliards de francs par an pour les deux médicaments brevetés et 75 millions d'euros que se partagent alors le CNRS et l'inventeur après d'âpres négociations pour l'exploitation du Taxotère. « Je pourrais être à leur place et parler stock-options » (source CNRS), dit l'inventeur chevronné... qui ne se doute pas qu'à cette heure, c'est bien le ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, qui hérite du dossier (Les Echos, 26/10/1998), en l'absence de consensus entre Bercy et les Affaires Sociales... Strauss-Kahn et Aubry. L'année 1999, le 30 août, est aussi celle de la publication du premier décret « mastaire » par le même ministre du même gouvernement, déclenchant ainsi le cycle des réformes de l'enseignement supérieur et de la recherche française suite aux assises de l'innovation dans le cadre du processus de Bologne.

Peu avant la promulgation de loi sur l'innovation, il y a tout juste 18 ans, et malgré l'approbation de la philosophie du texte par Sup Recherche de la FEN, le Cneser d'alors rejette le projet de loi. Le SneSup lui ne s'était guère trompé sur les problèmes éthiques posés par ce texte et la confusion des genres qui présentait un risque majeur pour la diffusion des connaissances, sans compter ces chercheurs qui risquaient d'assécher les laboratoires pour aller « pantoufler dans le privé ». Depuis, les réformes se sont succédées, organisant la pénurie dans la majorité des formations et laboratoires et des orgies dans quelques établissements ou laboratoires « à la mode » : les démons académiques refont surface, les bachelier-es ne trouvent plus place... à s'asseoir dans les amphis et la recherche se vitrifie...

A nouveau, le Cneser du 11 juillet dernier a rejeté le décret Master instituant la liste des formations susceptibles d'organiser la sélection... mais lors de cette même commission convoquée dans sa formation restreinte, c'est bien l'ancienne DGESIP, maintenant affectée à l'IGAENR qui présenta les enjeux pour la France de la conférence ministérielle de la fin du processus de Bologne à Paris les 23 et 25 mai 2018... un appel à la lutte et pourquoi pas, une grande mobilisation pour commencer à construire le service public de l'ESR du XXIème siècle, ouvert et accessible à tou-te-s ?

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