Les largesses du contribuable américain

« Scandaleux », « erroné », « déplacé », le gouvernement américain ne manque pas d’adjectifs pour condamner la facilité avec laquelle AIG, l’ancien leader mondial de l’assurance aujourd’hui nationalisé dépense l’argent du contribuable. Pourtant il s’estime impuissant.Lawrence Summers, conseiller économique du président Barack Obama, 15 mars 2008

« Scandaleux », « erroné », « déplacé », le gouvernement américain ne manque pas d’adjectifs pour condamner la facilité avec laquelle AIG, l’ancien leader mondial de l’assurance aujourd’hui nationalisé dépense l’argent du contribuable. Pourtant il s’estime impuissant.

Battle Over Bonuses © CBS

Lawrence Summers, conseiller économique du président Barack Obama, 15 mars 2008


Les dirigeants d’AIG vont donc recevoir 165 millions de dollars de bonus au titre de 2008. Près de 400 employés sont concernés pour des primes qui varient de 1000 dollars à 6,5 millions de dollars. Comble du sordide : Les responsables faisant partie de la filiale londonienne AIG Financial products qui a conduit la société au bord du gouffre ne seront pas oubliés.

 

Peu importe que l’assureur américain AIG soit désormais à 80% propriété de l’Etat américain. Peu importe que l’entreprise ait été sauvée de la faillite en septembre grâce à 170 milliards de dollars de fonds publics. Peu importe que l’assureur ait déclaré des pertes de 99,3 milliards de dollars en 2008.

 

Sous couvert de contrainte juridique, et sous prétexte que les bénéficiaires de ces enveloppes de fin d’année bénéficiaient d’avantages contractuels établis par AIG avant le plan de sauvetage, le contribuable américain n’a donc pas son mot à dire. Edward M. Liddy, nommé PDG à l'automne assure que selon les termes de leur contrat ces « cadres », qu’il faut fidéliser pourraient poursuivre la société pour rupture de contrat. « Nous n’aimons pas ça, mais nous devons honorer ces contrats » a déclaré Larry Summers. Peut-être faut-il regarder du côté du plan de sauvetage, puisque le citoyen américain n’a sûrement pas passé de « contrat » pour que sept des dirigeants d’AIG touchent un bonus de 3 millions de dollars chacun, comme l'a révélé le New York Times.

 

Peut-on espérer qu’avant de voir un de ces heureux bénéficiaires porter plainte contre les Etats-Unis, il soit donné au contribuable américain de dénoncer le « contrat » de sauvetage qui a permis une telle dérive? Si la réponse à cette question reste en suspens, celle de leur impunité financière à moyen terme ne se pose même pas. Pour ces dirigeants les lendemains continuent de chanter. En effet, AIG n'envisage aucune diminution de leur rémunération et espère très modestement arriver à réduire de 30% les bonus pour 2009. La sanction du peuple pour incompétence et avidité n'est donc pas à l'ordre du jour.

 

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