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Billet de blog 17 mai 2023

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Casseroles vs Violences

Comme beaucoup, je réponds aux appels de Casserolades, moment militant mais festif, joyeux, fédérateur. Mardi 16 mai, j’étais présente à Lyon, à 20h, sur la place de l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui j’écris tout ça en colère...

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Aujourd’hui j’écris tout ça en colère.

Comme beaucoup, je réponds aux appels de Casserolades, moment militant mais festif, joyeux, fédérateur. Mardi 16 mai, j’étais présente à Lyon, à 20h, sur la place de l’Hôtel de Ville. Comme toujours la fanfare lyonnaise était présente, mettant du baume au cœur. Le temps des casseroles laisse la place aux déambulations dans les rues de la Presqu’île, aux alentours de 21h30. Je me joints au cortège avec un ami, T.

Les maniestantEs sont peu nombreusEs mais déterminéEs. Tout le monde s’étonne de la facilité que nous avons à accéder à ces rues, sans entrave par les FDO, pourtant présentes à Hôtel de Ville. Malgré le noir du bloc, tout le monde chante et aucune grosse action n’a été entreprise, mis à part quelques feux de poubelles, un bac à verre renversé et un panneau publicitaire brisé. Rien qui n’explique le reste de la soirée.

Le petit cortège arrive près des quais de Saône, rue de Brest. Les FDO nous attendent. Ils feintent une première charge, tout le monde est prêt à déguerpir. Puis, aux alentours de 21h50, ils chargent pour de bon. Tout le monde part. Je sens qu’on me bouscule, sans discerner par qui. Je perds mon ami. Nous sommes pousséEs dans une rue adjacente (rue de la Poulallerie) et je comprends que je suis poussée par les FDO quand je sens un premier coup. Un coup de matraque. Je suis ensuite repoussée par un bouclier contre le mur et refrappé. Recroquevillée sur moi-même, je suis entourée par trois policiers. Je tente de me dégager, un peu perdue, seule. Tout est allé très vite. Je tente de quitter cette rue, sanglotant, essoufflée, déboussolée, choquée.

Au bout de cette rue, je me retourne : une douzaine de FDO sont là, entourant trois manifestantEs. Difficile d’apercevoir les gestes dans la pénombre mais nous savons toustes ce qu’il est en train de se passer. Celleux que je croise me dise de partir. Je suis seule, je tente de retrouver mon ami, qui lui aussi a dû subir les charges violentes, je le sais. Je sais aussi qu’il saura se débrouiller seul, mieux que moi qui suis si peu préparée à ce genre d’action. Mais qui le serait ? Dans les rues, tout le monde s’affole. Je vois les nombreux policiers courir, traquer, frapper. Ils ne sont pas là pour procéder à quelques interpellations mais bien pour instaurer la peur et dissuader les manifestantEs d’être ici, dans les rues de Lyon, pour protester. Pourtant, nous avons été applaudis lorsque nous sommes passéEs près des terrasses. Malgré tout ce qu’on peut dire, le « Black Bloc » est soutenu.  

Après plusieurs dizaines de minutes seule, où je tente de contacter mes amis, je retrouve T., victime lui aussi des FDO. Blessé à la tête, j’aperçois du sang dans son cou et sur son pull. Le traumatisme de cette soirée s’accentue à la vue de cette couleur rougeâtre, qui concrétise l’acte immonde dont nous avons été victimes. Je suis néanmoins rassurée de le savoir sauf. Je remercie ici les street-médic, toujours présenEs, qui l’ont pris en charge.

Alors voilà, aujourd’hui je remets en question mon implication physique dans la mobilisation. Nous débutons souvent avec les manifestations syndicales puis, quand on se sent à l’aise, prêtE, on s’empare des actions moins institutionnelles. On se forme, on s’informe, on se prépare, on imagine toutes sortes de scénarios. J’ai conscience de la violence dont font preuve les FDO, ici dans les belles rues de la ville mais également dans les quartiers, premières victimes des violences de l’État. J’ai également conscience de la chance d’aller bien physiquement malgré les contusions. Je suis juste profondément choquée, traumatisée de cet excès de violence, injustifié et injustifiable. Je repasse sans cesse les événements de cette soirée en me demandant si oui ou non j’aurais dû prendre part à la manifestation malgré les avertissements de mes amiEs sur les risques encourus au vu du faible nombre de personnes présentes. Que faire ? Ne plus s’impliquer par peur et ainsi les laisser gagner ? Ou laisser grandir la rage ? Rester dans les cortèges cgtistes ou trouver de nouveaux moyens de contestations ?

Aujourd’hui je vous interroge Madame la préfète du Rhône, Fabienne Buccio sur vos dispositifs policiers et votre capacité à gérer des rassemblements pacifistes. Comment justifiez-vous l’usage d’agents de la BAC ? Qui n’utilisent que la force physique comme moyen de dispersion, sans sommation préalable et sans distinction ? Quelles réponses allez-vous apporter aux victimes ?

Aujourd’hui je vous interroge également Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, « chef de la police », responsable de ses actes, "condamnez-vous ces violences" ? Persisterez-vous dans cette politique répressive qui ne fait que gravir les échelons de la violence, semaine après semaine, rassemblement après rassemblement.

Enfin, je m’adresse à vous, Monsieur le Président de la République, Emmanuel Macron, et Madame la Première Ministre, Elisabeth Borne. Quand allez-vous prendre conscience de la volonté et de la détermination du peuple. Quand allez-vous cesser ce mépris ? « Le vrai mépris, c’est de mentir aux gens » disiez-vous Monsieur le Président, je vous répondrai que cette mobilisation est née d’un tissu de mensonges dit et répété par une poignée de personnes vivant dans un monde très éloigné de celui des Françaises et des Français. Que nous sommes toustes déterminéEs.

Jusqu’au retrait.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.