L’offense faite à l’enfance

Nicolas Sarkozy a trouvé un nouveau bouc émissaire pour alimenter ses dérives sécuritaires, les plus faibles d’entre nous : les enfants. Tout concourt à stigmatiser un peu plus ceux qui sont porteurs d’avenir et de changement. A les criminaliser, à les écarter.

Nicolas Sarkozy a trouvé un nouveau bouc émissaire pour alimenter ses dérives sécuritaires, les plus faibles d’entre nous : les enfants. Tout concourt à stigmatiser un peu plus ceux qui sont porteurs d’avenir et de changement. A les criminaliser, à les écarter.

 

« Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder de petits », écrivait Robert Brasillac en 1942 dans le journal Je suis partout.

 

L’une des plus ignobles mécaniques du gouvernement français ressurgit donc aujourd’hui. Quand j’entends que samedi 29 novembre, un père encadré de deux policiers français, a été contraint de récupérer ses quatre petits; un de moins de trois ans, deux scolarisés en maternelle et un en CE1 à l'école du Jardin de Ville de Grenoble pour être déportés ensemble moins de vingt-quatre heures plus tard, je pense immédiatement à nos infames dirigeants.

 

Du temps où Vichy veillait également à ce que les enfants subissent le même sort que leurs parents. Faut-il rappeler qu’à l’été 1942, le premier ministre Pierre Laval a ainsi devancé les désirs de l’occupant allemand en proposant que «dans la déportation des familles juives de la zone non occupée, soient inclus également les enfants âgés de moins de 16 ans» ? Pressé que la décision soit effective à partir du 15e convoi quittant la France, le chef de gouvernement de Pétain obtient gain de cause alors même que les autorités allemandes n’avaient pas prévu la déportation des enfants, qui devaient être remis à l’Union générale des israélites de France (U.G.I.F).

 

N’y voyons pas une préoccupation humanitaire de la part des dirigeants allemands. Il s’agissait surtout pour les forces d’occupation d’éviter un aveu de culpabilité flagrant. Il leur devenait alors difficile de prétendre sans sourciller que les enfants incarcérés dans des wagons plombés étaient en route vers des camps de travail en Pologne alors qu’ils étaient en réalité voués à une mort certaine.

 

L’information circule et les autorités françaises ne s’en cachent pas. Dès la mi-septembre par l’intermédiaire de Radio-Paris, Pierre Laval, chef de gouvernement du maréchal Pétain informe ses concitoyens de ses intentions, sous couvert de respect pour le caractère sacré de la famille. «Le gouvernement de Vichy est prêt à faire une concession (sic) en ce qui concerne la déportation des enfants juifs. Ils seront désormais déportés avec leurs parents au lieu d’être séparés», et «rien ni personne ne pourra nous détourner de la politique qui consiste à épurer la France d’éléments indésirables sans nationalité».

 

Les intellectuels français savent ce qui se trame et l’écrivent. La résistante communiste Edith Thomas dénonce dès octobre 1942 les déportations dans la revue « Les Lettres françaises » et témoigne de la déportation des enfants au passage d’un convoi. «En tête du train, un wagon contenait des gendarmes français et des soldats allemands. Puis venaient des wagons à bestiaux plombés. Des bras maigres d’enfants se cramponnaient aux barreaux. Une main au dehors s’agitait comme une feuille dans la tempête. Quand le train a ralenti, des voix ont crié : « Maman », et rien n’a répondu que le grincement des essieux».

 

Et on ne savait pas ?

 

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